LES MEMES, MAILLET
Maillet. — Je suis désolé de voils troubler, mon ami... Mais je me suis perdu...
Malandreau. — Dame! On allait se coucher... Un peu plus tard, et on ne vous aurait pas ré-
27A^ BAISER SUR LE FRONT n
pondu !... Comme ça, vous avez perdu votre chemin?
Maillet. — Oui!... Je rentrais au cantonnement!
Malandreau. — Où ça?
Maillet. — A ]\Ializy... A dix kilomètres...
M°* Mal.\NDREAU. — Tiens ! Vous avez une voiture?
Maillet. — Sans doute!... Mais je n'ai pas dîné... Et si vous aviez la moindre chose...
Malandreau. — Bien qu'on ne soit pas très riche... il y a toujours du cidre et un morceau de salé!...
^Maillet. — Allez me chercher ça... Je ne mangerai que le porc !...
M"* Malandreau. — Dis donc!... Il a l'air inquiet, l'officier!
Malandreau, bas. — Laisse donc... Un capitaine attardé !... On lui comptera ça le prix fort. (// sort.)
Maillet, à lui-même. — De braves gens!... Ma foi !... Tant pis, je me risque...
M°" Malandreau. — Alors, comme ça, vous vous êtes mis en retard, mon capitaine?
Maillet, vivement. — Ecoutez!... Madame... chose...
M°" Malandreau. — Madame Malandreau, fermière!
Maillet. — Eh bien, madame Malandreau, vous avez l'air d'une brave femme!
M""* MalandREAU. — Ça dépend!... Je suis une brave fenmie pour les braves gens !
Maillet. — Je suis dans une position terrible !... Et je me confie à vous !...
M""^ Maland.REAU. — Eh là !... Prenez garde, nous sommes dans la zone des armées...
Maillet. — Vous ne pouvez pas refuser de m'aider!... Il s'agit d'une chose grave, très grave!...
M""* Malandpeau. — Attendez!... Une chose grave... (Appelant.) Malandreaul Viens!
MaI-.\NDREAU, paraissant avec tine assiette de viande et dit vin. — Qu'est-ce qu'il y a?
M""* Malandreau. — Le capitaine a une chose grave à nous dire !... Parlez !
Maillet. — Eh bien! voilà!... Je ne suis pas seul... Ma femme est là dehors, dans la carriole qui nous a conduits !
M"' Malandreau. — Votre femme!... Mais il ne faut pas la laisser dehors !...
Malandre.\u. — Un instant!... (// pose les victuailles sur la tablée) Votre femme!... Votre femme légitime?
M""" Malandreau. — Je cours la chercher.
Maillet. — Oui !... Ma femme, madame Mariette Maillet. Nous sommes mariés depuis six mois, et...
Malandreau, V arrêtant. — Un instant ! (A Mail-
/f/.) Cette dame a l'autorisation de rejoindre son mari?
Maillet, gêné. — Je... je ne sais pas... Elle est venue...
Malandreau. — Pardon !... Est-ce que vous connaissez la circulaire du général Bourrât, commandant de corps d'axmée?
Maillet, gêné. — Vaguement !
MALANDîiE.\u. — La circulaire, elle dit expressément : « Il est interdit aux militaires de recevoir leurs femmes dans la zone de combat. Le soldat, sous-offider ou officier qui aura reçu, sans autorisation, une femme, sera passible du conseil de guerre! »
M™ Malandreau, effrayée. — Mon Dieu!...
Malandreau, prenant un papier. — Voilà la circulaire... Elle ajoute : « Tout civil qui aura prêté, volontairement ou involontairement, asile à une femme de militaire, non autorisée, sera passible, comme complice, des peines édictées par le Code militaire.
Maillet, navré. — Je... je ne savais pas !
Malandreau. — Maintenant, vous savez !
Maillet, suppliant. — Monsieur!.., Ce n'est pas ma faute!... Elle ne savait pas non plus!... Voilà six mois que nous sommes séparés... Elle n'a pas cru mal faire!.,. Elle est partie!... Elle est venue, par le chemin de fer, jusqu'à la gare de Nagey...
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je voulais la renvoyer... y ^^ i^
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du général Bourrât....
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M-MLLET, triste. — Helas....
"""'" '• „ Vous comprenez, mon capitaine.
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conseil de guerrel ^^.^^^^,.. Que
MAILLET, navre. - ^^^^^
vais-je faire?