SCENE IV LAURE, GEORGETTE, puis ADELE
GeorgETTE. — L'enfant est tout à fait piquée.
Laure. — Ah! ma petite! Décidément, tu n'entends rien aux grands sentiments !
Georgette. — Tu trouves?
Laure. — Ton amie est une héroïne... Moi, à sa place, j'aurais été plus loin... Je me serais habillée en hussard et j'aurais rejoint mon fiancé.
Georgette. — Ma tante Laure. tu serais très bien en hussard... Seulement, il n'y a plus de hussards, pour le moment : alors, tu te ferais remarquer !
LE FIANCÉ i6i
LauRE. — N'importe! J'aurais trouvé quelque chose! C'est si beau, ces fiançailles secrètes.
Georgette. — Secrètes? Tout le monde les connaît!
Laure. — Ce n'en est que plus charmant : cette petite Luce a une histoire; elle est quelqu'un dont on parle!
Georgette. — Ma tante, si tu avais vécu sous la Terreur, tu aurais assassiné Marat !
Luge. — Non! Je n'aurais jamais poignardé un homme qui prenait des bains! A cette époque-lài c'était si rare !
Adèle, entrant. — Mademoiselle! Il y a là deux soldats pour Mademoiselle!
Georgette. — Deux soldats... !
Adèle, tendant une carte. — Voici leurs noms.. Le sergent a mis le nom de son camarade au crayon,
Georgette, Usant. — « Vicomte des Merlct'.es, sergent... »
Laure. — Notre filleul! Ton filleul!
Adèle. — Oh! C'est un bel homme!
Georgette, lisant. — «... et Cyrille Jaudin, infirme... »
Adèle. — Celui-là n'est pas très beau.
Laure. — Faites- les entrer! (A Georgette) Un peu de poudre ! Viens ! Viens vite !... {Elle entraîne Georgette)
Le Thiâlre Incomplet. 11
Adèle, seule. — Des soldats, icil quel bonheur! {Allant au fond.) Entrez, messieurs, et veuillez attendre ! {Entre le Yicomte et Jaudiii)