‹ Le théâtre incompletChapitre 52 sur 74 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

LUCE, GEORGETTE. puis JAUDIN

LUCE. — A demain... mon fiancé! {Seule.) Il est bizarre! Il vient sans m' avertir! Il se trouble en me rencontrant ici !

GEORGETTE, entrant. — Ma petite Luce.. je te demande pardon! J'étais occupée.. J'installe mes poilus !

LuCE. — Tu parais tout animée, tout heureuse !

GEORGETTE. — Oui ! Figure-toi que je suis, moi aussi, fiancée!

LuCE, joyeuse. — Allons donc!

GEORGETTE. — C'est ton exemple qui m'a entraînée... Et aussi la tante Laurc... et aussi Cyrano!

LucE. — Ah ça ! tu divagues ?

GEORGETTE. — Il est venu, le Prince Charmant. Je l'ai d'abord mal reçu... Et puis on s'est expliqué... Et, ma foi, comme la tante Laure lui avait écrit des choses définitives, j'ai fait honneur à ma signature,

LuCE. — II y a de l'obscurité dans tes discours- Tu es fiancée, c'est le principal !

GEORGETTE — J.'en suis encore tout étourdie! Je vais te présenter mon futur mari, qui est en permission.

LuCE. — v^ciniûc ça se trouve! Je vais te pré-

senter mon fiancé, qui accompagne justement le tien!

GeorgEttE, étonnée. — Pas possible! (A part) L'infirmier? Quel drôle de goût!

LUCE. — Il est élégant, hein ?

Georgette. — Mon Dieu ! Il n'est pas mal... Seulement, tu devrais lui conseiller de ne pas prendre tant de cognac!

Luce, stupéfaite. — Il prend du cognac?

Georgette. — Un peu !

Luce. — C'est extraordinaire ! Un garçon si distingué !

JAUDIN, entrant, très légèrement gris. — Mademoiselle., je vous fais mes adieux....

Georgette. — Eh bien! monsieur Jaudin... je ne suis pas seule !

Jaudin, apercevant Luce. — Pardon! Excuse! {Saluant Luce) Mademoiselle!

Luge. — Monsieur! (A part.) C'est ça, son fiancé ?

Georgette. — Je vous en prie, monsieur Jaudin, ne vous gênez pas... Je suis au courant! (A part.) Son fiancé, c'est ça ?

Jaudin. — Ah ! faut pas me gêner ! Le camarade m'avait dit le contraire! (A Luce.) Alors, comme ça, mademoiselle, ça va bien ?

Luce, de même. — Très bien? (à part) Il parait un peu sans gêne...

Georgette, bas. — Il tient à nous mettre en confiance !

JAUDIN, de loin. — Qu'est-ce qu'elles ont, à murmurer des messes basses ?

Georgette, se décidant. — Allons, monsieur Jaudin! Je veux vous mettre îi votre aise! Vous aimez, en secret, ma plus chère amie...

JFaudin, surpris. — Qu'est-ce qui vous a dit ça ?

Luce. — C'est ma présence qui vous intimide ? Allons! Avouez...

Jaudin, se méfiant. — Ça c'est des manigances qui n'étaient pas dans le programme. J'avoue rien.^

Georgette. — Pourquoi ? C'est moi qui dois me retirer...

LucE. - Non! Je gêneréiis des fiancés!

Georgette. — Des fiancés ? Ah ça ! Il y a erreur... Ce monsieur n'est donc pas ton fiancé, à toi ?

Jaudin, ennuyé. — Non, je ne le suis pas! Je suis marié, moi, avec la bonne de l'hôtel du Commerce à Quimp>er !

LuCE, à Georgette. — Alors, ton fiancé, toi ? Georgette. — C'est le sergent des Merlettes..^ Et le tien?

LUCE, effondrée. — C'est le même!

Jaudin, dégrisé. — Il y a de l'erreur!

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