‹ Le théâtre incompletChapitre 7 sur 74 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

BOURRAT, JOSEPH, puis M"' MALAN- DREAU et MALANDREAU, ptiis MA- RIETTE.

BOURRAT. — Une belle fille, hein, cette petite?

Joseph, é^mi. — Oh ! oui !... mon général !

Bourrât. — Et courageuse!... Tu ne la trouves pas laide, je crois !

Joseph. — Je la trouve tout à fait bien, mon général !

BOURRAT. — Tu n'as pas besoin de le dire!... Tu avais une façon de t'empresser auprès d'elle!...

Joseph. — C'était par complaisance!

BOURRAT. — Oh ! Ne te défends pas !... Je comprends ça!.. Moi-même, dans le temps!... Eniin!-. C'est loin!... Donc, elle te paraît à ton goût, la Dunkerquoise?

Joseph. — Oh ! oui, mon général !

BOURRAT. — Pas de bêtises!... Tu la prendrais bien pour femme, je parie. Pour femme légitime.

Joseph. — Légitime !... Oui, mon général !

BOURRAT. — Eh! Mais!... Ce n'est pas impossible !

Joseph. — Vrai ?

BOURRAT. — Parbleu!... C'est une idée qui me passe par la tête, depuis quelques minutes !... Nous sommes chez de braves gens!... La nièce est accorte!... Elle doit être une femme de ménage!... L'épouse rêvée pour un gars comme toi !..

Joseph. — Je le crois!.. Mais... voudra-t-elle de moi?

B0URRi\T. — Sûr!... Elle est encore fille à vingtcinq ans!.. Du reste, j'ai un moyen pour aplanir les

difficultés!... Tu m'as sauvé la vie. Je te dois un remerciement. J'ai l'occasion de m' acquitter, je m'acquitte!... Tu l'épouseras!...

Joseph. — Et les parents?

Bourrât. — Je m'en charge!... Tu vas voir!... Voilà justement la tante!,.. Mettons les fers au feu!

M"^ MalandREAU, rentrant de droite fre^nier ■plan. — Je vais faire votre lit, mon général ! {Elle fasse.)

BOURRAT, l'arrêtant. — Pas si vitel.. Madame Malandreau, écoutez-moi!... J'ai une chose très grave à vous demander ! Vous me répondrez franchement ?

M™* Malandreau, inquiète. — Oui, général !

BOURRAT. — D'abord, appelez Malandreau!

C'est lui qui est le chef de famille responsable!

M""* Malandreau, à part. — Jésus ! Il sait tout ! {Haiit^ Mais...

BOURRAT. — Appelez Malandreau!

M""' Malandreau. — Bien! (A part.) Nous sommes perdus! {Appelant à la porte.) Malandreau !... ^

Malandreau, entrant. — Qu'y a-t-il.?

Bourrât. — C'est moi qui vous réclame. Monsieur Malandreau ! Votre nièce... qui est bien votre nièce, n'est-ce pas?

Malandreau. — Oh ! ça ! je le jure !

UN BAISER SUR LE FRONT 2>i

BOURÏIAT. — Votre nièce est à marier !

M°* MalANDREAU. — Mon général... on vous a dit...

Bourrât. — ... qu'elle n'avait pas de dot?... Ça ne fait rien!... Moi je lui ai trouvé un mari!...

M'"^ MALANDREAU, ahurie. — Ah! Vous lui avez trouvé...

BOURRAT. — Et un bon!... (Mariette paraît à droite.) Justement, voilà la jeune personne. Mademoiselle Jeanne!.. Que pensez- vous de ce garçonlà? (// montre fosefh.)

Mariette. — Mais., il est très convenable!

BOLURAT. — Je crois bien!... Vous n'êtes pas difficile!... Il est mieux que convenable! Il est parfait!

Mariette, riant. — Je veux bien!... Monsieur Joseph est parfait!

BOURRAT. — Dans ce cas, mademoiselle Malandreau... j'ai l'honneur de vous demander votre main... pour Joseph!

Mariette, riant. — Pour... Pour... M. Joseph!.. {Riant?) Excusez-moi, général! C'est si drôle!

Bourrât, sévère. — Ne riez pas !... {Mariette s^ arrête.) Il n'y a pas de quoi rire! Voilà un brave garçon qui est tout disposé à faire votre bonheur ; vous ne devez pas laisser passer l'occasion, et puis cet homme-là m'a sauvé la vie; je lui dob bien quelque chose...

Le Tliéâire Incomplet. 9

Mariette, — Mais moi... Il ne m'a pas «auvé la vie !... Et vous lui donnez la mienne !

Bourrât. — Attendez!... J'ai fait bien des sottises, dans ma carrière, mais j'ai réussi à mettre tout de même 50.000 francs de côté ! Ça n'est pas énorme; et d'ailleurs je ne sais qu'en faire! Je vous les donne en dot, mon enfant 1...

Mariette, émue. — Mon général! (A par^.) Pauvre vieux !... (Haut.) Vous êtes trop bon !

Joseph, ému. — Oh I mon général !

Bourrât. — Ne me remerciez pas! C'est de bon cœur! Puisque je n'ai pas de famille!... Alors, vous consentez?

M»^ Malandreau. — Cependant!... Il faudrait réfléchir !

Bourrât. — Très juste!... Réfléchissez!... Je vous donne trois minutes. (// s'éloigne avec Jose'ph)

Mariette, bas. — Que faire?

M'"'= M.U.ANDREAU, bas. — Tout lui avouer !

Mariette, bas. — Y pensez-vous?... Mon mari passerait au conseil, et vous aussi. Et moi aussi !...

M"* Malandreau. — Vous êtes déjà mariée!... Vous ne pouvez pas être bigame !

Mariette. — Ça me paraît difficile!... Ecoutez!... Il s'en va demain matin, à cinq heures?..-

M™« Malandreau. — Oui !... Il a dit qu'on vienne le chercher.

Mariette. — Eh bien, moi, je serai partie à

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six heujcs; et quand mon fiancé revjendra, vcnis lui direz que j'ai changé d'idée, que je suis repartie pour Dunkerque.

M""^ Malandreau. — Ma petite dame, nous nous empêtrons dans une histoire!...

Mariette. — Il faut à tout prix sau-ver mon mari !...

BOURRAT, revenant. — Et alors?... Cette réflexion?

M*»' Malandreau. — Ma nièce consent.

BOURRAT. — A la bonne heure!... Elle n'est pas bête!

Joseph, ému. — Oh! mademoiselle!... Mademoiselle !...

BOURRAT. — Allons, grand nigaud !,.. iimbrasse ta fiancée

Mariette, effrayée. — Comment .^.. 11 faut?

BOURRAT. — Eh oui! c'est l'usage!... N'est-ce pas, madame Malandreau.^... Le baiser de fiançailles!

Mariette. — Pmsquc c'est l'usage. {Elle tend son front à Joseph qui ^embrasse gauchement, juste à cet instant Maillet entre.)

Maillet, apercevant le baiser. — Oh! qu'est-ce que c'est?

Mariette, s' éloignant vivement, à part. — Oh !... Georges!

BOURRAT, — Ah ! capitaine 1... 'Vous arrivez bien !

Maillet, amer. — Vous trouvez?

Bourrât. — On va vous mettre au courant!-,. La petite nièce des Malandreau... celle qui n'avait pas pu trouver de mari... je l'ai fiancée à mon ordonnance, Joseph!

Maillet. — Ça, c'est une idée!

Bourrât. — Ils se plaisent, ces enfants f C'est le coup de foudre!... Alors, je les marie!

Maillet, médusé. — Vous les mariez ?

Mariette. — Mais oui, mon capitaine! {Insistant.) Ce sont des fiançailles à la va-vite!... Demain, le général repart avec son ordonnance-. On se mariera plus tard... Très tard !... Après la guerre !...

Maillet, rassuré. — Ah! Je comprends!

Bourrât, frappé. — Tiens!... Je n'avais pas pensé à ça!... C'est vrai, dans notre métier, on ne sait ni qui vit, ni qui meurt!...

Joseph. — Mon général! Je vivrai!...

Bourrât. — Tu n'en es pas sûr!... Et tu laisserais cette jeune fille sans ressources !...

Maillet. — Ah! Comme vous parlez bien! Il faut annuler ces fiançailles, mon général !

Bourrât. — Non!... J'ai une meilleure solution !... On les mariera dès demain matin !...

Mariette, Maillet et les MALAhfDREAU. — Quoi?

BOURRAT, les narguant. — Quoi !... Quoi !... C'est

bien simple!... En temps de guerre, le premier colonel rencontré est officier d'état civil ! Demain je vous enmiène dans mon auto au cantonnement, et Ton vous marie, devant moil...

Mariette. — Mais, général, les témoins?

Bourrât. — Les témoins?... Ce sera, pour vous votre oncle et votre tante et pour Joseph... moi et le capitaine Maillet. Vous voulez bien me rendre ce service. Maillet?

Maillet. — Quoi?... que moi... je serve de témoin...

Mariette, vivement. — Mais oui!.. Il veut bien I... {Avec intention.) N'est-ce pas que vous voulez bien, capitaine?... Pour me faire plaisir?

Maillet, à part. — Je rêve! (Haut, s" avançant vers Mariette.) Mais... mademoiselle...

Mariette, èas. — Accepte! (Haut.) Vous acceptez?

Bourrât. — Il accepte!... Service commandé!... Ah! Maillet, je suis bien content de ma soirée!... On dit que le père Bourrât ne fait rien pour la classe 1935 !... Vous conviendrez que, cette fois, je l'ai bien préparée!... Et vous, les Malandreau?... Vous n'avez pas l'air ravis!

M"" Malandreau. — Oh ! si ! mon général !

Malandreau. — Nous, vous comprenez, ça ne nous regarde pas!

Bourrât. — Avouez que vous êtes enchantés

d'avoir casé votre nièce! (A Maillet^ Et vous, vous êtes enchanté de participer à une bonne action.

Maillet. — Je suis enchanté... Positivement enchanté !

BOURRAT. — Et moi, je vais me coucher avec la conscience du devoir accompli... Madame Malandreau, vous pouvez préparer mon lit. J'y coucherai un homme heureux !

M"" MalandREAU. — Bien, mon général, {Sortant, à Malandreau.) Ça se gâte! Ça se gâte!

M.\L.ANDREAU, bas. — Bah! Qu'ils se débrouillent, ces Parisiens !... (Malandreau et Mme Malandrean sortent à droite, deuxième flan.)

BOURRAT, à Mariette. — Maintenant, ma belle enfant, on ne vous retient plus!... Vous pouvez vous reposer!... Et rêvez des rêves joyeux!

ISIARIETTE. — Bonne nuit, mon général !... Bonne nuit, mon fiancé!...

Joseph. — Mademoiselle! Je ne dormirai pas!... Je penserai à vous ! (// va pour Vembfasser.)

M.\RIETTE, L'arrêtant. — Non!... Plus tard!... Dormez bien!... {Elle va vers la chambre et rencontre Maillet.) Bonne nuit, mon témoin!...

Maillet, bas. — Mariette!

Mariette, bas. — Chut !... Quand ils dormiront, viens me retrouver! {Entrant à gauche, premier pla}i) Bonsoir tout le monde!

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