‹ Le Théâtre-Italien de 1801 à 1913Chapitre 6 sur 23 · LA DIRECTION ROBERT · texte numérisé non relu

LA DIRECTION ROBERT

Ce qui caractérise, d'une façon commune, la période que nous avons retracée dans notre précédent chapitre, c'est que même les succès, quand on les obtient, ne sont pas alors suivis et consacrés par la réussite matérielle, et cela, en vertu d'une malchance vraiment curieuse, malgré le goût très vif de Napoléon pour la musique italienne, et, sous la Restauration, malgré les efforts, souvent sérieux, méthodiques, prolongés, de directeurs parmi lesquels il y eut des hommes de la valeur d'Habeneck et de Yiotli, sans parler de Rossini, directeur tour à tour patent et latent.

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Avant-Scène. Détail .le la moitié supérieure d'une des trois d Composé et dessiné fuir Hittorpf et Le Cointe.

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De 1830 à 1839, il en fut tout autrement, et cependant, selon l'usage, les nnpremrii, on le verra, littéralement gâtés par le succès, bénéficiant de toutes les facilités heureuses que créent dans une ville telle que Paris la mode et la vogue, cèdent volontiers, au moins dans leurs rapports officiels, à la tentation de récriminer et de se plaindre.

Dans la période exceptionnelle dont nous parlons, on a tout à la fois la gloire et la fortune. Ce double triomphe soutenu est légitimé par l'abondance au répertoire de nouvelles œuvres très saillantes et par la réunion sur la scène d'une troupe où n'abondent pas moins les artistes des deux sexes, absolument hors ligne. C'est, pour celte époque, une particularité vraiment caractéristique dans l'histoire du théâtre, de pouvoir constater que les Italiens balancèrent alors la fortune de l'Opéra, et prirent dans l'opinion publique une importance égale ou même parfois légèrement supérieure. On trouverait en ce sens des indications précieuses dans les auteurs contemporains de romans et de nouvelles, notamment dans Balzac, dans Mérimée. Il ne faudrait pas oublier non plus la Camaraderie de Scribe, où l'on voit, au début du second acte, que, « comme toujours »,la jeunesse élégante passe l'après-midi « à la répétition des Italiens », ce qui nous marque de quel coté inclinaient à ce moment les préférences du dilettantisme mondain.

Ces années si brillantes, qui mirent le sceau à la réputation de Rossini et qui sacrèrent la naissante renommée des compositeurs plus jeunes de l'Ecole italienne, furent principalement dues à l'activité extraordinaire de deux hommes bien doués pour ce genre d'application et que nous avons précédemment nommés : Robert et Severini. Ajoutons que, tous deux capables, et, de par leur passé, très versés dans la technique théâtrale, ils furent constamment soutenus, et en quelque sorte moralement dirigés, — avec quelle sagacité avisée et supérieure ! — précisément par le maître dont nous venons d'évoquer le nom, par l'auteur adulé, encensé, du Barbier et de Guillaume Tell.

Essentiellement hommes de théâtre, Robert et Severini s'étaient, comme on dit, faits eux-mêmes, en partant des situations les plus modestes. Robert, après avoir servi dans les Vélites de la Garde, était, d'employé, devenu régisseur; mais il avait su se donner une sorte d'éducation, du moins en ce qui concerne les manières qui étaient chez lui celles d'un homme du monde, et

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