‹ Le Théâtre-Italien de 1801 à 1913Chapitre 5 sur 23 · LAIRE CINTI · texte numérisé non relu

LAIRE CINTI

il pense qu'il pourrait lui être alloué une somme de quarante mille francs qui serait répartie suivant le bon plaisir de Son Excellence, soit comme prix de ses ouvrages, soit comme appointements attachés aux fonctions dont il serait chargé.

Paris, le 1er décembre 1823.

Signé : Gioacchino Rossim.

Le maître avait alors trente et un ans : il avait épousé depuis peu la belle Isabella, cantatrice remarquable, alors connue dans toute l'Europe. Sa grande préoccupation était de gagner beaucoup d'argent afin de ne pas changer le genre de vie de sa femme, habituée au luxe.

Les pourparlers avaient été amorcés sous la forme qu'on vient de voir, entre Rossini et la Maison du Roi, quand il dut aller à Londres pour satisfaire à un engagement qu'il avait accepté au Théâtre-Royal. Comme celte entreprise avait fait de mauvaises affaires, le contrat fut annulé, et Rossini, se trouvant libre, donna des leçons de chant et des concerts très lucratifs.

Ce fut durant ce séjour d'outre-mer qu'il traita définitivement avec le Gouvernement français, ainsi qu'en témoigne le curieux document que voici :

Ministère de la Maison du Roi 2e division

Le sieur (iioacchino Rossini s'engage à résider pendant la durée d'une année, près l'Académie Royale de Musique, aux clauses et conditions ci-après :

Article premier. — Il s'engage à composer un grand opéra français en trois, quatre ou cinq actes, qui devra remplir, seul, toute la durée du spectacle. 11 s'engage également à composer un opéra italien semi-seria ou bufl'a, en deux actes.

Art. 2. — Le sieur Rossini sera libre de choisir le poème français en s'entendant à cet égard avec l'Administration, mais il ne pourra s'occuper de le mettre en musique qu'après que l'ouvrage aura été soumis au jury littéraire et adopté dans une de ses séances suivant les formes réglementaires. A cet effet, l'Administration aidera elle-même le sieur Rossini en lui présentant plusieurs poèmes qui lui paraîtraient offrir le plus de chances de succès, et le sieur Rossini devra avoir arrêté son choix parmi eux dans le cours du premier mois de son arrivée à l'aris.

Art. 3. — Le libretto italien demeure, comme de coutume, à la charge de l'Administration.

Aht. -i. — Outre ces deux ouvrages nouveaux, le sieur Rossini mettra en scène et arrangera pour les chanteurs du Théâtre-Louvois un opéra de sa composition, non encore représenté à Paris, et dont le choix aura été arrêté entre l'administration et lui.

Art. 5. — Comme le sieur Rossini demande que Topera à bénéfice dont il sera parlé à l'article 6 soit joué dans les quatre derniers mois deson engagement;

Comme il importe que les deux ouvrages nouveaux, français et italien, ne soient pas représentés à la même époque, les partitions de ces deux ouvrages devront être livrées dans le cours des neuf premiers mois du présent règlement, afin que l'auteur de la musique assiste aux répétitions et à la mise en scène de ses compositions française et italienne. L'administration de l'Académie Royale de Musique exprime seulement le désir que le sieur Rossini puisse donner l'opéra français un des premiers.

Art. 6. — Pour raison des conditions ci-dessus stipulées, il sera accordé au sieur Rossini :

1° Un traitement fixe de 40.000 francs, payable par douzième, de mois en mois ; 2" Les droits et honoraires des auteurs français pour le grand ouvrage qu'il donnera à l'Académie Royale de Musique, ainsi que la propriété de la partition de l'opéra italien nouveau qu'il composera pour le Théàtre-Louvois; bien entendu que l'Académie Royale de Musique aura toujours le droit de faire représenter ce nouvel opéra sans avoir besoin d'une nouvelle autorisation ;

3° Une représentation à bénéfice à l'Académie Royale de Musique, libre de tous frais, excepté le droit des indigents. Celte soirée, qui aura lieu un jour autre que celui des représentations ordinaires, sera donnée dans le cours des quatre derniers mois du présent traité, d'après la demande du sieur Rossini.

Art. ". — Pour que ce bénéfice présente au sieur lîossini le plus grand avantage possible, il se composera :

1° D'un opéra italien qui n'aura pas encore été représenté à Paris. L'ouvrage, par la nature de ses décorations, divertissements et. accessoires, sera monté de manière à pouvoir être joué à Louvois, pour y faire partie de son répertoire, et, conséquemment, la dépense qu'il exigera se fera dans les proportions établies pour les pièces jouées jusqu'à présent à ce théâtre.

•2" D'un ballet que le bénéficiaire choisira dans le répertoire courant de l'Académie Royale de Musique.

Art. 8. — La durée du présent traité est d'une année, qui commencera dans le mois de juillet 1824, dans le courant de quel mois le sieur Rossini devra être rendu à Paris, et finira également dans le mois de juillet 1823, au jour correspondant à celui de l'arrivée du sieur Rossini à Paris, dans le mois de juillet de l'année précédente.

Art. 9. — Pendant le cours de l'année spécifiée à l'article ci-dessus, le sieur liossini, s'engage très expressément à résider à Paris, à ne travailler que pour l'Académie Royale de Musique et le Théâtre Royal Italien, comme aussi à ne faire exécuter en France aucun ouvrage soit nouveau, soit déjà connu, et qu'il aurait pu avoir composé jusqu'au jour où le présent traité aura son exécution.

Art. h». — En cas de contestations, discussions ou difficultés sur l'interprétation ou l'exécution des différents articles de ce traité, le sieur Iiossini consent, ainsi que l'ont fait tous les artistes au service du Ministère de la Maison du Roi, à s'en rapporter aux décisions du ministre, sans autre intervention.

l'ail double à l'Hôtel de l'Ambassade de France à Londres, le 21 lévrier 1841.

Signé : Gioacchino Rossini.

Pour copie conforme : Le chef de la deuxième division.

Le Comte de Tii.i.y.

La mention de 1' « Hùlel de l'Ambassade de France » achève de donner du caractère à cette pièce. Non moins intéressante est celle où, quelques mois après, le 20 novembre 182i, Rossini est chargé, par décision royale, de diriger à partir du 1er décembre la musique et la scène du Théâtre-Italien :

Article premier. — Le sieur Rossini sera chargé de diriger la musique et la scène du Théâtre Royal Italien. 11 aura en conséquence autorité sur tous les sujets de la scène et de l'orchestre, et pendant la durée des représentations il commandera à tous les fonctionnaires et employés de l'établissement.

Aiit. i. — Le sieur Rossini prendra le titre de directeur de la musique et de la scène du Théâtre Royal Italien et son traitement, en cette qualité, sera fixé à vingt mille francs par an; il lui scia, en outre, et pendant la durée de ses fonctions, accordé un logement dans les bâtiments dépendant des Beaux-Arts. Cette clause devra être exécutée avant l'expiration d'une année, à compter de ce jour.

Art. 3. — L'administration du Théâtre-Italien continuant d'être réunie à celle de l'Opéra Français, les dispositions administratives concernanl la police, le matériel et la comptabilité continueront à s'effectuer comme il a été fait jusqu'à ce jour, et sous l'autorité administrative de l'Académie Royale de Musique.

Art. -i. — Le sieur Rossini s'engage en outre à composer les ouvrages qui lui seraient demandés, soit pour l'Opéra Italien, soit pour l'Opéra Français, à raison de cinq nulle franc* pour ceux en un acte et dix nulle franc* pour ceux en plusieurs actes; lesquelles sommes ne lui seront payées qu'après la représentation des dits ouvrages. Il est bien entendu que le sieur RnSiini jouira des droits et honoraires des auteurs français pour les ouvrages qu'il composera pour l'Académie Royale de Musique, et qu'il restera seulement propriétaire des partition? de ses ouvrages composés pour l'i ipéra Italien sans que, pour les uns comme pour les autres, il ait le droit de les faire représenter sur aucuns théâtres français.

Art. 5. — Les présentes dispositions recevront leur exécution à dater du 1er décembre prochain. M Rossini s'engage à prévenir six mois d'avance de l'inleation qu'il pourrait avoir de cesser ses fonctions qui seront révocables du moment que les intérêts du service du roi pourraient le réclamer, sans que cette résiliation donne à M. Rossini le droit de réclamer aucune indemnité de quelque nature qu'elle soit.

Rossini, déjà si envié, n'allait pas tarder à voir se produire contre lui une recrudescence de jalousies, en raison de sa situation nouvelle, bien déterminée par la pièce un peu longue, mais historiquement importante, que nous venons de placer sous les yeux du lecteur.

Ce fut le 3 décembre que le vicomte de La Rochefoucauld notifia l'arrêté qu'il venait de prendre à Duplantys sous l'autorité de qui, conjointement à celle du conseil d'administration de l'Académie de Musique, Rossini était place d'une façon sans doute surtout nominale.

Du côte du Théâtre-Italien s'éleva immédiatement une difficulté qu'il n'eût pas été difficile de prévoir. Blessé de se voir subordonné à celui dont il avait l'ingénuité de se regarder comme l'égal, Paér donna sa démission. (le ne fut là, d'ailleurs, que ce qu'on appelle une fausse sortie. Celle démission offerte en hâte, il la reprit avec plus de précipitation encore, menacé qu'il fut, s'il la maintenait, de perdre en même temps sa place de compositeur de la chambre du roi. Pour marquer du moins son mécontentement, l'aér affecta désormais de se désintéresser surtout de ce qui ne rentrait pas rigoureusement dans ses attributions.

Nous avons dit à quel rang M"' Pasta était alors placée par ses admirateurs, et, oa peut l'ajouter, par l'unanimité du public. Ce fut en grande partie grâce à son concours que la première saison de Rossini fut extrêmement brillante. Ecrit spécialement à l'occasion du sacre de Charles X, il Viaggio a Jkinis obtint un succès qui, d'ailleurs, allait être suivi de plusieurs autres. Aussi, dans les documenls officiels, témoigne-t-on la plus grande satisfaction au compositeur, auquel des félicitations sont transmises de la part du département des Beaux-Arts.

Le 12 novembre 182.'i la troupe italienne avait repris possession du théâtre de la place Favart. A ce théâtre, le 14 février 1828, passa, connue contrôleur du matériel, après avoir jusque-là exercé les mêmes fonctions à l'Académie Royale, Robert, qui devait bientôt s'asseoir au fauteuil directorial.

Autre fait se rapportant à l'histoire, qui seule nous occupe désormais, de la salle Favart. Nou> voulons parler de la décision prise, le o juillet 1826, par le vicomte, d'après laquelle M"" Chili, en attendant l'arrivée des nouvelles chanteuses venant d'Italie, serait affichée exclusivement à Favart. « L'ajournement de la mise en scène du Siège de Corinthe, explique M. de La

•M LE Tilt VTRE-IT AI. Il \ DE 1801 A 1913

Rochefoucauld, facilite l'exécution de cette mesure, et nous permet d'utiliser ainsi le talent de M"' Cinti à qui j'ai lait connaître nos intentions à cet égard. » Le 30 juin, en effet, à la suite d'une réclamation de la cantatrice, réclamation dont nous regrettons de ne pas avoir le texte, M. de La Rochefoucauld avait adressé à M11, Cinti cette solennelle missive :

J'ai reçu, Mademoiselle, et je n'ai pas lu sans surprise la lettre que vous m'avez adressée sous la date du 27 de ce mois; je ne puis y reconnaître l'expression de vos sentiments et je me plais encore à croire qu'un moment de réflexion et surtout un examen plus approfondi de vos droits et de vos devoirs vous eût fait refuser d'apposer votre signature au bas d'un écril indigne de votre caractère. Quoi qu'il en soit, .Mademoiselle, vous exposez des griefs contre l'administration et vous portez des plaintes auxquelles je dois répondre pour vous démontrer leur injustice. D'abord vous donnez à l'engagement que vous avez contracté avec l'Académie Royale de Musique une interprétation forcée, et comme c'est principaliment sur les termes de cet engagement que vous vous appuyez pour motiver votre refus de paraître désormais sur le Théâtre- Italien, il faut bien ici commenter l'article que vous invoquez. Je vais donc vous rappeler ce que vous semblez avoir oublié.

Le 17 octobre 1825. vous avez été engagée au théâtre de l'Académie Royale de Musique pour y faire un service actif quand l'administration le croirait utile. Jusque-là vous restiez attachée au Théâlre-Ilalien, c'est-à-dire que, jusqu'au moment où vous auriez terminé vos débuts à l'Opéra Français, vous étiez spécialement affectée au service de l'Opéra Italien : plus loin l'engagement ajoute que momentanément, par l'effet d'une circonstance quelconque, vous resterez à la disposition du Théâtre-Italien. «» gré de F administration.

Ces expressions. Mademoiselle, me semblent assez précises et je ne vois pas dans quel but elles auraient été insérées au contrat dont vous réclamez l'exécution si dès l'instant que vous auriez été admise à l'Opéra Français tout service devait cesser pour vous à l'Opéra Italien; le mot momentanément n'est-il pas la preuve manifeste que l'administration avait prévu le besoin de vous faire faire un service accidentel au Théâtre-Italien, et certes les circonstances qui l'ont forcée à recourir à votre talent n'ont que trop malheureusement justifié sa prévision, de ménie qu'elles ont du vous prouver que ce n'était point par caprice et surtout avec l'intention de vous surcharger de travail qu'elle avait réclamé votre coopération pour le service d'un théâtre dont la gloire ne vous est point étrangère.

Maintenant. Mademoiselle, récapitulons ce qui a été exigé de vous pour l'Opéra Français et voyons si effectivement le service actif que l'administration était en droit de réclamer a été tel que vos forces aient dû en être épuisées ? De compte fait depuis six mois, vous avez paru quinze fois sur le Théâtre de l'Académie Royale de Musique, ce qui fait un peu moins de trois fois par mois, et de ce nombre de représentations, si vous voulez déduire celles où vous n'avez paru que par complaisance, soit pour coopérer au soulagement des frères Franconi, soit même pour obliger Mme Branchu, vous conviendrez qu'un semblable service n'était pas de nature à vous faire succomber de fatigue.

Lorsque au mois d'avril ta maladie de M'"e Mombelli a fait concevoir des craintes sérieuses sur le sort du Théâtre-Italien, je me suis plu à compter sur vous, Mademoiselle.

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pour en soutenir le répertoire; mais vous savez aussi qu'alors je donnai l'ordre positif de ne vous faire faire aucun service à l'Opéra Français, et, si par hasard vous y avez paru, vous n'avez pas oublié sans doute que ce fut de votre part un acte d'humanité et de complaisance dont je ne suppose pas que vous puissiez vous repentir et que dans tous les cas l'administration n'a point exigé. Ainsi, Mademoiselle, tombe tout naturellement l'assertion que vos fatigues aux deux théâtres vous font succomber sous le poids du travail, et ce qui mieux que tout cela prouve encore que ce n'est point un excès de fatigue que vous redoutez, c'est que vous avez proposé vous-même de faire conjointement le service des deux théâtres moyennant des feux ou un nouvel engagement : ainsi donc lorsque l'exigence de l'administration se borne à ne réclamer de vous que ce que la plus stricte équité ne saurait vous permettre de refuser sans manquer à vos engagements, je ne puis me rendre raison des motifs qui ont pu vous déterminer à faire une démarche dont vous n'avez pas prévu les conséquences.

Je crois. Mademoiselle, qu'il n'est pas nécessaire de vous rappeler toutes les preuves d'intérêt et de bienveillance que je n'ai cessé de vous donner et que justifiaient assez votre talent et vos services. Vous n'avez pas oublié sans doute que récemment encore, désirant vous témoigner ma satisfaction et récompenser votre zèle, je vous ai promis c >mme dédommagement une prolongation de congé et qu'alors vous prîtes envers moi l'engagement formel de cesser toute récrimination : est-ce donc ainsi que vous tenez votre parole .'

Je veux bien, ainsi que je vous l'ai dit en commençant, n'attribuer qu'à de l'irréflexion l'expédition d'une lettre dont j'ai le droit d'être mécontent : j'écoute toujours avec bienveillance le? réclamations des artistes; je me fais un devoircomme un plaisirde les accueillir quand elles sont justes; mais je ne sais point céder à des menaces, et si vous avez pu penser, Mademoiselle, qu'elles exerceraient la moindre influence sur ma détermination je dois vous détromper : ce moyen ne réussira pas. L'administration a «se de ses droits envers vous; elle les a exercés avec tout le ménagement que vous deviez en attendre puisque pendant tout le temps que vous avez fait exclusivement le service aux Italiens elle n'a poiot fait monter de pièces nouvelles et s'est bornée à vous faire paraître dans des rôles que vous n'aviez point besoin d'étudier, afin de ne point ajouter au travail que nécessitaient les répétitions de l'opéra du Siège de Corinthe, et lorsqu'à son détriment elle se montrait si soigneuse de vous épargner des fatigues, plie était sûrement loin de s'attendre à vous voir méconnaître ses intentions.

En définitive, Mademoiselle, vos plaintes sont mal fondées, vos menaces sont inconvenantes, et j'ai assez de confiance en votre loyauté pour être bien certain que vous éprouverez quelque regret d'avoir fait une démarche inconsidérée.

Elle me semble si peu en harmonie avec ce que j'étais en droit d'attendre d'un caractère tel que le votre, qu'il ne m'est pas dillicile de penser que vous chercherez à en faire perdre le souvenir. Je me plais à y compter. Mademoiselle, et ce sera alors avec une vive satisfaction que je saisirai l'occasion de reconnaître vos efforts.

En attendant la représentation du Siège de Corinthe dont la mise en scène est ajournée, je donne l'ordre à l'administration de ne point vous faire paraître sur le Théâtre de l'Académie Royale de Musique afin de vous laisser à la disposition momentanée du Théâtre-Italien, où votre coopération est indispensable jusqu'à l'arrivée des cantatrices que l'on attend

d'Italie. Vous n'aurez donc point à faire le double service qui excite vos craintes, et vous n'aurez dès lors aucun sujet de vous plaindre d'un excès de travail qu'il n'a jamais été question de vous imposer.

Cetle éloquence un peu verbeuse ne fut point persuasive. M"c Cinti refusa complètement de venir à résipiscence. Elle alla jusqu'à la révolte ouverte et suscita toutes sortes fie dillicultés à l'administration.

Le 2 août, nous voyons M. de La Rochefoucauld charger Duplantys de donner à la chanteuse l'ordre de reprendre son service à l'Opéra, tout en retenant ses appointements du mois de juillet, mois au cours duquel elle avait refusé de paraître sur la scène des Ilaliens.

Peu après, du reste, l'administration avait lieu d'être plus satisfaite de Mlle Cinti qui remportait un triomphe personnel le 9 octobre, date mémorable de la première représentation du Siège de Corinlhe à l'issue de laquelle l'orchestre de l'Opéra, conduit par Habeneck, alla donner à Rossini, en plein Paris, sous ses fenêtres, une sérénade.

Le mois de ce grand succès allait voir la fin de la direction officielle de Rossini, appelé à d'autres fonctions, selon la formule connue; il fut en effet, le 17, nommé compositeur de Sa Majesté et inspecteur général du chant clans tous les établissements royaux. En fait, aux Raliens, Rossini demeura le maître, tandis qu'à l'Opéra. Lubbert, prenant à ce moment la place du véritable administrateur, Dubois, n'allait pas tarder à se hisser à la direction proprement dite.

En décembre, nous voyons M. de La Rochefoucauld donner l'ordre de payer, pour novembre et décembre, les émoluments de Rossini comme à l'ordinaire. C'est, semble-t-il, le reconnailre toujours comme directeur, à moins que le fait qu'il s'agit des deux derniers mois de l'année ne permette d'interpréter cette mesure comme une finale largesse gouvernementale.

Enfin Robert est nommé inspecteur des Ilaliens et chargé du service matériel. C'est alors qu'il a l'occasion de se lier, d'abord avec Rossini. ensuite avec Severini, régisseur du même théâtre depuis 1824.

Toute cette histoire particulière que nous essayons de débrouiller se poursuit, on ne l'ignore pas, au milieu d'une histoire générale singulièrement agitée par les incidents, de plus en plus graves et menaçants, de la politique

intérieure. La chronique artistique doit alors enregistrer une nouvelle réussite pour Rossini avec Moïse donné à l'Opéra et la sensationnelle arrivée de la Malibran à Paris. En ce qui concerne notre sujet, il se produit un l'ait des plus importants motivé par la continuation des difficultés où se débattait la double direction si compliquée des Italiens et de l'Opéra; c'était, pour donner une idée de ces embarras multiples, le départ, sérieux cette fois, de Mlle Cinti, les ennuis financiers les plus graves, un passif augmenté démesurément et jusqu'au point de menacer le fonctionnement, l'existence même des deux théâtres, etc. C'est dans de telles circonstances, ce] tendant peu engageantes, qu'un certain Emile Laurent sollicita l'autorisation d'exploiter le Théâtre-Italien à ses risques et périls. Voici, à ce propos, une lettre adressée par M. de La Rochefoucauld à Lubbert :

J'ai l'honneur de vous provenir. Monsieur, que le Roi, sur la proposition qui lui en a été faite, a bien voulu consentir à ce que la salle du Théâtre-Favart fut mise immédiatement à la disposition de M. Emile Laurent qui se chargera de la direction du Théâtre- Italien et de celle du spectacle anglais, sous les conditions qui lui seront stipulées dans un traité dont les bases principales ont été approuvées par S. M. En conséquence, je vous invite à faire à M. Laurent la remise de cette salle et à le faire reconnaître en sa qualité de directeur du Théâtre-Italien, à dater du 1" octobre 1827. Vous voudrez bien vous occuper du soin de faire dresser sauf délai un état exact des lieux, ainsi que l'inventaire régulier de tous les objets mobiliers qui seront confiés à M. Laurent, et dont la jouissance définitive ne lui sera acquise qu'après la rédaction defacte qui doit lui concéder le privilège, et. lorsque ce même acteaura été revêtu de toutes les formalités qui pourront en assurer la validité.

Jusque-là, la remise du théâtre n'est que provisoire et n'a d'autre objet que de faciliter à M. Laurent les moyens de continuer les représentations des opéras italiens, concurremment avec les ouvrages dramatiques du théâtre anglais.

Au nombre des principales mesures dont il importe de s'occuper immédiatement, est la remise, dans la forme légale, de la salle du Théâtre Royal Italien. Déjà, par ma lettre du 2 de ce mois, je vous ai invité à dresser l'état exact des lieux. Mais, à cette occasion, j'ai lieu de remarquer qu'au mois de juin dernier celte formalité n'avait point encore été remplie par les architectes à l'égard de l'administration de l'Académie Royale de Musique. Je désire savoir ce qui aélé fait à ce sujet. Je pense que si cette remise n'a eu lieu que depuis peu, il suffirait de représenter à M. Laurent le procès-verbal relatif à celte opération en faisant reconnaître par lui l'état des lieux, afin qu'à l'expiration de son privilège il en fasse la remise dans l'état convenable.

Une autre opération exige vos soins particuliers et immédiats : c'est l'inventaire exact de tous les objets mobiliers dont la jouissance est laissée à M. Laurent: je vous ai déjà recommandé cette affaire. Je ne saurais trop vous prier d'en hâter la conclusion qui ne peut souffrir de relard.

Il devient également essentiel de ne pas différer un seul instant d'aviser aux moyens de pourvoir au remboursement du prix des loges louées au Théàlre-Italien, dont le paiement a été effectué, à l'avance, à l'administration de l'Académie Royale de Musique et dont la portion afférente au temps qui reste à courir de cette location à partir du 1er octobre est devenue la propriété de M. Emile Laurent.

Quelques jours plus tard. Lubbert rerul la copie, accompagnée d'instructions nouvelles, du traité passé avec Laurenl :

Je vous invile à vouloir bien mettre tous vos soins à ce que l'état de ces logis, dont je sais que vous vous occupez en ce moment, soit dressé et me parvienne dans le plus bref délai possible.

Il ne me reste plus. Monsieur, qu'un objet sur lequel j'appelle toute votre attention. Il est nécessaire que je connaisse avant la formation du budget pour l'exercice procbain l'état de toutes les dettes du Théâtre Royal Italien, antérieures au Ier octobre. Il m'intéresse donc essentiellement que les comptes de ce théâtre soient établis sans délai, et je vous recommande de veiller à ce que ce travail ne souffre aucun retard.

Désormais, les Italiens ne sont plus sous la domination de l'Opéra. C'est une ère nouvelle qui commence et les débuts n'en sont pas brillants. Un séjour antérieur du nouvel imprésario Laurent en Angleterre n'a pu développer beaucoup en lui l'aptitude spéciale d'un vrai directeur parisien. Sur son théâtre il imagine l'alternance a^sez hétérogène d'opéras italiens et d'oeuvres dramatiques anglaises. 11 a, d'ailleurs, matériellement, la partie belle : la salle Favart lui était concédée sans rétribution, et on lui versait une subvention de 80.000 francs.

Les débuts de la troupe anglaise (15 octobre) eurent un succès d'estime, rien de plus.

Laurentallait tenir une bien meilleure carte avec la Malibran. Cette artiste prestigieuse, dont la réputation parisienne s'était préparée et commencée dans les salons, alors très en vue. de la comtesse Merlin, avait fait au théâtre un début « hors rang » en quelque sorte, en chantant, pour le bénéfice de Galli aux côtés de M"eSonlag, sur la scène de l'Opéra. L'Académie de Musique aurait souhaité, surtout après une telle épreuve, de s'attacher une telle artiste : mais la fille de Garcia tenait à la carrière italienne et elle accepta un engagement à Favart. Disons queRossini. dont les rapports avec Laurent étaient froids — il devait bientôt travailler à l'évincer au profit de Robert et de Sève-

rini — avait fait tous ses efforts pour pousser la Malibran à entrer à l'Opéra.

Le 8 avril J828 celle-ci débuta aux Italiens dans Semiramide et réussit brillamment comme bien on pense; une série de très belles représentations fut ainsi assurée jusqu'à son départ pour Londres, en avril 1829. époque où Laurent, dont la subvention avait été abaissée à 60.000 francs, obtint, en compensation peut-être, la permission de conduire sa troupe de l'autre côté de la Manche, au King Thealcr.

La scène de Favart étant devenue libre pendant l'absence des artistes italiens fut occupée momentanément par une troupe allemande que dirigeait Hoeckel et qui donna le Freischutz, la Flûte enchantée et Fidelio.

Le 9 juin, cette troupe allemande fit place à une troupe anglaise.

En septembre se placent les débuts de MUe Heinefetter; mais Laurent n'a pas eu à sa disposition les arguments oratoires ou métalliques nécessaires pour décider la Malibran à rester avec lui. Cette saison désastreuse est pour le directeur un triste chant du cygne. Il est forcé de passer la main à Robert et à Severini.Avec eux, la fortune du Théâtre-Italien allait, selon l'expression du poète, prendre une face nouvelle, la troupe s'adjoindre de brillantes recrues, Tamburini, Lablache, M'"esGiulia Grisi, Persiani, et le répertoire s'accroître, à défaut de productions inédites de Rossini, de toute une série d'œuvres de Rellini et de Donizetli : la Somnambule, Norma et les Puritains, d'une part; de l'autre Anna Bolena, Lucia et VElisir d'amore.

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