‹ Le théatre & la poésie (questions d'interprétation)Chapitre 13 sur 13 · POUR CETTE NOUVELLE EDITION · texte numérisé non relu

POUR CETTE NOUVELLE EDITION

Page 5. - LE PARADOXE DE DIDEROT

Cette étade a paru dans la Revue d'Art dramatique^ numéros des 1«' et 15 février 1893.

Dans les très aimables articles que M. Francisque Sarcey a consacrés à ce livre, dès son apparition {Temps des 2, 9, 16, 23, 30 juillet 1894), il dit ne pas vouloir s'arrêter sur ce paradoxe de Diderot, « parce que c'est un sujet sur lequel on peut à volonté soutenir le pour et le contre. »

Le seul mérite que je revendique ici, c'est précisément d'avoir montré, le premier, du moins je le crois, pourquoi ce débat ne pouvait trouver de solution absolue auprès des gens de théâtre : j'ai essayé de clore une discussion qui est interminable et vaine, quand on reste sur le terrain pratique et si j'ai indiqué mes préférences personnelles en la question, je n'ai pu le faire qu'en abandonnant les régions moyennes pour les hauteurs de l'art.

Page 23, - L'ART DU COMÉDIEN

Cette dernière étude vient également de paraître en une petite plaquette chez Ollendorf.

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Pase 40. - GARDER SA TÊTE, LIVRER SON CŒUR

Je n'ai pas voulu faire une enquête et donner ici les opinions de mes contemporains, qu'ils soient mes camarades ou mes aînés dans la carrière ; j'aurais été pourtant très heureux de m'appuyer encore sur l'autorité de M. Delaunay, un des plus grands maîtres de la scène française, l'amoureux le plus complet, peut-être, qui ai jamais illustré la Comédie. Je sais que ses idées sur le Paradoxe sont conformes à celles de Mole et de Talma : il m'a fait l'honneur de me le dire. Je résiste d'autant moins à nommer ici ce grand artiste, que je suis surpris d'avoir pu écrire ce livre sans Tavoir cité comme modèle dans le cours de mes études sur la diction poétique. Ce grand comédien fut, en effet, un meilleur diseur de vers et son interprétation des œuvres de Musset a laissé dans nos souvenirs, des traces ineffaçables.

Page 41 . ^ CE QU'ON APPELLE L'ART

Ce qui égare bien des gens sur le but final de l'art, c'est l'étymologie du mot et le texte des dictionnaires où nous lisons : « Art, d'où vient artisan, artifice », et encore : « adresse, habileté, ensemble des moyens, des procédés, industrie, recherche, apprêt, affectation » . Toutes ces expressions laisseraient supposer que la fonction de l'artiste consiste à créer des « trompe-l'oeibs si nous ne voyions au contraire, que les œuvres vraiment grandes, n'ont été créées et n'ont vécu que par l'émotion qui

s'y trouve contenue. C'est grâce à ces œuvres, que le mot a pris toute la noblesse qu'il n'a pas en sa racine: on l'a dit excellemment : a L'art commence avec la religion ». Le reste n'est que métier f

U nous faudrait une expression qui fût au mot art, ce que poésie est à versification ; cela fixerait davantage les idées du public qui rapporte tout à l'habUeté.

Page 47. - L'ENSEIGNEMENT DE RÉGNIER

Cette étude a paru pour la première fois dans la Revue d'Art dramatiqtte^ numéro du !«' décembre

Page 58. - LES YEUX DE TALMA

Lamartine, dans son Cours de Littérature (année 1857 : Entretien XIV), nous parle à plusieurs reprises des yeux de Talma et de l'expression de sa physionomie : ft Nulle pensée, dit-il, ne se pétrifiait aussi complètement sur les traits du visage, que celle de Talma. Son visage devenait à volonté sa pensée. » .

Voici maintenant Talma tel que Lamartine nous le décrit en dehors de la scène. « Un front large, des « yeux grands et doux, une bouche mélancolique « et fine, des joues un peu pendantes et un peu fias- « ques, d'une blancheur mate, des muscles au repos « comme les ressorts d*un instrument détendus. v>

Usemble que de tout cela les statues nous aient conservé surtout «t les joues un peu pendantes et un peu flasques.» Plus loin dans le même entretien La-

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martine noas dit : « H avait des larmes, en m'écoutant dans ses beaux yeux bleus. »

Page 67. - DICTION DES VERS

Ces études ont paru dans la Revue dramatique et musicale de Jean Raphanel : n®» 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 15 et 16 (année 1893).

Page 72. - JL N'EST PAS PROUVÉ D'AILLEURS...

Une revue intitulée « l'Avenir politique et littéraire » proposait dans le n® du 15 avril 1894, une « Résurrection des cours d'amour », et M. Ad. Thalasso (l'auteur applaudi de « l'Art » au théâtre des Escholiers) y faisait un appel aux poètes pour fonder des tournois littéraires et pour nous rendre en quelques sorte les trouvères et les troubadours d'autrefois. Dans les spectacles rêvés, les auteurs interprêteraient eux-mêmes leurs vers à haute voix ; car nous dit fort bien M. Thalasso, « les vers sont faits pour être dits et non pour être vw5, pour être récités à haute voix et non pour être lus mentalement, pour frapper Toreille de leurs cadence et non pour plaire aux yeux dans leur alignement. » Une pareille tentative sera fort curieuse, fort intéressante, mais je sais bien qu'elle apportera quelques désillusions aux organisateurs.

Il ne suffit pas, comme le croit M. Thalasso, a d'un peu de mémoire et de gants blancs » pour dire des vers devant un grand public convoqué spécialement. Si, comme je l'ai constaté en ce volume, quelques poètes sont fort habiles dans l'art de dire, j'en connais qui sont insupportables et ridicules ;

n*ayaQt pas en enx les instincts ni les dons nécessaires pour faire ce métier, n'en ayant pas étudié les difficultés. Jamais ces derniers ne se tireront d'une audition publique !

Et puis les temps sont changés : à l'époque des troubadours le théâtre n'existait pas; aujourd'hui les succès remportés sur la scène donnent à quelques acteurs de talent un crédit dont les œuvres des poètes profitent largement.

On peut reprocher parfois à ces diseurs, d'être insuffisants dans leur métier, il n*est pas juste de dire qu'ils se dispensent de nommer le poète et qu'ils prennent pour eux la part d'éloges qui lui revient. Depuis près de vingt ans que je prends part à des soirées musicales et littéraires, si le p}wrccau en valait la peine^ j'ai presque toujours vu demander le nom de Tauteur à l'interprète quand il n'existait pas de programme, et dans toutes les réunions importantes il y a un programme*

Et puis M, Thalasso est-il certain de voir la gloire des poètes grandir quand ils se produiront devant le grand public. Le sort des acteui's n'est pas si merveilleux qu'on veut bien le dire parfois, et puisqu'on parle ici de succès, la renommée de M. Sully- Prud'homme me semble mille fois plus enviable que celle de n'importe quel comédien, fut-il le plus grand de son siècle ?

Page Si. ^Ih lUSIQUE ET LA POÉSIE

On pourrait remarquer, au contraire, que la poésie un peu fluide de Lamartine a fourni parfois à la musique une matière parfaite pour y enfermer ses inspirations ; aussi, le jour où un musicien comme

Gounod a voulu associer son génie à celui du poète, il a pu créer d'admirables mélodies comme Le Soir et Le Vallon où toute Tharmonie des mots subsiste à travers l'harmonie des notes. Ici poésie et musique se sont exceptionnellement pénétrées pour former un tout indissoluble, et c'est parfois la mélodie qui semble préciser le texte. L'élasticité de ces vers est précieuse au musicien ; c'est, sans doute, pour des raisons analogues qu'Armand Silvestre a si bien écrit pour les compositeurs.

Page i06. - LA RIME EST UN POINT DE REPÈRE

Un exemple entre mille : J'ouvre le dernier volume d'A. Theuriet « Jardin d'Automne » et je lis :

Nous écoutons, rêveurs, un angélus qui tinte Très loin, dans le clocher d'un village endormi Et dont la sonnerie argentine, parmi Les taillis imprégnés d'âutomnales bruines Eveille en nous Técho des saisons enfantines.

Qui oserait dire qu'il faut s'arrêter après le mot « parmi ». Il suffit de l'articuler nettement pour que la rime se place d'elle-même en notre oreille.

Page iii.- LES CRITIQUES ANGLAIS ET ALLEMANDS

Il parait que j'ai un peu calomnié les Allemands ; du moins, c'est ce que m'écrit M. Ed. Koschwitz, recteur de l'Université de Greifwald qui, dernièrement, organisait des conférences enPoméranie (I ! !) sur la « Phonétique française », et qui m'indique des ouvrages en langue allemande dont les observations sont conformes aux miennes.

De son côté» M. Charles Marelle, professeur de littérature au lycée Victoria et à rAcadémie Humboldt à Berlin, vient de m'adresser un article qu'il fit paraître en 1889 et qui fut reproduit dans un n* du journal « La Voix parlée et chantée » (novembre 1880).

Cet article est tout entier sur Te muet, et l'auteur y soutient quelques-unes des idées que j'ai développées ici : si j'avais connu ce travail plus tôt, je l'aurais mentionné dans mon volume.

Page i3i. - ■. PSICHARI

Ce volume et les articles que M. F. Sarcey lui a consacrés ont valu au célèbre critique du Tempsxxn^ longue lettre de M. Psichari. Elle montre, tout du long, cette lettre, que les éminentes facultés de H. Psichari ne sont décidément pas tournées vers les choses de la diction.

M. Psichari ne nous parle-t41 pas maintenant d^appareils enregistreurs pour déterminer la valeur de Te muet ; il nous dit que dans la tragédie, « on fait parfois sentir un petit e 7nuety même aux rimes masculines, et qu'on traîne un peu la voix sur les finales de ces deux vers d'Athalie :

Oui, je viens dans son temple adorer rEternei, Je viens, selon l'usage antique et solennel,

tout comme s'il y avait : étemelle et solennelle. » M. Psichari prouve ainsi qu'il ne^perçoit aucune des délicatesses de la diction ; car enfin, si pour simplifier les choses, j'ai ramené à trois variétés les émissions différentes de l'e muet^ je crois qu'elles sont sans nombre. M. Psichari doit être évidemment de

cenx qui pensent que la photographie des couleurs supprime du coup l'art des Corot et des Daubigny. Il rêve une poésie qui sache se mettre à la portée du peuple ; moi j'aimerais mieux élever le peuple jusqu'à elle ; d'ailleurs le charme et la saveur de la poésie populaire ne résident-ils pas précisément en sa forme un peu spéciale. Et pïiis, on aura beau faire Téducation des masses, je crois que nous aurons toujours plus de chances d'entendre chanter dans les rues « En rev'nant de la R*vue » que la Walkyrie ou Lohengrin !

Page 128. - UÂLLONGEMEMT DES SYLLABES

Dans la pièce célèbre de L. Bouilhet « A une femme », on trouve cette strophe admirable :

Tu n*a8 jamais été, dans tes jours les plus rares. Qu'un banal instrument sous mon archet vainqueur, Et comme un air qui sonne au bois creux des guitares J'ai fait chanter mon rôve au vide de ton cœur I

Tout l'art de dire ce dernier hémistiche est dans l'allongement sur le mot « vide », sans lequel on serait obligé de prononcer a au vid' de ton cœur », ce qui est affreux et incorrect et ce qui, d'autre part, enlève au vers toute son énergie.

Page i33. - L'AUDITION COLORÉE

Nous aurions tort de croire d'ailleurs qu'on n'ait pas recherché avant nous ces associations d'idées. Je lis dans un numéro du journal V Autographe en date du 5 décembre 1863 les lignes suivantes : « Gomme « je suis un peu fou, j'ai toujours rapporté, je ne sais

« trop pourquoi, à une couleur ou à une nuance les (( sensations diverses que j'éprouve. Ainsi pour moi « la piété est bleu tendre, la résignation gris-perle, « la joie est vert pomme, la satiété est café au lait, t le plaisir rose velouté, le sommeil est fumée de « tabac, la réflexion est orange, la douleur est coutt leur de suie, Tennui est chocolat.»

« La pensée pénible d'avoir un billet à payer est « mine de plomb; l'argent à recevoir est rouge chà- (( toyant ou diablotin. Le jour du terme est couleur « de terre de sienne — vilaine couleur I Aller à un « premier rendez-vous, couleur thé léger, à un « vingtième thé chargé ; quant au bonheur. . . couce leur que je ne connais pas. »

Dans ces lignes signées Léon Gozlan, nous ne devons voir sans doute qu'une aimable fantaisie du spirituel écrivain; aujourd'hui nous prétendons tirer de nouvelles sensations d'art de ce qui fut souvent un badinage ou un simple jeu de société et le sérieux que nous apportons à ces recherches est peutêtre le seul élément qui en ait renouvelé l'attrait.

D'ailleurs aussi bien dans les dernières lignes empruntées à M. René Ghil que dans ce qui précède, je vois des images qui s'expliquent et que des analogies ont pu suggérer : dans l'audition colorée des voyelles, au contraire, il s'agit d'impressions brutales et irraisonnées qui viennent sans doute de la contiguïté de certaines sensations ; mais c'est ici que commence le vrai mystère.

Page i36. - LES RESSOURCES DE NOTRE LANGUE

Le préjugé contre la langue française, au point de vue musical, n'a pas été détruit sans de longs com-

bats. Il est assez intéressant de lire, à ce sujet, la préface d'un volume de Garcin intitulé Iraité du Mélo-Drame {Pdivis m 2). L'auteur s' efforce de réfuter les opinions de Jean-Jacques Rousseau et la citation me semble intéressante à faire :

« On peut mettre M. Rousseau à la tête de ceux tt qui ont accusé la langue française de ce genre « d'impuissance. (Impuissance à s'allier avec la « miùsigue. »

« n nous signifie dans sa lettre sur la Musique, il « nous déclare plus solennellement dans l'Encyclo- « pédie, il répète en vingt endroits de son Diction- « uaire, que si notre Musique est défectueuse, notre « Langue ne Test pas moins; qu'étant sans prosodie, « sans accens, et remplie d'e muets, elle est trop ce sourde pour se couvrir des sons de la Musique, etc.

«Notre langue est-elle sans prosodie? Il faudrait « un traité complet pour éclaircir la question, et « plusieurs volumes pour épuiser la matière. Si tt j'avais un livre à faire, je commencerais, en ana- « lysant tous les mots de la langue, par examiner si « les tons qu'ils fournissent ont ou n'ont pas une ac- « centuation sensible. Je rechercherais ensuite si la « quantité syllabique est telle qu'on ne puisse l'a- « dopter au chant ; si nos voyelles sourdes tant re- « prochées ont moins d'accent que les sonores ; si « elles ne font pas dans le discours le même effet que « produit une longue suite d'Ombres dans un ta- « bleau de Rembrandt ; si les peuples barbares ne « sont pas ceux dont la langue a le plus d'à et d'e « ouverts, si les intervalles du grave àTaigu doivent

« toujonrs être saillants et jamais gradués ; si To- « reille dont le sentiment est si fixe chez les nations « polies n'est pas autant flattée des nuances que dés « extrêmes ; si ce que notre accent perd en éne^e «c il ne le gagne pas en variété, enfin si, malgré ce « qui lui manque, notre langue n'a pas un caractère « de liberté, de netteté, de douceur et même de « grâce, » etc.

Page i77. - LA DÊCLklATION SUR U lUSIQUE

D^Liksl^ Revue Moderne (août 1894), M. RenéPonthière, vient de consacrer un article intéressant aux adaptations fnusicales. Il y nomme les compositeurs qui s'y sont particulièrement adonnés. On pourrait ajouter aux œuvres qu'il a citées, l'adaption remarquable que M. Breitner a faite sur « Jean Marie » le petit chef-d'œuvre d'André Theuriet.

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