LE MYSTÈRE D^ADAM
CAÏN
Certes, beaucoup !
Tu es un traître tout prouvé.
ABEL
Point ne le suis.
CAÏN
Tu disque non?
ABEL
Jamais n'aimai la trahison.
CAÏN
Mais tu Tas faite.
ABEL
Moi? Comment?
CAÏN
Tôt le sauras.
ABEL
Point ne comprends.
CAÏN
Te le ferai bientôt savoir.
ABEL
Jamais ne le pourras prouver.
CAÏN
La preuve est près.
ABEL
Dieu m'aidera !
CAÏN
Je te tûrai .
ABEL
Dieu le saura !
a Alors Caïn lèvera une main menaçante contre lui en disant :
CAÏN
Voici qui en fera la preuve.
ABEL
En Dieu toute est ma confiance.
CAÏN
Contre moi peu te servira.
ABEL
#11 peut bien détourner ton bras.
CAÏN
Ne te pourra de mort sauver.
ABEL
En tout me mets à son plaisir.
CAÏN
Veux ouïr pourquoi te tûrai ?
ABEL
Dis-le-moi donc.
CAÏN
Te le dirai :
Trop es de Dieu le favori.
Pour toi m'a-t-il tout refusé, Pour toi refusa mon offrande.
Pensez-vous que ne te le rende ?
T'en donnerai la récompense :
Tu vas rester mort sur la place.
ABEL
I Si tu m'occis, sera à tort ;
Dieu vengera sur toi ma mort.
N'ai pas mal fait, Dieu le sait bien!
Vers lui ne te brouillai en rien, Mais te conseillai d'ainsi faire Que fusses digne de sa paix.
En lui donnant ce qu'on lui doit, Dons, prémices, oblations :
Ainsi peux avoir son amour.
Tu ne le fis, as sa colère.
Dieu ne ment pas ; à qui le sert Donne grands biens, pas ne le perd.
CAÏN
Trop as parlé, bientôt mourras.
ABEL
Frère, que dis? Tu me menas, Suis ici sur ta foi venu.
CAÏN
Ta confiance ne te sert :
Je t'occirai, je te défie.
LE MYSTÈRE d'aDAM 49
ABEL
Dieu veuille avoir de moi merci !
« Alors Abel fléchira le genou du côté de l'orient . Il aura une outre (1) cachée sous ses vêtements, que Caïn frappera comme s'il tuait son frère. Abel restera étendu à terre, comme mort. Le chœur chantera le répons : Vbi est Abel frater tuus ?
« Pendant ce temps, Dieu viendra de Téglise vers Caïn, et quandle chœur aura fini de chanter le répons, il lui dira, comme plein de colère :
DIEU
Caïn, où est ton frère Abel ?
T'es-tu déjà mis en révolte ?
As commencé vers moi la guerre.
Montre-moi ton frère vivant !
CAÏN
Que sais-je, Sire, où est allé, S'il est chez lui ou à ses blés !
Pourquoi devrais-je le trouver ?
Je ne le devais pas garder.
DIEU
Qu'en as-tu fait ? Où Tas- tu mis ?
Je le sais bien, tu Tas occis.
Son sang en fait vers moi clameur, Dans le ciel m'en vint la rumeur.
Tu as fait là grand félonie, Maudit seras toute ta vie.
N'auras que malédictions :
A tel méfait tel récompense.
Je ne veux pas que Ton te tue.
Mais qu'en douleur passes ta vie ; Qui jamais Caïn occirait Sept foisaulant puni serait.
(1) Le texte dit « une marmite » (ollam) ; mais Tauteur a pu employer un mot pour un autre.
Ton frère 9S contre moi tué, Lourde en sera ta pénitence.
« Alors Dieu rentrera à l'église. Les diables arriveront et conduiront Caïn en enfer, le poussant à maintes reprises ; quant à Abel, ils le mèneront doucement.
« Les prophètes se seront préparés dans un lieu secret, chacun avec les attributs qui lui conviennent. On lira d'abord dans le chœur la leçon Vos inquam conveniOf o Judœiy et chaque prophète sera appelé par son nom. Ils s'avanceront avec dignité et prononceront leurs prophéties clairement et distinctement.
a Abraham viendra le premier, vieux avec une longue barbe, revêtu de larges vêlements ; ils assiéra sur un banc, et, après une pause, commencera sa prophétie à haute voix: Possidebit semen tuum, etc.