‹ Le théâtreChapitre 10 sur 88 · LE MYSTÈRE D^ADAM · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE D^ADAM

CAÏN

Certes, beaucoup !

Tu es un traître tout prouvé.

ABEL

Point ne le suis.

CAÏN

Tu disque non?

ABEL

Jamais n'aimai la trahison.

CAÏN

Mais tu Tas faite.

ABEL

Moi? Comment?

CAÏN

Tôt le sauras.

ABEL

Point ne comprends.

CAÏN

Te le ferai bientôt savoir.

ABEL

Jamais ne le pourras prouver.

CAÏN

La preuve est près.

ABEL

Dieu m'aidera !

CAÏN

Je te tûrai .

ABEL

Dieu le saura !

a Alors Caïn lèvera une main menaçante contre lui en disant :

CAÏN

Voici qui en fera la preuve.

ABEL

En Dieu toute est ma confiance.

CAÏN

Contre moi peu te servira.

ABEL

#11 peut bien détourner ton bras.

CAÏN

Ne te pourra de mort sauver.

ABEL

En tout me mets à son plaisir.

CAÏN

Veux ouïr pourquoi te tûrai ?

ABEL

Dis-le-moi donc.

CAÏN

Te le dirai :

Trop es de Dieu le favori.

Pour toi m'a-t-il tout refusé, Pour toi refusa mon offrande.

Pensez-vous que ne te le rende ?

T'en donnerai la récompense :

Tu vas rester mort sur la place.

ABEL

I Si tu m'occis, sera à tort ;

Dieu vengera sur toi ma mort.

N'ai pas mal fait, Dieu le sait bien!

Vers lui ne te brouillai en rien, Mais te conseillai d'ainsi faire Que fusses digne de sa paix.

En lui donnant ce qu'on lui doit, Dons, prémices, oblations :

Ainsi peux avoir son amour.

Tu ne le fis, as sa colère.

Dieu ne ment pas ; à qui le sert Donne grands biens, pas ne le perd.

CAÏN

Trop as parlé, bientôt mourras.

ABEL

Frère, que dis? Tu me menas, Suis ici sur ta foi venu.

CAÏN

Ta confiance ne te sert :

Je t'occirai, je te défie.

LE MYSTÈRE d'aDAM 49

ABEL

Dieu veuille avoir de moi merci !

« Alors Abel fléchira le genou du côté de l'orient . Il aura une outre (1) cachée sous ses vêtements, que Caïn frappera comme s'il tuait son frère. Abel restera étendu à terre, comme mort. Le chœur chantera le répons : Vbi est Abel frater tuus ?

« Pendant ce temps, Dieu viendra de Téglise vers Caïn, et quandle chœur aura fini de chanter le répons, il lui dira, comme plein de colère :

DIEU

Caïn, où est ton frère Abel ?

T'es-tu déjà mis en révolte ?

As commencé vers moi la guerre.

Montre-moi ton frère vivant !

CAÏN

Que sais-je, Sire, où est allé, S'il est chez lui ou à ses blés !

Pourquoi devrais-je le trouver ?

Je ne le devais pas garder.

DIEU

Qu'en as-tu fait ? Où Tas- tu mis ?

Je le sais bien, tu Tas occis.

Son sang en fait vers moi clameur, Dans le ciel m'en vint la rumeur.

Tu as fait là grand félonie, Maudit seras toute ta vie.

N'auras que malédictions :

A tel méfait tel récompense.

Je ne veux pas que Ton te tue.

Mais qu'en douleur passes ta vie ; Qui jamais Caïn occirait Sept foisaulant puni serait.

(1) Le texte dit « une marmite » (ollam) ; mais Tauteur a pu employer un mot pour un autre.

Ton frère 9S contre moi tué, Lourde en sera ta pénitence.

« Alors Dieu rentrera à l'église. Les diables arriveront et conduiront Caïn en enfer, le poussant à maintes reprises ; quant à Abel, ils le mèneront doucement.

« Les prophètes se seront préparés dans un lieu secret, chacun avec les attributs qui lui conviennent. On lira d'abord dans le chœur la leçon Vos inquam conveniOf o Judœiy et chaque prophète sera appelé par son nom. Ils s'avanceront avec dignité et prononceront leurs prophéties clairement et distinctement.

a Abraham viendra le premier, vieux avec une longue barbe, revêtu de larges vêlements ; ils assiéra sur un banc, et, après une pause, commencera sa prophétie à haute voix: Possidebit semen tuum, etc.

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