‹ Le théâtreChapitre 9 sur 88 · GAIN · texte numérisé non relu

GAIN

Que dis-lu là? C'est pure fable.

ABEL

Tu es riche et as maintes bétes.

CAÏN

Oui bien.

ABEL

Compte-les donc par tête :

De toutes donne la dixième.

Tu l'offriras à Dieu lui-même.

Offre-la-lui de ton bon gré, En recevras la récompense.

Feras ainsi ?

CAÏN

Quelle folie 1 De dix ne resteraient que neuf!

Pareil conseil ne vaut un œuf.

Allons offrir à lui de çà Chacun pour soi ce qu'il voudra.

ABEL

J'en suis d'avis.

t< Alors ils iront vers deux grandes pierres, qui seront préparées pour cela. Les pierres seront éloignées Tune de l'autre de telle façon que, lorsque Dieu apparaîtra, la pierre d'Abel soit à sa droite, et celle de Caïn à sa gauche, Abel oflrira l'agneau et l'encens, dont il fera monter la fumée. Caïn offrira une poignée de moisson. Dieu apparaîtra alors, bénissant les présents d'Abel et méprisant ceux de

CaïQ. Après l'offrande, Caïn jettera un regard mauvais du côté d'Abel, puis ils se retireront à leurs places. Alors Caïn viendra trouver Abel, voulant par ruse l'attirer dehors pour le tuer, et il lui dira :

CAÏN

Beau frère Abel, allons dehors.

ABEL

Pourquoi donc ?

CAÏN

Pour nous délasser, Et regarder noire travail, ' Si le blé croît, s il est en fleur.

Et puis aux prés nous en irons, Plus tranquilles nous en serons.

ABEL

Je te suivrai où lu voudras.

CAÏN

Or viens-t'en donc, bien tu feras.

ABEL

Tu es mon frère et mon aîné.

Je veux faire tes volontés.

CAÏN

Passe devant, j'irai après,

Au petit pas, sans nous presser.

« Alors ils iront tous deux vers un endroit éloigné et censé caché, où Caïn, comme furieux, se précipi- ' tera sur Abel, voulant le tuer, et il lui dira :

Abel, tu es mort.

ABEL

Et pourquoi 1

CAÏN

Je me voudrais venger de toi.

ABEL

Ai-je méfait?

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