NABUCHODONOSOR
Oyez un merveilleux miracle, Jamais pareil ne fut oui,
Ce que je vis des trois enfants Que je fis mettre en feu ardent.
Le feu était moult fier et grand, Et la flamme claire et bruyante.
Les trois enfants menaient grand joie Là où furent au feu ardent ; Chantaient un air si clair et beau, Semblait anges fussent du ciel.
Je regardais, j'en vis un autre, Qui réconfort leur apportait :
Visage avait resplendissant.
Semblait le fils de Dieu puissant...
La fin manque, mais la pièce ne devait pas être beaucoup plus longue.
Entre toutes les œuvres dramatiques du moyen âge, le Mystère d'Adam se distingue par un style ferme et relativement sobre qui rappelle, dans un autre genre, les meilleures de nos chansons de geste. Il y a de la puissance dans la malédiction de Dieu, dans les regrets d'Adam après la faute, et un parfum de poésie naïve dans les flatteries que le démon adresse à la femme. L'auteur n'a pas eu à faire preuve d'invention dans la disposition des scènes, qui lui était fournie par la Bible, sauf à la fin, mais la plupart des dialogues sont fort habilement conduits, notamment celui d'Eve et du démon et celui de Caïn et d'Abel. Les ripostes et les répliques se pressent, vives etalerles, sans que l'intérêt languisse un instant. Il n'est pas douteux qu'un pareil drame n'ait produit sur nos « dévots aïeux » un grand effet.