‹ Le théâtreChapitre 22 sur 88 · UN CHRÉTIEN NOUVEAU CHEVALIER · texte numérisé non relu

UN CHRÉTIEN NOUVEAU CHEVALIER

Seigneurs, si je suis jeune, ne m'ayez en mépris ; On a bien vu souvent grand cœur en corps petit.

Un ange leur apporte la bonne parole :

(1) Le même mètre est employé plus haut pour les ordres que le roi donne au courrier Auberon.

Seigneurs, soyez tous assurés, N ayez plus ni crainte ni peur.

M'a envoyé Notre-Seigneur, Qui vous mettra hors de douleur.

Ayez le cœur ferme et croyant, Exposez hardiment vos corps Pour Dieu ! Car c'est ici la mort Dont tout le peuple mourir doit, Qui Dieu aime de cœur et croit.

Les païens, de leur côté, s'exhortent à ne faire aucun quartier, et le texte ajoute : « Alors les Sarrasins tuent tous les chrétiens. »

Toutefois, Tamiral d'Orkenie présente à ses compagnons un ce grand vilain chenu gui adore un Mahomet cornu )). Ce Mahomet cornu est une statuette de saint Nicolas que le prud'homme porte avec lui. On décide qu'au lieu de le tuer on le conduira au roi. Pendant qu'on l'emmène, un ange vient l'encourager, après avoir prononcé une* sorte d'oraison funèbre des chrétiens morts :

Ah I chevaliers ici couchés, A quel point vous êtes heureux I Comme aujourd'hui vous méprisez Le monde, où tant avez duré.

Mais, pour le mal qu'avez subi.

Mon escient, très bien savez Quel bien c'est que le paradis, Où Dieu met tous les siens amis.

Sur vous doit bien jeter les yeux Tout le monde, et ainsi mourir ; Car Dieu moult doucement reçoit Ceux qui à lui veulent venir.

Qui de bon cœur le servira Jamais sa peine ne perdra.

Mais sera aux cieux couronné De la couronne qu'avez tous.

Oa amène le prud'homme devant le roi, qui déclare qu'il n'a jamais vu un vilain aussi laid, et qui rinterroge sur son Mahomet :

« Sire, c'est là saint Nicolas, Qui secourt les déconseillés.

Il fait ravoir toutes les pertes, Il ramène les dévoyés, Il rappelle les mécréants.

Il rallume les non-voyants, Il ressuscite les tués.

« Aucun objet confié à la garde du saint ne peut être perdu : quand le palais serait plein d'or, s'il était couché sur le trésor, personne n'y pourrait toucher. Telle est la grâce que Dieu lui a donnée. »

— a Je veux le mettre à l'épreuve, dit le roi, et lui confier mon trésor. Mais si j'y perds la moindre chose, fût-ce seulement plein mon œil, tu subiras le dernier supplice, par le feu ou la roue.

Sénéchal, mène- le à Durand,

Mon tourmenleur et mon bourreau.

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