‹ Le théâtreChapitre 29 sur 88 · MAITRE HENRI · texte numérisé non relu

MAITRE HENRI

LasI Pauvre homme l Où serait-il pris ?

Je n'ai plus que vingt et neuf livres...

Beau fils, fort êtes et agile :

Par vous même vous aiderez.

Suis un vieil homme, plein de toux,

Malade, las et plein de rhume.

Un charlatan (le texte dit un physicien, c'est-à-dire un médecin), qui était là ou qui survient, s'adressant à mattre Henri :

Bien sais de quoi êtes malade.

Foi que je vous dois I maître Henri,

Je vois bien votre maladie,

C'est un mal qu'on nomme avarice.

Il ajoute qu'il connaît bien des gens atteints du même mal et qu'à Arras même il y en a plus de deux mille ; puis il cite quelques noms, qui devaient provoquer Thilarilé du public.

Maître Henri s'approche de nouveau du médecin, et se plaint d'avoir le venire enflé ; il apporte un urinai^ et le médecin, après en avoir examiné le contenu, lui déclare qu'il a le mal de saint Léonard ; trois autres habitants d'Arras (dont il cite les noms) ont le même mal, qui vient d'emplir trop plein sa panse. Une dame s'approche à son tour ; la consultation qu'elle reçoit, et que nous ne pouvons reproduire ici, amène des plaisanteries sur les femmes terribles d'Arras, avec exemples à l'appui.

Un moine entre en scène, avec des reliques de saint Acaire :

Seigneurs, monseigneur saint Acaire Vous est ci venu visiter.

Approchez tous pour le prier, Et mette chacun son offrande ; Car n y a saint, jusqu'en Irlande, Qui si belles miracles fasse : De l'homme le de'mon il chasse Par le saint miracle divin, Et il guérit de la folie Communément et sots et sottes.

Souvent vois des plus idiotes Venir à notre moûtier d Haspre, Qui au départ sont bien guéries ; Car le saint est de grand mérite.

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Avec une aumône petite Vous ferez bien venir de lui.

On pousse en avant un nommé Walet; c'est un de ses compatriotes, qu'Adam de la Halle met en scène, et probablement sous son vrai nom :

Or ça î Walet, avance-toi ;

Ne crois qu'y ait plus sot que loi.

Walet offre à saint Acaire un bon fromage gras. On s'amuse à mettre son intelligence à l'épreuve :

Walet, par le grand saint Acaire I Que voudrais-tu avoir donné Pour que lu sois à tout jamais Si bon ménétrier que Ion père ?

Et Walet répond :

Beau neveu, je voudrais bien être Aussi bon vielleur qu'il fut.

Et qu'on m'eût par le col pendu Ou bien qu'on m'eût coupé la léte !

« Par ma foi, remarque le moine, celui-ci est vraiment bête ; allons, baise le reliquaire, et va-t'en, car la foule approche. »

On apporte de l'argent au saint, pour des personnes qui n'ont pu venir. Le moine excite la générosité des fidèles :

Est-il plus personne qui mette ?

Avez-vous oublié le sainl?

On apporte une mesure de blé au nom d'un autre absent. Puis un père fait avancer son fils idiot. Les propos décousus du fou amènent des plaisanteries, qui ne sont pas toujours intelligibles pour nous, des

coq-à-l'âDe, des personnalités qui devaient être saluées au passage par les rires de Tassistance, mais dont le sel nous échappe forcément. L'auteur y mêle des récriminationscontre le pape Alexandre IV, alors mort, mais qui, quelques années auparavant, avait renouvelé les censures ecclésiastiques contre les clercs (non encore pourvus des ordres majeurs) qui épousaient des veuves et encouraient ainsi le reproche canonique de « bigamie ». Adam oppose la sévérité dont on use vis-à-vis des pauvres clercs, à la liberté dont jouissent les prélats.

Le moine invite le pèredu fou à faire son offrande à saint Acaire, et à ramener son fils le lendemain, car il a besoin de repos.

On engage alors le moine à mettre ses reliques en lieu sûr; car il doit y avoir cette nuit même et à cette place « une grande merveille de féerie » ; dame Morgue et sa compagnie doivent venir s'asseoir à la table préparée pour elles et y manger à loisir. Bientôt on entend les gensd'Hellekin qui arrivent au bruit des clochettes. Le messager Croque- Sols explique qu'il est envoyé à la fée Morgue par le roi Hellekin son maître; dame Morgue arrive à son tour, elle répond au salut de Croque-Sols, le fait asseoir, et indique la place de ses deux compagnes, les fées Maglore et Arsile; Maglore manifeste son mécontentement qu'on ne lui ait pas préparé de coussin comme aux deux autres. Morgue tâche de la calmer, et fait remarquer à ses compagnes combien ce lieu est «beau, clair et net. » Arsile ajoute : « Il est juste que celui qui s'est entremis de disposer pour nous un tel lieu ait un beau don de nous. » — ce Mais qui est-ce? » dit Morgue.

Croque-Sots se charge de répondre : il est arrivé avant que tout fût prêt, et il a vu mettre la table par deux clercs, dont l'un est Adam, fils de maître Henri. Tous les deux reçoivent les dons de Morgue et d'Arsile; voici ceux qui échoient à Adam delà Halle :

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