RONDEAU
Et certes le souvenir De vos grâces qu'on rappelle Enlève à Satan maint cœur.
Dieu puissant et pitoyable ^ etc.
(i) Parfois les personnages, autres que le héros, entendent la musique des anges, mais sans être censés les voir.
Les scènes de ce genre se reproduisent, souvent à plusieurs reprises, dans chacun des Miracles de Notre-Dame. En outre, plusieurs de ces pièces commencent par un court sermon en prose qui forme comme un prologue, sans rapport avec la pièce. Le sermon est parfois intercalé dans une des premières scènes. Il est certain que réiément merveilleux et religieux des œuvres dramatiques n'était pas le moins goûté par nos ancêtres. Mais ce qui nous intéresse le plus aujourd'hui, c'est le drame proprement dit. Nous allons voir, en passant en revue les principaux Miracles de Notre-Dame y comment nos vieux auteurs ont traité la partie purement humaine de leurs sujets.
La fille du roi dTspagne (i).
Dans l'un des Miracles de Noire-Dame^ dont le sujet se rapproche de celui àeCymbeline (2), il s'agit d'une femme qui, faussement accusée près de son mari, prend la fuite pour éviter sa vengeance. Elle se retrouve, sous un déguisement masculin, en présence de son mari et du traître, qui ne la reconnaissent pas. Elle accuse le traître d'avoir menti, et lui porte un défi ; mais le mari réclame l'honneur de se battre à la place de son mystérieux ami. Le traître, vaincu, est obligé d'avouer son crime ; la femme, justifiée, se fait connaître* et les deux époux tombent dans les bras l'un de l'autre.
On peut concevoir bien des moyens de réunir les personnages dans le même lieu pour amener le dénoûment. Dans notre pièce, le père de l'héroïne est un roi d'Espagne, Alphonse, en guerre avec l'oncle du mari : cet oncle est Lothaire, empereur de Rome, et il a enlevé sa terre d'Espagne à Alphonse, pour la donner à son neveu Othou en même temps que la fille du roi, Denise, faite prisonnière. Alphonse était allé réclamer l'aide de son frère, le roi de Grenade. C'est près d'eux que Denise s'est réfugiée, déguisée en écuyer, lorsqu'elle a eu lieu de craindre la colère de son mari
(i> N° 28 de la Collection des Miracles de Notre-Dame. (2) Une histoire analogue se trouve racontée dans deux romans du moyen âge : la Violette et le Roi Flore et la Belle Jeanne,
Othon. Au moment où Alphonse et son frère marchent contre Tempereur Lothaire, elle occupe les fonctions de gonfalonier dans leur armée, et elle demande à aller parlementer avec Lothaire.
Le traître, qui s'appelle Bérenger, avait parié le royaume d'Espagne avec Olhon qu'il séduirait sa femme, et, sur de fausses preuves de sa réussite, il avait été mis en possession du royaume. C'est comme vassal de l'empereur, convoqué pour la guerre, qu'il se trouve à la cour de Lothaire au moment où Denise y arrive.
Quant à Othon, après avoir erré comme une âme en peine à la suite de sa mésaventure, après s*être fait mahométan par dépit et s'être repenti, il a reçu de Dieu, en raison de son repentir, l'assurance que sa femme est innocente, et le conseil de retourner à Rome, et il s'y trouve en même temps que Bérenger et Denise.
On voit assez, d'après ce résumé, que le lieu de la scène doit changer souvent. Elle est tantôt à Rome, tantôt à Burgos, tantôt à Grenade, tantôt sur la route d'une de ces villes à l'autre. Au moment où la pièce commence, l'empereur de Rome, Lothaire, exprime à son neveu Othon son désir de le voir se remarier : il lui sait une femme, c'est la fille du roi d'Espagne Alphonse ; il enlèvera au roi sa fille et son royaume pour les donner à Othon. Il envoie d'abord un défi à Alphonse ; le messager s'exprime avec l'insolence qui est de tradition en pareille circonstance :
Comme messager que je suis, Roi d'Espagne, je vous viens dire, Au nom de Tempereur Lothaire, Qu'assaillir viendra votre terre