‹ Le théâtreChapitre 53 sur 88 · LE COMTE · texte numérisé non relu

LE COMTE

Certes, femme, je te Taccorde.

Or tôt, Tristan, va le chercher Et le m'apporte ici. Fais vite I

On apporte le petit corps.

LE BAILLI

Eh bien, femme, voici l'enfant Que tu as demandé à voir, Que tu as tué. Maintenant

Qu'en veux- tu faire ?

LA DAME

Ah I cher seigneur, veuille vous plaire Que je le puisse un peu tenir Et baiser, pour mon appétit Rassasier.

LE BAILLI

Je ne le te veux refuser :

Tiens, le voici.

LA DAME

Eh! doux enfant, Dieu ait pitié Et de ton âme et de la mienne !

Combien m'est aujourd'hui changée La joie que de toi j'avais, Quand en mon sein je te portais I Mère du très doux Roi céleste, Je vous rends grâce, c'est justice :

Je vous ai bien des fois priée Pour qu'un enfant vous me donniez, Car j'en espérais grande joie.

Et pour lui suis à mort menée !

Et à une mort si honteuse.

Et si laide et si angoisseuse.

Que d'y penser je perds le sens.

Ainsi se rompt la compagnie De ton père et de moi par toi.

Doux enfant, ou plutôt par moi.

Bien juste il est que je le paye.

Yrai Dieu, réconfortez le père, Car bien aura de quoi pleurer, Quand nous deux verra trépassés I Maintenant, mon douxenfançon, Te vais baiser, puis te laisser.

Et pour ta mort mourir irai.

Infortunée I

A ce moment, par un miracle, l'enfant se met à crier. Il est ressuscité. Grand émoi dans l'assistance. Le comte fait délier la prisonnière et lui rend la liberté. Le mari, averti, accourt près d'elle, et tous les deux vont remercier Notre-Dame.

La mère du Pape (i).

Une femme a trois fils, dont Tun est pape, et les deux autres cardinaux. Dans son orgueil de mère, elle se compare à Notre-Dame et se met même audessus d'elle, puisque l'un de ses fils est « Dieu sur terre » et que les autres pourront le devenir à leur tour. Elle se repent bientôt de son orgueil, mais aucun prêtre ne croit pouvoir lui donner l'absolution, et on la renvoie au pape, son propre fils. Elle arrive devant lui, accompagnée du grand pénitencier et de ses deux autres fils, les cardinaux. Le pape n'aperçoit d'abord que les cardinaux, et comme il les savait près de leur mère, il en demande des nouvelles.

LE PAPE

Soyez les bienvenus, mes frères.

Quelles nouvelles, je vous prie, De notre mère?

Mais la mère se précipite à ses pieds :

LA MÈRE DU PAPE

Htié, cher fils, pitié, doux Père, Pitié pour une pécheresse, Qui veut pardon et pénitence Avoir de vous 1

LE PAPE

Qu'est-ce, seigneurs? Dites-le nous.

A fait notre mère tel faute

(1) N« 16 de la Collection des Miracles,

LA MÈRE DU PAPE 153

Que de son méfait soit utile Que je connaisse ?

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