‹ Le théâtreChapitre 54 sur 88 · UN DES CARDINAUX · texte numérisé non relu

UN DES CARDINAUX

Sire, elle vit à grande angoisse, Dont j'ai le cœur triste et dolent.

Dieu veuille qu'à son âme serve

Ce qu'elle souffre I l'autre cardinal Sire, s' elle se déconforte, Elle a bien cause, n'en doutez; Car péché en elle est entré, Plein de trop grande énormité.

Aussi faut-il en vérité Que par vous remède y soit mis.

Soyez doux pour elle et ami,

Par votre grâce 1

LE PAPE

Il faut d'abord qu'elle me fasse Savoir de quoi requiert pardon.

Que lui en puisse faire don.

Penancier, que ne l'avez-vous Absoute, sans que l'ameniez Auprès de nous?

LE pénitencier

Saint Père, vous m'auriez tenu Pour fou, si ainsi l'eusse fait, S'il vous plaît, entendrez son fait, Et à vous s'en confessera ; Et ce qui à faire en sera Ordonnerez.

LE PAPE

J'y consens. Dame, avancez-vous ; Puisque vous requérez merci, Mettez-vous à genoux ici.

Et me dites votre péché.

Dont avez le cœur tourmenté Si malement.

La mère confesse sa pensée d'orgueil : « Moi,

fiente, ordure et néant, j'ai osé me comparer à rbumble Vierge mère, etc. »

— « Des trois espèces de péchés que l'on peut commettre, luidil le pape, contre Dieu, contre le prochain ou contre soi-même, vous avez commis le plus grand : vous avez méfait contre Dieu et contre sa mère. Le plus terrible châtiment ne saurait égaler pareille faute. Mais puisque vous êtes repentante, j'ai confiance en la miséricorde de Dieu.

Je vous donne pour pénitence D'être pour dix ans pèlerine, D'aller à sainte Catherine, E( àsaint Jacque et à saint Giile.

Toujours allez de ville en ville Demander des saints le suffrage.

Et vous défends qu'en ce voyage Vous preniez Taise de coucher Plus d'une nuit en même ville.

Et en quel lieu que nuit vous prenne, En bois, en ville ou en chemin, Je veux que vous demeuriez là Cette nuit jusqu'au jour venant.

Or, allez sans aucun retard Vous préparer. Et maintenant, Vous donne bénédiction Et vous fais absolution

Plénière, dame !

LA MÈRE DU PAPE

Ahl Saint Père, priez pour moi !

Me donnez dure pénitence, Mais volontiers en prends la charge, Car je l'ai trop bien méritée.

Trop à mon aise fus servie, Juste il est que serve devienne.

Beaux seigneurs, que Dieu vous protège!

A vous tous je me recommande.

Priez pour moi !

BARtAANi ET JOSAPHAT 155

La suite est de médiocre intérêt ; la mère du pape exécute scrupuleusement sa pénitence et meurt sainteo^ent.

La pensée d'orgueil, sur laquelle repose toute la pièce, nous parait aujourd'hui puérile, et, par suite» la pénitence exorbitante. Mais, si Ton admet le point de départ, il faut reconnatlre que la situation est forte, et que l'auteur a su eu tirer une scène habilement graduée et très pathétique.

Barlaam et Josaphat (f).

Les astrologues ayant annoncé au roi, père de Josaphat, que son fils se ferait chrétien, le roi, pour empêcher la prédiction de se réaliser, confie l'enfant à des chevaliers, qui ont mission de l'élever dans un château isolé, en lui procurant tous les jeux, toutes les distractions, tous les amusements possibles^ sans jamais lui parler de choses tristes qui pourraient c émouvoir sa pensée », ni permettre à personne de lui parler du Christ.

Mais, en grandissant, le jeune prince s'étonne de sa réclusion ; rien ne l'amuse plus, il dépérit, et il demande à revenir près de son père. Celui-ci, averti du danger que court la santé de son fils, consent à le rappeler. En route, Josaphat va voir se poser devant lui, sous la forme concrète d'un lépreux et d'un vieillard, les douloureux problèmes du mal physique et de la mort, qu'on a pris tant de peine à écarter de sa pensée.

(1) N* 21 de la CoUecOm d^s grades.

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