‹ Le théâtreChapitre 63 sur 88 · DEUXIÈME SERGENT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SERGENT

Je déferai cette couture.

Seigneur, ai-je assez décousu, A voire avis ?

LE BAILLI

Découvrez-moi bien tout le haut.

Que je voie et gorge et poitrine.

Holà ! saisissez-vous sur Theure De mère, de fille et de père.

Nier ne peuvent qu'on ne Tait Assassiné, la chose est claire.

Voyez comme a la gorge noire !

Il est sûr qu'on l'a étranglé. .

Faites tôt, et, sans plus parler, Les mains en croix et par derrière Leur liez, et en tel manière Les emmenez com chiens en laisse.

Nous saurons bien la vérité 1

La fin de la pièce est beaucoup moins intéressante. Guibour avoue et raconte son crime, et on la condamne à être brûlée vive. Mais Notre-Dame a pitié d'elle et la protège contre le feu (1). Sauvée par ce miracle, elle se relire dans un couvent pour

(1) Voyez ci-dessus, p. lOo.

BEKTHEQUINE 1 79

y terminer ses jours. Cette dernière partie contient cependant une scène qui eut beaucoup de réputation au moyen âge, mais qui nous paraît surtout étrange : Jésus-Christ y célèbre en personne la messe de la Chandeleur, servi par saint Laurent et saint Vincent.

Berthequine (1).

L'un des Miracles de Notre-Dame est tiré du roman célèbre de Philippe de Beaumanoir, la Manekine. Le roi de Hongrie est veuf, et n'a qu'une fille; en mourant, la reine lui a fait jurer de ne se remarier jamais, si ce n'est avec une femme qui lui ressemblerait de tout point. C'est ce qu'il répond à ses vassaux qui le pressent de se remarier pour avoir un héritier mâle. Mais c'est en vain qu'on cherche dans tous les pays une femme remplissant les conditions. L'un des vassaux a une idée : « Je vous conseille, dit-il au roi, pourvu que Dieu le veuille et que sainte Église y consente, d'épouser votre fille ; car aucune femme ne ressemble davantage à la feue reine. » On envoie demander l'autorisation du pape. Celui-ci réunit ses cardinaux, qui lui disent : « En tant qu'il est roi, ce n'est pas une personne commune ; à tel pot telle cuiller. Nous sommes d'avis que la dispense soit accordée. » Ainsi fut fait. Mais quand la fille du roi connaît les desseins de son père, elle se coupe une main. Le roi, furieux, ordonne qu'elle soit brûlée vive. Peu de

(1) N® 29 de la Collection des Miracles.

temps après, il apprend que son ordre a été exécuté, et aussitôt il en éprouve un grand remords. En réalité, — mais le roi ne le saura qu'à la fin de la pièce, — le bûcher n'a brûlé personne, la jeune fille a été sauvée par un chevalier compatissant, qui l'a mise en mer sur un bateau (comme la reine Osanne dans le Miracle dont nous parlerons plus loin) .

L'auteur nous transporte alors en Ecosse. Nous sommes à la cour du roi ; son prévôt lui fait le récit suivant :

Hier, cher sire, j'étais allé, Avec de mes gens trois ou quatre, Jusques au port pour me distraire.

Comme j'étais là, il advint Qu'une nacelle par mervint Sans que nul ne la gouvernât, Sans que fût par cheval tirée, Sans màt, sans aviron, sans voile.

Et elle arriva droit au port.

M'y dirigeai sans plus attendre.

Quand à rive la vis venue.

N'y avait qu'une jeune fille, Mais je crois que c'est la plus belle Qu'on pût trouver en aucun lieu.

Et ne demandez pas comment Elle est vêluë richement, Car aucune reine terrestre Ne pourrait plus richement être.

En mon hôtel je l'emmenai, Qui elle était lui demandai, Et quiTavait ça amenée, Et de quelles gens était née ; Mais rien ne m'en a voulu dire.

Toutefois j'ai pensé, cher sire, Que, s'il vous plaît, l'amènerai.

BERTHEQUINE 181

Et je VOUS la présenterai, Pour sa beauté.

LE ROI d'Ecosse Prévôt, Dieu vous donne santé 1 Puisque si belle est que vous dites, Faites vite etl'allez chercher.

La présentation a lieu devant la reine mère, gui, dès le début, manifeste son aversion pour la nouvelle venue.

LE ROI

Levez-vous, levez, demoiselle ! Soyez ici la bienvenue. ^

Grand joie ai de votre venue.

Dieu m'est témoin.

LA JEUNE FILLE

Mon cher seigneur, honneur et joie Etvie allant de bien en mieux Vous donne Dieu de paradis.

Par son plaisir 1 LE ROI d'écosse Levez-vous 1 Savoir je désire, M'amië, d'où vous êtes née, Et qui vous a ci amenée

En cette terre.

LA jeune fille

Renoncez à vous enquérir.

Sire, pour Dieu I de mes ancêtres, Ni de quelles gens je puis être.

Dieu m'a mis en terre étrangère ; Une autre fois me fera mieux,

Quand lui plaira.

LE ROI d'écosse Sûrement faire le voudra.

Au moins me direz votre nom ; Je tiens que de gens de renom

Vous êtes née.

LA JEUiNE FILLE

Cher sire, j'ai nom Berthequine.

Mainteaant vous supplie en grâce Que plus rien ne me demandiez, Car par moi rien plus n'en saurez, Ni vous, ni nul.

LE ROI

Je m*en tiendrai dorénavant.

Pour cela ne vous tourmentez.

— Mère, je veux que vous l'ayez En votre garde.

Page 1