SIMON
Où étes-vous, dites, Constance ?
Cette fille-ci vous présente.
Toute éplorée et moult dolente Je l'ai trouvée en la forêt.
Mourant de faim et tremblante est De la froidure qu'elle a eu, Car elle a dans le bois couché.
Je la crois de bonne famille.
Je vous prie, occupez-vous vite De la soigner.
Constance s'empresse près de la nouvelle venue.
CONSTANCE
Soyez ici la bienvenue.
Dites-moi, quel eçt votre nom, Ma douce amie?
BiiiRTHE
Chère dame, on m'a nommée Berthe Dès mon enfance.
CONSTANCE
Comme vous, la reine de France, Qu'a nouvellement épousée Le roi Pépin, Berthe se nomme.
Berlhe, en tout ce que nous pourrons, Mon amie, vous aiderons.
Aiglante, et vous, fille Isabeau, Il faut de moi vous approcher.
Nous allons coucher cette femme Ci dans ce lit.
ISABEAÙ
Avec grand plaisir le ferons.
Çà I ma sœur, avec moi prenez.
Vous, mère, les pieds soutenez Devant ; ensemble la levons Doucement, sans lui faire mal ; N'en a besoin.
On la couche, on la couvre avec soin, et les deux filles restent à travailler près du lit, tandis que Constance va dévider de la soie pour elles.
Quand elle est reposée, Berthe demande à se lever.
BERTHE {s' adressant à Constance) Grâce à vous, je me sens bien mieux.
Lever me veux, et, s'il vous plaît.
Vous me laisserez travailler Un tant soit peu, pour me distraire, Ainsi qu'ont travaillé vos filles.
Ce que j'en sais me fut appris Par ma mère, qui en était Grande ouvrière.
i90 LE THÉÂTRE AU MOYEN AGE