‹ Le théâtreChapitre 7 sur 88 · LE DLA^LB · texte numérisé non relu

LE DLA^LB

Me croiras-tu ?

Prends-le, puis à Adam le donne.

Du ciel aurez alors couronne ; Au Créateur serez pareils, Et ne vous pourra rien cacher.

Dès que du fruit aurez mangé, Sitôt seront vos cœurs changés :

Avec Dieu serez, sûrement.

D'égal bonté, d'égal puissance.

Goûte du fruit I

ÈVE

Je n'ose encore.

LE DIABLE

Surtout^ n*en crois jamais Adam.

Je le ferai.

LE DIABLE

Quand?

ÈVE

Attendez Qu'Adam soit un peu éloigné.

LE DIABLE

Mange-le sans aucune crainte.

Trop retarder serait enfance.

« Alors le diable s'éloignera d'Eve et ira en enfer. Adam viendra vers Eve, mécontent de Tavoir vue parler au diable, et lui dira :

ADAM

Dis-moi, femme, que demandait Satan? Que te voulait-il donc ?

EVE

Il me parla de notre honneur.

ADAM

Ne crois jamais ce maudit traître.

C'est un traître, je le sais bien.

ÊVE

Comment cela ?

ADAM

Je réprouvai.

Il te fera changer d'avis.

ADAM

Ne fera pas, ne le croirai Pour nulle chose que je sache.

Ne le laisse venir vers toi, Car il est de méchante foi.

Il voulut trahir son seigneur Et s'opposer au Dieu très haut.

Je ne veux pas qu'un tel vaurien Auprès de vous ait nul accès.

(L Alors un serpent habilement fait monte le long du tronc de l'arbre défendu. Eve en approchera Toreille comme si elle écoutait ses conseils. Puis elle prendra le fruit et le tendra à Adam. Mais il ne l'acceptera pas tout de suite, et Eve lui dira :

LE MYSTÈRE d'aDAM (JLL^

EVE

Mange, Adam, tu ne sais que c*est; Prenons ce bien qui nous est prêt.

ADAM

Est-il si bon ?

EVE

Tu le sauras, Ne peux savoir sans en goûter.

ADAM

J'hésite.

Allons 1

ADAM

N*en ferai rien.

EVE

De tant tarder tu as grand tort.

ADAM

Eh bien, le prendrai.

EVE

Manges en ; Ainsi sauras et mal et bien.

J'en mangerai premièrement.

ADAM

Et moi après.

EVE

Certainement (1).

(c Alors Eve mangera une partie de la pomme, et dira à Adam :

J*en ai goûté I Dieu ! quel saveur !

Jamais tel douceur n'éprouvai.

De tel saveur est cette pomme. . .

ADAM

De quel ?

^^^(1)/Cette scène est sensiblement plus faible que les précédentes. Onne voit pas bien les raisons qui décident Adam, après sa belle résistance dans son entrevue avec le diable.

EVE

Nul n'en goûta semblable.

Or sont mes yeux si clairvoyants, Je semble Dieu le tout-puissant.

Tout ce qui fut, ce qui doit être, Je sais tout, bien j'en suis maîtresse.

Mange, Adam, ne retarde plus.

Tu la prendras pour ton bonheur.

oc Alors Adam prendra la pomme de la main d'Eve, en disant :

ADAM

Je Ven crois, tu es ma compagne.

EVE

Mange, tu ne saurais rien craindre.

« Alors Adam mangera une partie de la pomme ; après quoi, il connattra aussitôt son péché et se courbera. Sans que les spectateurs puissent le voir, il quittera sa tunique rouge, et revêtira de pauvres vêtements cousus de feuilles, et en simulant une très grande douleur, il commencera sa lamentation :

ADAM

Hélas I malheureux, qu'ai-je fait ?

Me voilà mort sans nul retour ; Désormais sans recours suis mort, Tant suis déchu de mon beau sort.

 mal changé mon aventure :

Moult était bonne, or est moult dure.

J*abandonnai mon Créateur Par conseil de mauvaise femme.

Hélas I Pécheur, que vais-je faire ?

Mon Créateur comment attendre, Que j'ai trahi par ma folie ?

Ne fis onc si mauvais marché.

LE MYSTÈRE d'aDAM 33

Maintenant sais ce qu est péché I

Ah I mort, pourquoi me laisses vivre ?

De mon corps le monde délivre I

Pourquoi ferais-je encombre au monde ?

D'enfer me faut tenter le fond.

En enfer sera ma demeure,

Tant que vienne qui me secoure.

En enfer mènerai ma vie.

Là d'où pourra me venir aide ?

Là d'où me viendra le secours ?

Qui me tirera de douleur ?

Puisqu'à mon Seigneur j*ai manqué,

Ne me doit être nul ami.

N'est nul qui pour moi puisse rien,

Sans ressource je suis perdu.

Vers mon Seigneur suis si coupable.

Contre lui ne me puis défendre,

Car j'ai le tort, il a le droit.

Hélas 1 si mauvaise est ma cause !

Qui peut de moi se soucier,

Quand j'oflfensai le Roi de gloire?

Le Roi du ciel tant j'offensai

Que près de lui n'ai nulle excuse ;

Je n'ai ami ni nul voisin

Qui puisse ma cause gagner.

Qui prîrai-je de m'assister.

Quand ma femme ainsi m'a trahi,

Que Dieu me donna pour compagne ?

El me donna mauvais conseil I

Ah ! Eve.

« Ici, il regardera sa femme Eve, et dira :

Ah I femme insensée I Pour ma perte êtes de moi née l Plût à Dieu de brûler la côte Qui m'a mis'en si mauvais cas !

Eût-elle été livrée au feu, La côte qui tel mal me vaut !

Quand de moi cette côte il prit, Qu'il l'eût brûlée et moi occis !

La côte a tout le corps trahi.

Ne sais que dire ni que faire ; Si ne me vient du ciel la grâce, Ne puis être tiré de peine, Tel est le mal qui me démène 1 Ah ! Eve, comme à la maie heure Grande peine me courut sus Quand de vous Dieu fît ma pareille 1 Je suis perdu par ton conseil, Par ton conseil suis mis à mal, De grand hauteur tombé en val.

Nul ne pourra m'en retirer, Si ce n'est Dieu de majesté.

Que dis-je ? Pourquoi le nommai ?

11 m'aidera ? Courroucé Pai I Name viendra personne en aide, Hors le fils que Marie aura.

Ne puis trouver aucun secours, Quand à Dieu ne gardâmes foi !

Qu'il en soit au plaisir de Dieu!

Plus ne me reste qu'à mourir.

« Alors le choeur commencera le répons Dura deambular et ^ etc. Après quoi, Dieu viendra, portant une étole, et entrera dans le paradis, regardant de tous côtés comme s'il cherchait Adam. Quant à Adam et à Eve, ils se cacheront dans un coin du paradis, comme des gens qui connaissent leur misère. Puis Dieu dira :

DIEU

Adam, où es?

a Alors tous deux se montreront, et se tiendront debout devant Dieu, sans cependant être tout à fait

LE MYSTÈRE d'aDAM 35

droits, mais un peu courbés & cause de la honte de leur péché, et très tristes. Et Adam répondra :

ADAM

Ici, Seigneur.

Me cachai, craignant ta colère, Et, parce que je suis tout nu, Dans ce coin me suis retiré .

DIEU

Qu'as-tu fait? Quel fut ta conduite ?

Qui t'a fait perdre ta bonté ?

Qu'as-tu fait? Pourquoi as-tu honte?

Comment vais-je avec toi compter ?

Tu n'avais rien, l'autre malin, Dont tu dusses avoir vergogne.

Or je te vois moult triste et morne !

Qui tarde ainsi n'a cœur tranquille.

ADAM

Tel honle j'ai, Seigneur, de toi.

Que je me cache.

DIEU

Dis pourquoi.

ADAM

Si grande peur mon corps enlace, Ne t'ose regarder en face.

DIEU

Pourquoi as- tu enfreint mon ordre?

Y as-tu donc beaucoup gagné ?

Tu es mon serf, moi ton Seigneur!

ADAM

Ne te le puis pas contredire.

DIEU

Je te formai à mon semblant : • Ne gardas mon commandement !

Te façonnai à mon image :

Pour ce me fis-tu cet outrage !

Ma défense tu n'observas. Et promptement l'outrepassas :

Le fruit mangeas que t'ai montré

El que je t'avais interdit.

Ainsi pensas élre mon pair ; Ne sais si tu voudras lulter.

c Alors Adam étendra la main vers Dieu, puis vers Eve en disant :

ADAM

La femme que tu m*as donnée La première a désobéi :

Me le donnaet j'en mangeai, C'est par elle que j'ai méfait.

DIEU

Ta femme tu crus plus que moi, .

Mangeas le fruit sans mon avis, T'en donnerai tel récompense :

La terre aura malédiction Où tu voudras ton blé semer.

Elle est maudite sous ta main :

Tu la cultiveras en vain, A toi son fruit refusera.

Epines, chçirdoûs te repdra ; Changer te voudra ta semence, Pour ton crime sera maudite.

A grand travail, à grand ahan, Il te faudra manger ton pain ; A grand peine, à grande sueur, Tu vivras la nuit et le jour.

c Alors Dieu se tournera]du côté d'Eve et lui dira d'un air menaçant :

• Et toi, Eve, mauvaise femme. Tôt commenças de me combattre, Peu de temps tu gardas ma loi.

EVE

Le mauvais serpent me trompa.

DIEU

Par lui crus être mon égale :

LE MYSTÈRE d'aDAM 37

Connais-tu bien tout l'avenir ?

Vous aviez, avant, la maîtrise Sur tout ce qui doit être en vie :

Comment Tas-tu si tôt perdue ?

Je te vois triste et mal venue ; As-tu, dis-moi, fait gain ou perte ?

Te rendrai suivant ton mérite, T'en donnerai pour ton service :

De partout le mal te viendra.

En douleur porteras enfants, Et en peine ils vivront leurs ans.

Tes enfants en douleur naîtront.

En grande angoisse finiront.

En de tels maux, en tel dommage Tu as mis toi et ton lignage.

Tous ceux qui de toi sortiront Ton péché souvent pleureront.

a Et Eve répondra en disant :

Je suis perdue, et ce fut par folie.

Pour une pomme soufl'rirai grand dommage, Qui met en peine et moi et mon lignage.

Pour petit gain je paye grand tribut.

Si je fis mal, ne fut grande merveille, Quand m'a trahie le serpent séducteur.

Moult sait de mal, ne ressemble à brebis ; Mal est bailli qui à lui se confie.

Je pris la pomme, sais bien que fis folie, Contre ton ordre, et commis félonie.

Las ! en goûtai : or, suis de toi haïe :

Pour peu de fruit me faut perdre la vie.

« Alors Dieu menacera le serpent en disant :

DIEU

Et toi, serpent, sois le maudit I De toi reprendrai bien mon droit.

Sur ton ventre te traîneras,

A tous les jours que tu vivras.

Ta pâture sera poussière, En bois, eu plaines et en landes.

La femme te portera haine Et te sera dure voisine.

Toi, son talon tu guetteras, Elle le dard t'arrachera.

Sur la tête te frappera Et cherchera par tout moyen A pouvoir se venger de toi.

Pour ton malheur tu la connus, Te fera la tête baisser.

Puis d'elle un rejeton naîtra.

Qui ta puissance confondra.

ce Alors Dieu les chassera du paradis en disant :

Maintenant, hors du paradis !

Mauvais échange fîtes-vous. En terre vous demeurerez ; En paradis plus n'avez lieu, N'y avez rien à réclamer, En sortirez sans nul retour ; Ailleurs il faut vous établir.

Ne vous manquera faim ni froid, Ne manquera douleur ni peine, A tous les jours de la semaine.

En terre aurez mauvais séjour.

Après mourrez à tour de rôle.

Puis, quand aurez goûté la mort, En enfer irez sans répit.

Ici auront vos corps exil, Vos âmes en enfer péril.

Satan vous aura sous sa main.

N'est homme qui vous en délivre, Par qui puissiez avoir secours, S'il ne me prend pitié de vous.

« Le chœur devra chanter : In sudore vultus lui.

LE MYSTÈRE d'aDAM 39

a Pendant ce temps viendra un ange, vêtu de blanc, et portant à la main une épée rayonnante. Dieu le placera à la porte du paradis et lui dira :

Gardez-moi bien le paradis, Jamais n'y entre ce maudit.

Qu'il n'ait jamais pouvoir ni force De plus toucher le fruit de vie ; De cette épée qui flamboie A jamais défends lui rentrée.

« Quand ils seront hors du paradis, ils se tiendront courbés jusqu'au sol sur leurs talons, simulant la tristesse et la confusion, pendant que Dieu les montrera de la main, la face tournée vers le paradis ; et le chœur commencera le répons Ecce Adam quasi unus. Le chant fini, Dieu reviendra à Téglise.

a Alors Adam prendra un boyau et Eve un râteau. Ils commenceront à cultiver la terre et y sèmeront du blé. Après avoir semé, ils iront s'asseoir un peu, comme rompus de fatigue, et ils regarderont fréquemment le paradis, d'un air affligé, en se frappant la poitrine. Pendant ce temps viendra le diable, et il plantera dans leur culture des épines et des chardons, puis il s'éloignera. Quand Adam et Eve reviendront vers leur culture, et verront se dresser les épines et les chardons, sous le coup d'une violente douleur ils se prosterneront à terre. Puis, se relevant, ils se frapperont la poitrine et les cuisses, manifestant leur douleur par leurs gestes, et Adam commencera sa lamentation :

ADAM

Ah I malheureux I J'ai donc vu venir l'heure OQ mes péchés me sont bien courus sus,

Car j'ai quitté le Seigneur qu'on adore l Qui le prîra jamais qu'il me secoure ?

« Ici Adam regardera le paradis et élèvera ses deux mains vers lui ; puis il iaclinera pieusement la tête en disant :

Oh ! paradis, tu es si beau séjour l Verger de gloire, il fait si beau vous voir I Par mon péché j'en ai été chassé, D'y retourner j'ai tout perdu l'espoir.

Je fus dedans, n'en sus guère jouir.

J'ai cru conseil qui m'en fit tôt partir.

' Peux maintenant à droit m'en repentir, Mais est trop tard, ne vaut rien mon soupir.

Où fut mon sens, que devint ma mémoire.

Quand pour Satan quittai le roi de gloire ?

Je m'en désole, mais de rien ne me sert ; Sera mon crime en l'histoire conté.

<i Alors il lèvera la main du côté d'Eve, qui sera placée un peu plus haut, et, remuant la têle avec une grande indignation, il lui dira :

Mauvaise femme, pleine de trahison,.

Comme m'as mis tôt en perdition, Et m'enlevas le sens et la raison t Je m'en repens, ne puis avoir pardon.

Eve dolente, comme au mal fûtes prompte, Quand avez cru le conseil du serpent 1 Par toi suis mort, et j'ai perdu le vivre :

Sera ta faute écrite dans les livres.

Vois-tu le signe de grand confusion ?

Pour nous ta terre est maintenant maudite ; Froment semai, y naissent des chardons. .

De notre mal c'est le commencement.

C'est grand douleur ; mais plus grand nous attend. Menés serons en enfer, bien l'entends, N'y manquera ni peine ni tourment.

LE -MYSTÈRE d'âDâM 41

Malheureuse Ève^^ue Ten semble aujourd'hui ?

C'est ta conquête, et c^st là toa douaire.

Jamais à l'homme ne sauras du bien faire, A la raison seras tout temps contraire.

De notre race tous ceux qui sortiront De ton forfait sentiront les effets...

« Alors Eve répondra à Adam :

Adam, beau sire, moult vous m'avez blâmée.

Ma vilenie montrée et reprochée.

Si je fis mal, j'en ai le châtiment :

Je suis coupable, par Dieu serai jugée.

Vers Dieu, vers toi sais que j'ai mal agi.

De mon méfait sera long souvenir I Ma faute est grande et mon péché m'accable ; Chétive suis, de tout bien suis privée.

Et je ne puis, sans excuse vers Dieu, Que m'avouer coupable et pécheresse.

Pardonnez-moiy car ne puis faire amende :

Si je pouvais, lui en ferais offrande.

Ah \ pécheresse et pauvre malheureuse 1 Par mon forfait j'ai tant courroucé Dieu 1 Mort, prends-moi donc l Ne souffre que je vive. En péril suis, ne puis venir à rive.

Le vil serpent, la béte félonesse Me fit manger la pomme de malheur 1 Je t'en donnai, pensais pour bien le faire.

Te mis en faute, et ne f en puis tirer.

Pourquoi ne fus-je au Créateur soumise.

Et n'ai gardé, Seigneur^ ta discipline 1 Tu as méfait, mais je suis la racine De notre mal, rebelle à médecine.

Le mien méfait, ma grand mésaventure.

Le paira cher notre progéniture.

Le fruit fut doux, la peine est grande et dure...

Pourtant je mets en Dieu mon espérance.

Notre péché un jour nous remettra,

Il nous rendra sa grâce et sa présence, Nous tirera d*enfer par sa puissance.

c Alors viendra le diable et trois ou quatre diables avec lui, portant dans leurs mains des chaînes et des

> anneaux de fer, qu'ils placeront au cou d'Adam et

d'Eve. Et les uns les pousseront, d'autres les tireront vers l'enfer. D'autres diables les attendront près de l'enfer et feront grand bruit entre eux de la perdition d'Adam et Eve, et ils les montreront du doigt,

- . puis ils les recevront et les mettront en enfer, où ils

feront s'élever une grande fumée. En enfer ils vociféreront entre eux joyeusement et choqueront leurs

•/ chaudières et leurs casseroles, de façon qu'on en-

^ tende du dehors. Au bout de peu de temps, les diables

sortiront et courront à travers le peuple; mais quelques-uns resteront en enfer.

« Ensuite viendront Caïn et Abel. Caïn sera vêtu de rouge, Abel de blanc, et ils cultiveront la terre préparée d'avance. Puis ils se reposeront un peu, et Abel adressera tendrement et amicalement la parole à son frère Caïn :

C ABEL

ïr..

Frère Caïn, nous sommes deux germains, '1 Sommes tous deux les fils du premier homme :

J. Ce fut Adam, notre mère eut nom Eve.

t Pour Dieu servir ne soyons pas vilains.

Soyons tout temps soumis au Créateur, ; De tel façon que gagnions son amour,

Que nos parents perdirent par folie.

\ Entre nous deux soit bien ferme Tamour.

c Servons bien Dieu pour qu'il en ait plaisir,

Rendons ses droits, sans en rien retenir.

Si de bon cœur lui voulons obéir,

N'auront nos âmes nulle peur de périr.

LB MYSTÈRE d'aDAM 43

Donnons sa dîme et tout ce qui est dû, Prémices, dons, offrandes, sacrifice ; Si d'en garder nous prend la convoitise.

Perdus serons en enfer sans répit.

Entre nous deux soit grande affection, N'y soit envie, n'y soit détraction.

Pourquoi avoir disputes entre nous ? ' Toute la terre nous est abandonnée.

<ic Alors Caïn regardera son frère Abel avec un air de moquerie, et lui dira :

CAÏN

Beau frère Abel, bien savez sermonner, Et vos raisons éprouver et montrer.

Mais vos leçons qui voudra écouter En peu de jours n'aura plus que donner.

Dîme donner onc ne me fut à gré :

De ton avoir peux faire ta bonté, Et moi du mien ferai ma volonté.

Par mon méfait ne seras point damné.

De nous aimer nature nous enseigne :

Nul de nous deux ne veuille y renoncer.

Qui entre nous commencera la guerre Cher le paîra, n'aura droit de s'en plaindre.

a Abel adressera de nouveau la parole à son frère Gain, qui lui répondra avec plus de douceur que d'habitude. Abel dira :

ABliiL

Caïn, beau frère, écoute-moi.

CAÏN

Volontiers I II s'agit de quoi ?

ABEL

De ton profit.

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