‹ Le théâtreChapitre 70 sur 88 · LE MESSAGER · texte numérisé non relu

LE MESSAGER

Je ne crains point de cheminer ; Par ci m'en vais droit en Bourgogne, Puis à travers le Dauphiné Il me faut à Milan venir, Et de Milan droit à Venise :

Cette roule j'ai bien apprise, Parce qu'autrefois je Tai faite.

Mais, pour me donner plus de force.

Veux ici prendre un picotin.

Non pas d*avoine, mais de vin, Et prendrai un morceau de pain Et de viande, qu'ai sur moi.

C'est fait. Maintenant je n'ai plus Qu'à boire à même ma bouteille.

Par saint Josse, c'est là bon vin.

Remettre me veux en chemin, Puisque j'ai bien bu et mangé ; De ma fatigue ai pris revanche.

Rien ne pourra plus m'arréter.

Je vois là le roi de Hongrie, Avec la reine Blanchefleur, Je vais les saluer sur l'heure.

Instruits des événements, le roi Floire et la reine Blanchefleur partent pour la France. Le roi Pépin les conduit à la demeure du voyer Simon, et Berthe se jette aux pieds de ses parents ravis. Pépin est au comble de la joie ; sur son ordre, on va chercher les ménétriers, qui accompagnent le cortège royal jusqu'au Mans, où on célébrera une fête qui durera huit jours entiers.

La reine aux trois fils (i).

Les scènes de reconnaissance avaient un grand succès. Nous en avons vu des exemples dans le miracle de la Fille du roi d'Espagne et dans celui de Berthe ; nous en trouverons d'autres dans le miracle de la Reine aux trois fils. La reine Osanne, femme du roi d'Aragon Thierri, a mis au monde trois jumeaux ; sa belle-mère, qui la hait, ordonne à la demoiselle d'honneur, seul témoin avec elle de l'événement, de faire périr les trois enfants, et elle présente au roi, en leur place, trois jeunes chiens. Le roi, courroucé, livre sa femme à sa mère pour être tenue dans la plus dure captivité, car il ne veut plus la voir. Cependant la demoiselle se laisse attendrir par les sourires {sic) des enfants^ et, au lieu de les tuer, elle les abandonne dans la forêt en les recouvrant de fougère et d'herbes vertes. Ils sont recueillis, et élevés comme leurs fils, par deux braves gens, un charbonnier et sa femme. Douze ans après, le roi, s'étant égaré dans une chasse, se dirige vers la maison du charbonnier, dont il voit briller la lumière dans le lointain. Il frappe à la porte, et c'est un des enfants qui vient ouvrir.

LE ROI

Ouvrez, ouvrez, valet ou maître, Cet huis ouvrez.

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