CONCLUSION
Les conditioQs matérielles du théâtre au moyen âge expliquent en grande partie le caractère de nos vieilles œuvres dramatiques. Sur la place publique, devant une foule compacte, comme celle qui se presse aujourd'hui pour assister, par exemple, à un feu d'artifice le jour d'une fête populaire, il était impossible que pût naître et se développer Tart des fines intrigues et des expositions savantes. Il fallait à ce public des événements émouvants, extraordinaires, mais faciles à saisir, dont tout le détail fût placé sous ses yeux. Il n'était point nécessaire de préparer les spectateurs à voir tel personnage accomplir telle ou telle action : le fait seul pouvait être facilement saisi et seul intéressait ; les analyses de sentiments, les préparations^ étaient chose superflue, comme aussi le style. On écrivait en vers, probablement pour que les acteurs improvisés eussent plus de facilité à retenir leurs rôles ; mais ces vers de huit syllabes à rimes plates pouvaient se passer de poésie.
La poésie qu'il fallait au peuple, c'était celle des événements etdu spectacle.il aimait à être transporté d'une extrémité du monde à l'autre, à voir descendre du paradis Dieu, Notre-Dame et son cortège d'anges, à voir surgir les diables de là gueule d'Enfer,
à voir les reines «persécutées d ballottées parles flots sur leur nacelle sans voile et sans mât.
Nos ancêtres demandaient des aventures extraordinaires, nous les voulons vraisemblables ; ils se souciaient peu de l'exactitude historique ou géographique, nous voulons des restitutions archéologiques. Le merveilleux qu'ils goûtaient si fort nous parait fade, nous trouvons les intrigues naïves et les conventions de la mise en scène souvent puériles. Mais qu'importe ? si, malgré tout, nos vieux auteurs ont su imaginer ou présenter des situations vraiment dramatiques et les mettre en valeur? Or nous avons pu signaler nombre de scènes qui, aujourd'hui encore, nous paraîtraient charmantes ou puissantes. Dans quelques siècles, les goûts et les modes théâtrales auront changé, nos conventions seront peut-être, à leur tour, ridicules ; mais Thonneur de notre temps sera sauf, si nos descendants peuvent rendre à nos auteurs dramatiques le même témoignage que nous rendons à ceux du moyen âge, et séparer de la partie caduque de leurs œuvres des scènes d'une beauté vraiment durable.
Dans la période de transition entre le moyen âge et la Renaissance, apparaîtront ou se développeront des genres nouveaux, les fades Moralités avec leurs personnages allégoriques aux propos sentencieux, les Soties, où le prince des Sots (c'est-à-dire des fous) et ses sujets feront assaut de plaisanteries burlesques et d'allusions, dont un grand nombre nous échappent aujourd'hui. Les monologues, dont le Dit de VHerberie, de Uutebeuf, nous offre le premier modèle connu, jouiront d'une grande vogue, les farces se multiplieront, et dans ce genre le xv^ siècle nous