MIRACLES DE NOTRE-DAME
Dieu I Que j'ai cœur fol et volage
D'avoir dit que je cesserai
De l'aimer ! Certes, ne ferai.
Quand mon heur me Ta destinée,
Je crois que Dieu me Ta donnée.
Mettrai ma peine à bien l'aimer.
Si Amour rend amer pour doux,
De Tamertume ne me chaut.
Aimer sans peine rien ne vaut,
On aime d'autant plus un bien
Quand on Ta plus cher acheté,
Et c'est bien employer sa peine
Quandà bonne fin on Tamène.
Ma peine, je crois, me vaudra
Que mon désir s'accomplira.
Qu'ai -je dit? N'est-ce pas folie,
De croire que vertu soit vice ?
Trop je m'imagine tenir
Ce qui point ne peut advenir :
Que tel dame me soit amie.
Car elle ne m'aimera mie,
Plutôt se laisserait occire.
Autrement il faut que m'en tire.
Si mourir ne veux à martyre.
Ah ! Dame, où tous biens sont compris,
Amour me tient tellement pris
Pour vous, par votre beauté fine,
Qu'il me faudra perdre la vie :
N'y vois, hors vous, autre remède.
L'épopée nationale était bien mieux à la portée du peuple que l'épopée courtoise, et l'on sait que les Chansons de geste avaient sur les places publiques le même succès que dans les grandes salles des châteaux. Mais les sujets ordinaires de l'épopée nationale ne pouvaient guère être transportés sur la scène : comment représenter ces batailles mer-
veilleuses, ofi les combattants se comptaient par centaines de milliers, où les soixante mille trompettes de Charlemagne répondaient au cor de Roland ? Quelques-uns seulement de ces poèmes, ceux qui se rapprochaient des romans d'aventure, ont pu être adaptés à la scène, et ont fait Tobjet de Miracles dramatiques, tels Amis et Amile et Berthe au grand pied.
Enfin l'histoire nationale a été aussi mise à contribution par nos poètes dramatiques du moyen âge : sans parler du Siège d'Orléans^ qui appartient h la période de transition, nous avons un '< Miracle de Notre-Dame », d'ailleurs assez faible, qui met en action le mariage et la conversion de Clovis.