RÉALISATION FINANCIÈRE
Nous ne saurions ici donner un développement quelconque à la partie financière du projet qui fait l'objet de cette étude. Nous l'aurions même complètement écartée si, là encore, au point de vue des théories émises, il n'y avait une démonstration intéressante à faire.
Nous nous contenterons donc d'affirmer la possibilité d'un théâtre de littérature à Paris, en prouvant matériellement sa vitalité.
Nous voulons encore montrer qu'une scène, édifiée dans les conditions que nous venons de décrire, placée en plein boulevard, pourvue d'une troupe considérable et de qualité particulière, où la mise en scène sera tout à lait nouvelle et curieuse, peut largement subsister par elle-même sans subvention d'aucune sorte.
Nous pourrons encore ajouter que les frais d'installation et d'exploitation v seront deux fois moins grands que ceux de n'importe quel théâtre placé dans le voisinage et certainement bien plus mal établi en vue du public et de l'action scénique.
Nous donnerons ici des chiffres généraux, empruntés à un travail très complet qui a servi de base à la combinaison financière dont nous n'avons pas à nous occuper dans ce programme simplement artistique.
Les recettes calculées sur une demi-salle (1) ont été évaluées pour l'année à. Fr. 637.500 »
Le Théâtre Libre apporte un abonnement annuel immédiatement réalisable de . . . 50.000 »
auxquels il convient d'ajouter
pour sous-locations diverses . 33.320 »
Total des recettes annuelles. 720.820 »
(1) Étant donné le petit nombre des places (900), cette évaluation d'une deini-ealle n'c8t pas exagérée, puisqu'elle équivaut nu tiers d'une des salles existantes. —
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Les dépenses sont calculées ainsi, savoir:
Frais d'administration, direction, affichage, chauffage, éclairage, eaux, imprimés, etc. 100.650 »
Droits des pauvres et droits d'auteurs 171.875 »
Intérêts du capital engagé (taux normal) 100.000 »
Troupe 100.000 ï
Costumiers, habilleurs, personnel de la scène et du théâtre, entretien et renouvellement du matériel de scène, services d'ordre, contrôle. . . 59.502 50
Dépenses supplémentaires pour les matinées 6.498 »
Total des dépenses .... 538.525 50
Nous avons évalué nos recettes diverses à 720.820 »
Les dépenses s'élèvent à. . 538.525 50
D'où un bénéfice de ... . 182.294 50
Nous sommes fondés à conclure nettement que cette scène, bâtie sur le boulevard et
établie comme il a été dit, coûtera annuellement un demi-miilon, y compris l'intérêt des capitaux engagés, et donnera des bénéfices sérieux.
Ces bénéfices seront répartis de la manière suivante :
65 0/0 pour l'amortissement du capital ; 5 0/0 au fonds de réserve légale ; 5 0/0 à l'amélioration de la scène;
25 0/0 aux artistes.
Le directeur ne participera point à ces béi néfices.
■^ Il lui sera alloué un chiffre fixe d'appointements annuels ; il sera tenu de paraître sur la scène du Théâtre Libre et d'y interpréter des rôles au moins quatre fois par saison. Il n'acquiert aucune propriété et ne jouira d'aucun autre privilège que la direction artistique. — Cette fonction ne pourra lui être retirée que sur décision prise il l'unanimité par les propriétaires du Théâtre Libre.
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Le capital engagé représentant intégralement un terrain et des constructions dont la valeur ne doit que s'accroître, on peut dire qu'il n'y a dans cette combinaison aucun risque matériel important. — Nous ne sommes entrés dans de tels détails ici que pour bien démontrer qu'il n'était point nécessaire de remuer des millions pour fonder ce théâtre modèle et qu'en n'appuyant pas celui-ci sur des spéculations financières, on assure sa vitalité et sa durée dans des conditions de sécurité absolue.
CONCLUSION
CONCLUSION
Le moment est venu non pas de conclure (c'est le lecteur qui aura ce soin), mais de faire appel à l'indulgence.
Pour expliquer, rendre plausible l'effort nouveau et particulier que le Théâtre Libre va représenter l'année prochaine, nous avons dû crier la vérité très haut. Le seul mérite de ce travail sera d'avoir réuni^ condensé et rendu public ce qui se dit actuellement et partout sur le théâtre.
Nous avons écarté dès la première page tous les malentendus; nous avions des dettes de reconnaissance à payer publiquement et des réflexions à présenter. Nous n'avons pas pris soin de
126 CONCLUSION
modérer nos critiques. Sûrs de dire la vérité, il nous eût été odieux de ne pas la dire tout entière ou de la noyer dans des réservesetdeshabiletés intéressées.
Nous avons prouvé, nous l'espérons, qu'il ne saurait être question, sous aucune forme, au Théâtre Libre, d'affaires ou de spéculations.
Et maintenant, on voudra bien considérer que les lacunes de ce travail ne nous échappent pas. Il a fallu mener la réalisation de ce projet et le travail considérable qu'il représente, en même temps qu'une saison théâtrale exceptionnellement chargée.
Ce qu'on voulait dire ici vaut certes mieux 'que ce qui a été dit, car ce n'est point notre affaire d'écrire, mais nous comptons passionnément, et nous l'avouons, que ces questionsartistiques,
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insuffisamment élucidées, seront reprises, étudiées avec plus de compétence par d'autres. Ce sera assez si nous avons attiré sur elles l'attention et l'intérêt de tous ceux qui, à Paris, s'intéressent à l'art dramatique et à son avenir.
Nous allons faire une chose que nous croyons d'intérêt public : un théâtre modèle qui vivra par et pour la littérature française. Et nous réclamons l'appui de tous. Nous l'osons après avoir expérimenté pendant trois ans la bienveillance que réserve Paris aux sincères et aux ardents; peut-être aussi, parce que, fiers d'un passé modeste certes, mais déjà fécond, nous pouvons le présenter ici comme un gage de notre désintéressement et de l'avenir du Théâtre Libre.