CITATIONS
Nous croyons utile de publier, à l'appui du travail qui précède, une série de citations, les unes traitant du besoin de nouveau dont le Théâtre Libre est devenu l'expression, les autres relatives au Théâtre Libre lui-même.
Ces citations sont exti'aites de livres, de préfaces, d'articles de journaux signés d'écrivains comme Gustave Flaubert, M. Emile Bergerat, M. Edmond de Concourt, M. Catulle Mendès, M. Emile Zola; d'auteurs dramatiques comme M. Henry Becque; de critiques comme MM. Bauër, Lemaître, Sarcey, Vitu, — ces noms relevés ici parmi beaucoup d'autres, en raison des essentielles différences d'esthétique qu'ils représentent.
Tous, se plaçant aux points de vue les plus divers, apportent un précieux et décisif témoignage à l'efTort d'art que représente le Théâtre Libre ; beaucoup montrent, et cela dès le début de la tentative, — on le verra en consultant les dates, — la nécessité de soutenir, de développer cette maison dont M, Becque a dit, en un mot saisissant, qu' « il n'y a eu de vie dramatique, tout un hiver, que chez elle ».
Dans le Naturalisme au théâtre, suite d'articles de journaux publiés dans le Bien Public et dans le Voltaire et réunis en volume en 1881, M. Emile Zola indique la plupart des améliorations que, huit ans après, le Théâtre Libre, dans son modeste cadre, a essayé de réaliser.
En 1874, Gustave Flaubert se plaint amèrement des tracasseries sans nombre auxquelles se trouvent en proie, sur les scènes les plus subventionnées, les malheureux écrivains voulant tâtcr du théâtre.
En d'éloquentes lignes dont la justesse se vérifie chaque jour davantage, M. Edmond de Concourt constate que, tout entier aux mains des faiseurs et des médiocres, l'art théâtral
menace de prendre place « entre des exercices de chiens savants et une exhibition de marionnettes à tirades ».
A côté de ces constatations purement théoriques, nous avons tenu à phicer sous les yeux du lecteur ce qui a été dit et écrit de plus concluant à l'égard du Théâtre Libre et de son rôle dans le mouvement dramatique de ces trois dernières années.
Cet aperçu, forcément incomplet, aura du moins l'avantage de montrer tout ce que le Théâtre Libre doit à la Presse parisienne ; après avoir protégé ses débuts, elle a sans cesse encouragé son développement, signalé ses efforts, et témoigné, en toutes circonstances, à l'œuvre de M. Antoine, une sympathie qui a été, pour une très grande part, la cause du succès.
On ne devra pas s'étonner que nous ayons réservé une place importante aux citations relatives à la Puissance des Ténèbres. Outre que ce fut une des soirées où le public fut le plus unanimement satisfait, il nous a paru instructif de mettre les opinions des journaux, si élogieuses pour l'œuvre, en parallèle avec
la savante « consultation » écrite auparavant, sur la pièce du comte Léon Tolstoï, par trois des maîtres les moins contestés de notre époque, Emile Augier, M. Victorien Sardou et M. Dumas fils.
Ce large démenti infligé aux prédictions d'écrivains célèbres, « se connaissant en théâtre » et vaticinant à coup sûr, aura été un des plus piquants épisodes de l'histoire dramatique contemporaine.
Q,uelques constatations.
Je voudrais dire mon mol sur l'éducation officielle qu'on donne en France aux comédiens.
Certes, celte éducation officielle est dans l'ordre accoutumé de notre esprit français. Le nom de l'établissement où elle est donnée, le » Conservatoire « suffit & indiquer qu'il s'agit d'y conserver les traditions, d'y enseigner un art en quelque sorte hiératique, dont toutes les, recettes sont Immuables. Tel geste signifie telle chose, et ce geste ne saurait être changé. 11 y a un jeu de physionomie pour l'étonnement, un pour l'effroi, un pour l'admiration, et ainsi de suite, toute une collection de jeux de [physionomie qui s'apprennent et qu'on finit par savoir employer, même avec une intelligence médiocre
Qu'on réfléchisse un instant aux conventions ridicules, à ces repas de théâtre où les acteurs mangent de trois quarts, à ces entrées et à ces sorties solennelles et grotesques, à ces personnages qui parlent la face toujours tournée vers le public, quel que soit le jeu de scène. Nous sommes habitués à ces choses, elles ne nous blessent plus; seulement, elles gâtent l'illusion et elles font du théâtre un art faux qui compromet les plus grandes œuvres. . . .
Chez les peuples du Nord, les comédiens jouent beaucoup plus librement, sans tant s'inquiéter de la pompe de la représentation. Par exemple, chez nous, il n'y a que les grands comédiens, ceux dont l'autorité est souveraine sur
le public, qui oseot lancer certaines répliques en tournant le dos à la salle. Cela n'est pas convenable. Pourtant, il y a des elTets puissants h tirer de la vérité de cette attitude, qui se produit à chaque instant dans la vie réelle. Le fâcheux est que nos comédiens jouent pour la salle, pour le gala ; ils sont sur les planches comme !>ur un piédestal, ils veulent voir et être vus. S'ils vivaient les pièces au lieu de les jouer, les choses changeraient.
On parle de l'optique thé&trale. Cette optique n'est jamais que ce qu'on la fait. Si l'enseignement .serrait la vie de plus prés, si l'on ne changeait pas les élèves comédiens en pantins mécaniques, on trouverait des interprètes qui renouvelleraient la mise en scène et feraient enHn monter la vérité sur les planches.
(Emile Zola, Le Naturalisme au théâtre, 1881.)
Les dlrccleurs disent : « Il n'y a plus d'artistes. » Ce qui est plus vrai et plus triste, c'est qu'il y a bien encore des artistes, mais que ces artistes n'ont pas la flamme du mouvement littéraire actuel. Ils ne sont pas faits pour les oenvres qui viennent.
Il est une loi : c'est que toute période littéraire, an
théâtre, doit amener avec elle ses interprètes, sous peine de ne pas être. La tragédie a eu ses illustres comédiens pendant deux siècles, le romantisme a fait naître toute une génération d'artistes de grand talent.
..... Il faut des succès pour déterminer des courant* d'enthousiasme et de foi ; et ces courants seuls dégagent les originalités, amènent et groupent autour d'une cause les combattants qui doivent la défendre.
(Idem.)
Le public acceptera ce que le talent lui fera accepter. Il faut avoir écrit une pièce et l'avoir fait répéter pour connaître la disette où nous sommes de comédiens intelligents, consentant à jouer simplement les choses simples, sentant et rendant la vérité d'un rôle, sans le gâter par des effets que le public applaudit depuis deux siècles.
(Idem.)
Il s'agirait surtout d'augmenter l'illusion, en reconstituant les milieux, moins dans leur pittoresque que dans leur utilité dramatique. Le milieu doit déterminer le personnage. Lorsqu'un décor sera étudié à ce point de vue, qu'il donnera l'Impression vive d'une description de Balzac; lorsque, au lever de la toile, on aura une première donnée sur les personnages, sur leur caractère et leurs habitudes, rien qu'à voir le milieu où ils se meuvent, on comprendra de quelle importance peut être une décoration exacte.
{Idem.)
Une pièce ne peut se passer dans un monde riche, sans qu'aussitôt il y ait un assaut de luxe entre les actrices
Le lendemain d'une première représentation, la presse s'occupe autant des toilettes que de la pièce ; tout Paris en cause. . .
On dira que le mal n'est pas grand. Mais pardon, le mal est très grand ! Sous une hypocrisie de réalité, il y a là un succès cherché en dehors des œuvres elles-mêmes. Ces toilettes éclatantes ne sont pas vraies, d'ailleurs, dans leur uniformité superbe. On ne s'habille pas ainsi à toute heure du jour, on ne joue pas continuellement la gravure de mode. Puis, ce goût excessif des toilettes riches a ceci de désas-
treux qu'il pou»se les auteurs dans la peintuie d'un moade factice, d'une distinction convenue. Comment oser risquer une pièce se passant dans la bourgeoisie médiocre ou dani le petit commerce, ou dans le peuple, lorsqu'il faut absolument au public des robes de cinq à six mille francs ! Alon on force la note, on habille des bourgeoises de province comme des duchesses, ou l'on introduit une cocotte, pour qu'il y ail au moins un pétard de soie et de velours. Trois actes ou cinq actes en robes de laine paraîtraient une démence ; demandez à un fabricant habile, sll risquerait cinq actes sans la grande toilette de rigueur.
(Idem.)
Les chefs-d'œuvre dramatiques des autres nations
prouvent que noire théâtre contemporain, loin d'être une formule absolue, n'est qu'un enCanl bâtard et bien peigné. 11 est l'expression d'une décadence, il a perdu toutes les rudesses du génie et ne se sauve que par les grâces d'une facture adroite. Aussi est-il grand temps de le retremper aux sources de l'art, dans l'étude de l'homme et dans le respect de la réalité.
(Idem.)
J'ai la conviction profonde que l'esprit expérimental et scientifique du siècle va gagner le Uiéâtre, et que là est le seul renouvellement possible de notre scène. Que la critique regarde autour d'elle, et qu'elle me dise de quel côté elle attend un secours quelconque, un soufUe de vie qui remette le drame debout. Certes, le passé est mort U faut aller à l'avenir ; et l'avenir, c'est le problème humain étudié dans le cadre de la réalité, c'est l'abandon de toutes les
fables, c'est le drame vivant de la double vie âes personnage et des milieux, dégagé des coules de nourrice, des poenillee liisloriques, des grands mots hfttes, des niaiseries et des fanfaronnades de convention. Les charpentes pourries du drame d'hier tombent d'elles-mèaieB. La place doit être nette. Les receltes connues pour nouer et dénouer une intrigue ont fait leur temps; il faut, à cette heure, une large et simple peinture des hommes et des choses, un drame que Molière aurait pu écrire. En dehors de certaines nécessités scéniques, ce que l'on nomme aujourd'hui la science du théâtre n'est que l'amas des petites habiletés des faiseurs, une sorte de tradition étroite qui rapetisse la scène, un code de langage convenu et de situations notées à l'avance, que tout esprit original refusera énergiquement d'appliquer.
(Emile ZoL.t, Préface de Thérèse Raquin, 1873.)
Evidemment, h son point de vue, M. Koning avait
raison. Il est le représentant d'une maison de commerce, il a entre les mains des intérêts pécuniaires qu'il défend. Toute pièce qui ne sent pas l'argent, qui sent la bataille et la chute, est une vilenie à ses yeux, une action louche qui devrait faire monter le rouge de la honte au front de son auteur.
Un soir des premiers jours de mars 1884, à Paris,
je prenais bourgeoisement une tasse de thé, avant de me coucher, lorsque mon domestique m'annonça M. Porel, de l'Odéon. A dix lieures du soir, M. Porel, de l'Odéon, chez moi, cela ra'émotionna, je l'avoue ; et mou émotion devint de la stupeur, lorsque M. Porel, entré en tempête, me dit sans reprendre haleine: < Nous venons de perdre aujourd'hui notre procès des Danicheff, La llounat n'a rien à jouer, et j'ai songé à vous: je sais que vous avez une pièce.
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donnez-la-moi, nous répétons dans trois Jours, u Je lui fis remarquer qu'il ne connaissait pas la pièce, qu'il était bon de la lire avant de lu mettre en répétition ; mais le terrible homme me répondit que c'était inutile, que l'Odéon jouerait la partie sur mon nom ; et il emporta Renée, et je me retrouvai seul, ahuri, le tout n'avait pas duré cinq minutes.
Le surlendemain, M. Porel devait venir me revoir, pour arrêter la distribution. Il ne vint pas, m'envoya une dépèche, remettant le rendez-vous. Je ne l'ai plus revu chez moi, et il a gardé le manuscrit deux ans.
La vérité, paraît-il, est que M. Porel ne se réaoud
point à être un directeur passiT, jouant les pièces qu'on lui apporte ; il les refait, il coupe un acte, change deux scènes de place, ajoute ou supprime dix répliques. Même, dans l'intimité, on prétend qu'il hausse les épaules devant les œuvres qu'il reçoit, et je parle des œuvres signées des noms les plus connus. Ah! s'il ne les remettait pas debout, quelles chutes !
..... Pourtant, je suis resté convaincu que le strict devoir de .\1. Porel était de jouer Renée, même s'il la trouvait incomplète, malbàlic et dangereuse. 11 louche une subvention pour ces sortes de tentatives littéraires, et mon nom couvrait sa responsabilité.
En quoi l'Odéon aurait-il démérité, s'il avait risqué
cette partie? M. Porel en a perdu de plus fâcheuses, et s'il se croit excusé par les discussions ardentes qui ont bousculé ma pièce, il se trompe : son théâtre ne devrait vivre que de passion littéraire.
(Emile Zola, Pré/ace de Renée, 1887.)
Après Turcaret, l'on de nos chels-d'œuvre de second ordre, Lesagc renonça au Théâtre (Il le raconte), tant il
en endura des illustres comédiens do son temps. C'est à cela que nous devons Gil-Blas de Santillane, l'un des monuments de l'esprit français. Réunis en comité, les comédiens ont donc un rôle : ils rabattent les vrais écrivains sur la littéraliire. Ceux d'aujourd'hui ont déterminé un mouvement magnifique du roman au dix-neuvième siècle. Ils ne pouvaient rien pour le théâtre.
(Kmile Bergerat, Vie et aventures du sieu7- Caliban, 1886.)
Personne au monde n'est plus ému que moi à la
pensée de ce qu'ils (les directeurs) endurent dans leur combat terrible, éternel, grandiose, contre la littérature d'abord, et ensuite contre le public. J'en sais quelques-uns auprès desquels le capitaine Webb, luttant contre les sept cataractes du Nil, semble un vulgaire caleçon rouge du bain Petit.
Ils se sont faits directeurs comme on se fait propriétaire, pour lutter avec des locataires, témérairement.
Le vrai directeur est celui qui refuse tout et
TOUJOURS et qui sait toujours tout refuser. Souvenez-vous des maîtres, du père Buloz, de Roqueplan, d'Harel, de ceux qui moururent sans avoir jamais rien accepté, et dont la devise était : Place aux jeunes ! Car la devise doit toujours être : Place aux jeunes ! Ce qui veut dire qu'on leur donne des places, tant qu'ils en veulent, pour applaudir, aux reprises.
(IdemJ
Avec le peu d'influence du théâtre actuel en Europe, si ce n'est dans les agences théâtrales; avec l'endormement des auteurs en des machines usées au milieu du
142 LE THÉÂTRE LIBHE
renouveau de tontes les bronches de la littérature; avec la diitilnntion des facultés créatrices dane la xeconde fournée de la génération dramatique contemporaine ; avec les empêchements apportés à la rcpréBeotation de pièces de purs hommes de lettres; avec de grosses subventions dont l'argent n'aide jamsic ini ^obntant; avec l'aniucante tendance du gouvernement à n'accepter de tentatives dans un ordre élevé que de gens sans talent; avec, dan» les collaborations, le doublement du pofite par un au^sur rf'a^airej; avec le remplacement de l'ancien parterre lettré de la Coraédie-Fran<;aise par un public d'Opéra; avec. . . avec. .. avec des actrices qui ne sont plus gnftre ponrla plupart que des portemanteaux de Wortb ; A encwe avec des avec qui n'en finiraient pas, l'art théâtral, le grand art français du passé, l'art de Corneille, de Racine, de Molière «t de Beaumarchais, est destiné, dans une cinquantaine d'unuées tout au plus, & devenir une grossière diutractlon, n'ayant plus rien de commun avec l'écriture, le style, le bel esprit, quelque chose digne de prendre place entre dc« exercices de chiens savants et une exhibition de marionnettes à firades.
(Edmond de Goncoubt, Préface du Théâtre, 1ST9.)
Je respecte toute» les comictions et j'aime les audaces; je pense comme vous que le fliéàtre a besoin de se frayer une voie nouvelle et qu'il peut descendre plus lohi dans l'analyse et serrer de plus près la vérité.
(Lettre de M. Emile Perrin, 20 Juin 1881.)
La direction de l'Odénn n'a rien fait pour la pièce {Atssé) ! An contraire. liC jour de la première, c'est moi qui ai ap-
ANNEXES t43
porté de mes mauis \ea acceasoirea du premier acte ! Et à la troisième représentation, je conduisais les Dgurauts. Pendant tout le temps des répétitions, ils ont fait aonoocer dans les journaux la reprise de Ruy Bios, etc., etc. Ils m'ont forcé à étrangler la Baronne tout comme Ruy Bios étranglera Aïssé.
(Gustave Flaubert, Lettre à George Sand, i87i.)
Je TOUS souhaite trois cents représentations pour MademoUelle de ta Qnintinie. Mais vous aurez bien des embêtements avec rOdéon. Cest une bontiq-ue où j'ai rudement
aouHert l'hiver dernier.
(Idem.)
Us (les éditeurs) ont des idées littéraires, croyez-le bien, ainsi que MM. les directeurs de théâtre. Les uns et les autres prétendent s';/ co/majwe, et leur esthétique se mêlant à leur mercantilisme, ça fait un joli résultat.
{Idem.)
'Vous voyez que votre père Cruchard n'est pas
complètement abruti par le théâtre. Du reste, je n'ai pas à me plaiadre du ■Vaudeville. Tout le monde y est poli et exact ! Quelle différence avec l'Odéon.
{Idem, 1874.)
Une des choses les plus comiques de ce temps, c'est \'(ircu7ie théâtral. On dirait que l'art du théâtre dépasse les bornes de l'intelligence humaine, et que c'est un mystère réservé à ceux qui écrivent comme les cochers do fiacre.
{Idem.)
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Eh bien, et vous, chère bon maitre, cette pièce dont on parle, est-elle finie ? Vous allez retomber dans le théâtre ! Je vous plains ! Après avoir mis sur les planches du l'Odéon des chiens, on va'pcut-ûtre voua demander d'y mettre des chevaux. Voilà où nous en sommes.
(Idem.)
Le Sexe faible, reçu au Vaudeville par Carvalho, m'a été rendu par ledit Vaudeville et rendu mêmement par Perrin, qui trouve la pièce scabreuse et inconvenante, u Mettre un berceau et une nourrice sur la scène des Français 1 » Y pensez-voos I
ildem.)
C'est une chose étrange combien les imbéciles trouvent de plaisir à patauger dans l'œuvre d'un autre ! A rogner, corriger, faire le pion 1
(Idem.)
Ce ne sont pas les auteurs qui manquent. C'est l'organisation du thé&tre qui est mauvaise ; les conditions économiques où le théâtre se meut sont détestables.
(Francisque Sarcey, Le Temps, 12 mai 1S90.)
Les débuts du Tlaéâtre Libre.
Si cet essai réussit, et l'organisateur, M. Antoine,
se donne assez de mal pour réussir, des tentatives analogues seront faites, qui pourraient devenir une façon cliarmante pour les jeunes gens de se rendre compte de ce qu'ils ont fait et de présenter leurs pièces aux directeurs, non plus sur un manuscrit de Leduc, mais sur une sorte de première épreuve vivante.
(M. Jules Prével, Le Figaro, 12 mars 1887.)
Un autre plaisir littéraire que noua avons goûté
celte semaine nous a été procuré par des artistes amateurs, jouant en réunion privée dans une salle large comme un mouchoir de poche. Passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts, n* 37, il y a un théàlricule qui a tout simplement révélé, non à proprement parler, un auteur, mais une œuvre puissante : Jacques Damour. . .
(M. Henri de Lapommerate, Paris, 4 avril 1887.)
Ce qui est absolument louable, c'est l'ardeur et la
bonne volonté de tous les membres de ce groupe d'amateurs véritablement éclairés et cherchant de la meilleure foi
du monde à faire quelque chose d'original, de hardi et de neuf, ce à quoi ils ont celte fois admirablement réusai.
(M. Louis Desa-ïrouze, La République Française, 4 avril 1887.)
On ne peut plus curieuse, la soirée d"où je sors. Si curieuse, si en dehors du mouvement théitral quotidien, que je me risque à marcher dans les plates-bandes du Monsieur de l'Orchestre. Je le connais. Il ne m'en voudra pas.
La chose s'est passée sous la Butte-Montmartre. Il y a là-haut, dans cet espèce de tunnel qui s'appelle le passage de rElysée-des-Beaux-.\rts, une salle de spectacle très gentille, la scène surtout, grande comme un petit gymnase, et sufOsamment montée en décors.' Ce Ihéâtricule ne contient en tout que 343 places y compris les strapontins. Si pourtant il eût brûlé ce soir, c'eût été pour le monde artistique un deui! irréparable. Je ne me souviens pas, en effet, d'avoir vu, même aux plus belles premières, les diverses fractions de ce monde d'élite : critiques, journalistes, poètes, romanciers, directeurs, auteurs, acteurs, éditeurs, musiciens, statuaires et peintres, si brillamment représentées.
(Pahisis, Le Figaro, 31 mai 1887.)
Parmi les associations déjeunes gens, assez nombreuses sur le pavé de Paris, qnl se sont formées en vue déjouer la comédie pour leur plaisir et celui de leurs amis, il y en a une qui se dislingue des autres par le sérieux du but qu'elle poursuit et par l'adresse qu'elle déploie pour y atteiadre.
Elle est, je crois, de date assez récente et a pris le nom de Théâtre Libre.
(M. Francisque Sahcey, Le Temps, l"" juin 1887.)
Le Théâtre Libre n'a rien de monumental; imaginez une salle minuscule avec une petite scène, de petits décors, une petite galerie et de petites stalles ; c'est là que 80 sont établisles fondateurs du Tliéàtre Libre, un groupe de comédiens dont plus d'un est excellent.
(M. Henry Baler, L'Écho de Paris, 3 Juin 1887.)
A mi-côte de la butte, passage del'Elysée-des-Beaux-Arts, quelques jeunes gens ont ouvert une petite salle de spectacle où ils jouent la comédie pour se distraire et pour divertir leurs amis. La chronique avait quelquefois parlé d'eux, mais voici que, du jour au lendemain, ils sont devenus célèbres pour avoir donné l'hospitalité à des pièces littéraires qui sans eux n'auraient peut-être jamais vu les planches. . .
(M. Hugues Le Rolx, Le Temps, 4 juin 1887.)
Tous ces jeunes gens jouent avec un soin très
étudié, non pas en amateurs, en gens du monde, ni en cabotins, mais en véritables artistes.
(M. .Auguste "ViTU, Le Figaro, 12 octobre 1887.)
Qu'on installe tranquillement l'Opéra-Comiquc au
passage de l'Elysée-des-Beaux-Arts, et, si l'on construit une nouvelle salle, que ce soit pour le Théâtre Libre. (Frimousse, Le Gaulois, 13 octobre 1887.)
Je ne vous ai pas encore parlé du Théâtre Libre . ..
Amateurs, essayeurs, insurgés, dilettantes ou apôtres, qu'on les appelle comme on voudra, le nom ne fait rien à l'affaire ; ce sont des artistes, des lettrés, jeunes pour la plupart, et tous ardents, qui considèrent le théâtre contemporain comme embourbé dans une fondrière, d'où Ils se sont promis de le tirer. L'entreprise est belle et noble.
(A. Claveau, La Patrie, 17 octobre 1887.)
Nous louerons comme il le mérite ce vaillant petit
groupe d'artistes indépendants qui cherchent courageusement des voles nouvelles et tiennent haut et ferme le drapeau des lettres.
(Adolphe Brisson, Le Parti National, 27 décembre 1887.)
Monsieur,
' La scène où vous jouez la comédie avec vos camarades
est la consolation des vieux romantiques en même temps
que l'espoir des jeunes naturalistes. Vous accueillez, vous
recherchez les œuvres hardies, nouvelles, singulières, ce
qui < n'est pas du théâtre > vous le jouez sur votre théâtre,
\ on l'applaudit....
^(Catulle Mendès, Préface de « la Femme de Tabarin i.)
Il serait désirable que Sœur Philomine fût blentiit
représentée sur une autre scène... 0"' sait si les auteurs de Sœur Philomène seront accueillis avec empressement par M. Porel.
(Adrien Bernheim, La Xation, 17 octobre 1887.)
C'est bien là-haut que pourrait être le mouvement
littéraire de cette année. Et la prochaine fois que l'on jouera au Théâtre Libre, tâchez donc d'avoir une invitation ; vous verrez ce que les directeurs de Paris sont ignares
(La Vie Parisienne, 16 octobre 1S87.)
Ah ! les directeurs de théâtre doivent éprouver un certain élonnement, eux qui croient à l'impérieuse nécessité de conventions surannées, de voir victorieusement réussir des œuvres qui gardent, précisément, une belle et fièrc indépendance.
{Le Petit Parisien, 14 novembre 1887.)
Le choix des ouvrages montés, la composition de la troupe formée par M. Antoine, doué lui-même de qualités de comédien fort remarquables, tout semble assurer une existence durable à la nouvelle création, qui, après avoir rencontré les plus grandes sympathies dans le monde littéraire, commence à rallier la masse du public parisien.
[Le Monde illustré, 18 février 1888.)
C'est que le t Théâtre Libre » est devenu une
institution parisienne, non par un vain caprice de la mode, mais parce qu'il répond à un désir du public; et ce désir c'est de sortir, en matière dramatique, des sentiers battus où la tradition a tracé ses ornières, toujours de plus en plus élargies.
M. Antoine, un jeune homme de vingt-cinq ans, qui,
il y a six mois encore,, était simple employé à la Compagnie du gaz, s'est mis en tète d'être le directeur d'un théâtre où
il serait lui-même le premier sajet de la troupe. Sous le Toiiet de la vocation, avec la belle ardear de la jcunesae, sans s'arn' ter à la faiblesse des ressources doot il disposait, il a tenté l'aventure. Elle a réussi. Son programme, Irè» révolutionnaire, c'était de faire jouer, par de» acteurs Inconnus et qui n'étaient point sortis de l'Ecole du Conservatoire, des pièces que les autres théâtres, les théâtres réguliers, penl-on dire, n'auraient pas voulu jouer, empêchés par quelque scrupule.
Le succès lui a donné raison.
Certes, je ne nie pas le réel mérite de la plupart de
ces comédiens improvisés, mais j'imairine que leur charme le plus grand consiste en ceci : Qu'on ne sentait pas en eux la marque du ijaufrier traditionnel. Qui sait si le Conservatoire eût voulu de M. .\nloine ? Il a la voix faible ; il ne vibre pas... Il a plu cependant au public, qui a été enthousiasmé d'entendre un jeune premier qui n'avait pas pris des intonations k son professeur, un amoureux qui ne faisait pas passer ses déclarations par le nez de M. Delaunay, un comique qui ne jouait pas les Coquelin, quelque chose enlln qui ne sentait pas trop l'imitation et la leçon apprise à la façon des perroqueis. Et je crois que si le Conservatoire veut défier la concurrence des écoles libres, il fera bien de profiter de la leçon qu'elles lui donnent.
Si le Théâtre Libre a fourni des acteurs qui ont trouvé l'oreille du public et dont l'avenir semble assuré, il a, ce qui est plus singulier encore, imposé des pièces aux théâtres réguliers, aux théâtres de l'Etal même. Sans parler de l'étranger, qui lui a pris ta Femme de Tabarin, de M. Mendès; le Capitaine Burle, de M. Emile Zola; Sœur Philomène, de .MM. de Concourt, l'Odéon a emprunté Jacquet Damour à son petit frère et c'est en passant par Montpar-
nasse que le Baiser, de M. de Banville, arrive à la Comédie- Française.
Voilà, certes, de quoi juslifier l'entreprise de M. Antoine, de quoi lui faire pardonner des essais moins lieureux. Et, k la liste de ces succès, il faut ajouter celui de la Puissance des Ténèbres, ■portée aux nues. Les douces émotions que le public connut & CAbbé Constantin ne sont rien k côté de l'enthousiasme frénétique avec lequel il a accueilli le sombre drame du comte Tolstoï.
(Henry Fououier, Le Figaro, 12 février 1888.)
Le besoin de nouveau.
Ce Théfttre Libre, je l'ai appelé de tous mes vœux, car j'aime tout ce qui est nouveau, hardi cl libre. Dans ma vie littéraire, on m'a souvent rendu une justice dont je suis très fier, c'est d'aider les jeunes gens de toutes mes forces. Je ne fais pas cela seulement par bonté d'âme, car je ne prétend» pas au rôle de Petit-Manteau bleu des arts, mais encore par calcul, car à force de se désintéresser de ceux qui viennent, on se calfeutre dans les formules souvent démodées de ceux qui partent, et la sénilité vous élreint et vous couche sur le flanc avant l'âge.
(Albert Wolff, Le Figaro, 13 novembre 1888.)
Le talent réel de quelques-uns des jeunes acteurs du Théâtre Libre, et même les seuls mérites littéraires de quelques-unes des pièces qu'on a jouées ne suffiraient peutêtre pas h expliquer la vogue de l'entreprise, savamment menée d'ailleurs, de M. Antoine. Ce qui emporte tout, c'est le besoin de nouveau que nous avons au théâtre.
(CoLOMBi.vE (M. H. Fouquier), GitBlat, 2ô décembre 1887.)
Ls Théâtre Libre, quel que soit son avenir, aura contribué au développement de cet art nouveau dont nous som-
mes tous tourmentés ; travaillé au rajeunissement, au renouvellement de la comédie par la psychologie et l'étude de la réalité; il aura permis de s'affirmer aux auteurs hardis et indépendants.
(Henry Bauer, L'Echo de Paris, 31 décembre 1887.)
Tout le monde sait aujourd'hui que ce Théâtre Libre est un laboratoire des plus intéressants... On est heureux, assurément, d'y voir et d'y entendre, au lieu de « cabots s gâtés par la profession et jouant faux, des comédiens et comédiennes épris de justesse, car cette passion du vrai, chez tous sensible, nous repose; mais l'attrait principal des représentations, c'est la diversité, la nouveauté, voire l'étrangeté, l'air non théâtre, enfin, ou peu théâtre, des spectacles offerts... On y travaille h quelque chose qui est le renouvellement de l'art dramatique.
(Léopold Lacour, La Nouvelle Revue, 15 janvier 1888.)
Que tous ceux qui s'intéressent à l'art dramatique, noire art national par excellence, et souffrent de le voir si tristement menacé de dépérir, combattent donc le bon combat ; qu'ils assurent au Théâtre Libre une existence de tous les soirs et il ne s'écoulera pas six mois avant qu'il en sorte, à défaut d'un maitre génial, toute une pléiade de jeunes talents venant infuser un sang nouveau, riche et généreux, à notre théâtre, qui en a si grand besoin.
(Joseph Gayda, L'Evénement, 20 février 1888.)
Le théâtre moderne subit une évolution considérable ; l'avenir est à ceux qui réformeront l'art dramatique.
A, côté de quelques reprises intéressaotes d'œuvres anciennes, il faut tenter la mise en scène d'œuvrea très modernes. Tous ceux qui ne consacreront pas leurs efforts et leurs talents à faire, en sens différents, ce que cherche k faire M. Antoine au Théâtre Libre, sont fatalement destinés à périr.
(Louis Bessox, L Evénement, 13 avril 1890.)
En résumé, ce que je considère comme certain c'est que, grâce au Théâtre Libre, une évolution tend à »e produire en faveur de notre nouvelle école dramatique, que l'iniluence de celte école se fait sentir de plus en plus dans le public, et que le temps n'est pas loin où une légion de jeunes auteurs la vulgariseront sur les autres scènes parisiennes.
(Emile Zola, Interview de ^Evénement, 20 février 1889.)
A. propos de la « Fuissance des ténèbres >.
1° Avant la représentation.
Au point de vue de notre scène française, je ne
crois pas que la pi^ce de M. Tolstoï soit possible. Elle est trop sombre ; aucun des personnages n'est sympathique, et le langage que parle .Miim, par exemple, serait tout h. fait incompréhensible chez nous. Le Nikita si étrange et si vrai ne paraîtrait qu'ennuyeux au commencement et odieux k la fin...
(Lettre de M. Alexandre Dumas fils.)
C'est cruellement vrai et très beau : mais c'est fait
pour être lu et non pour être eu et, à mon avis, injouable. Tout ce que l'on tentera pour le rendre possible au théâtre ne réussira qu'à le gâter sans profit. . .
{Lettre de M. Victorien Sardou.)
C'est moins une pièce qu'un roman dialogué dont
la longueur serait insupportable sur une scène française...
{Lettre de M. Emile Augier.)
2» Après la représentation.
La Puissance des Ténèbres a été jouée avec un immente succès d'acclamations... Voilà donc le drame de Tolstoï consacre eur la scène française... En somme, grand el beau succès, d'autant plus beau qu'il n'est obtenu par aucun des procédés dramatiques que vous connaissez, et qu'il n'y a pas de pièce d'où l'art de combinaison et de composition soit plus sévèrement banni.
(Emile Faguet, Le Soleil, 12 février 1888.)
Cette soirée a été telle que nous la souhaitions.
Un public lettré et enthousiaste, comme il s'en rencontre encore à Paris, s'est passionne pour l'ouvrage nouveau et a salué d'acclamations unanimes les interprètes... Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'éternelle vérité des caractères, la peinture simple, énergique et profonde des individus, qui dépassent le milieu et les incidents pour créer des type» dans le temps... Cette magnifique tragédie populaire procède bien de l'homme de génie auquel nous devons la Guerre et la Paix et Anna Karénine.
("Henry Bauer, L'Echo de Paris, 12 février 1888.)
Le drame de Tolstoï a obtenu un très grand snccès
de curiosité, de sympathie et d'émotion...
(Jules LEMkiTKE, Le Journal des Débatt, J3 février 1888.)
Le drame du comte Léon Tolstoï a beau iHre magnifique littérairement parlant, il n'en est pas moins un ouvrage
possédant toutes les qualités populaires requises pour une pièce k succès. A succi'-s ! que dis-je ? û triomphe. Et l'accueil que lui a fait ce public spécial des premières, public si étroit, si rebelle aux innovations, prouve que devant une assistance ordinaire la Puissance des Ténèbres aurait rencontré un enthousiasme sans bornes.
(La République française, 12 février 1888.)
Je ne serais pas étonné que les amateurs qui n'ont
pu venir ce soir priassent le Théâtre Libre de représenter une seconde fois le drame du comte Tolstoï.
(Auguste ViTu, Le Figaro, 12 février 1888.)
La seconde représentation de la Puissance des Ténèbres
au Tliéàtre Libre a été donnée hier avec un vif succès. Le
drame de Tolstoï a produit un grand effet devant le public
payant,où la haute société russe était largement représentée.
(Edmond Stoullig, Le National, 20 février 1838.)
Jamais l'horreur tragique et la réalité saisissante
n'ont été poussées plus que dans ce beau drame, qui tient de l'épopée par l'observation scrupuleuse des caractères et la vérité des personnages.
(La Petite République, 12 février 1888.)
En somme, cette soirée aura été une des plus intéressantes du Théâtre Libre. Contrairement à l'avis de la plupart de nos grand» dramaturges, le drame de Tolstoï est apparu comme une œuvre réellement théâtrale, d'une grande simplicité et d'une réalité sinistre.
{L'Intransigeant, 12 février 1888.)
158 LE THÉÂTRE LIBIIE
Dieu merci, le public français e'aperçoil enfin que lout ne se doit dire ni montrer d'après des formules, et que le génie a bien aussi ses droits d'improvisation, qui excèdent de beaucoup les liautcurs de la bienséance et les bégueulerles de la routine.
(Armand Sylvestre, L'Estafette, 12 férrler 1888.)
La troupe de M. Antoine a fait merveille dans la Puissance
des Ténèbres. Les artistes qui secondent si utilement le jeune directeur du Théâtre Libre que nous devons soutenir de tous nos elTorts, puisqu'on une seule année, il aura doté le Théàtre-Ki-ançais et l'Odéon de trois œuvres nouvelles et originales, le Baiser, le Capitaine Biirlc et Jacques Damour, tous ces artistes jeunes et ardents n'ont pas de traditions surannées ni de corsets d'écoles. Pour les œuvres particulières qu'ils sont chargés de représenter, c'est une grande qualité de plus de ne pas porter le casque du Conservatoire.
(Louis Besson, L'Evénement, 12 février 1888.)
L'interprétation d'une œuvre pareille est d'une difficulté particulière. L'acteur n'a !t exprimer que des sentiments violents ou terribles, sans grande.s nuances, et l'unité du caractère ne va pas sans monotonie. II y faut une très grande adresse. Aussi, sans relever çh et là un peu d'hésitation, adressonà-nous les plus grands compliments aux hardis et consciencieux interprètes... Il en a «lé de la troupe du Théâtre Libre comme des pièces qu'elle a jouées. Elle nous a révélé des acteurs et des actrices en dehors des voies classiques du Conservatoire ou qui eo sont sortis par lui. C'est un fait digne d'attention.
{UXlX'SiécU, 12 février 1888.)
Lo siiccfcs considérable rempoi'té au Thé&lro Libre par la Puissance des Ténèbres a appelé de nouveau l'attention du public sur la littérature contemporaine l'usso. Une réflexion est venue à l'esprit de tous les spectateurs du théAtre de M. Antoine.
Comment se fait-il que le drame tiré par MM. Paul Ginigty et Hufrnes Le Rou.x, du célèbre et admirable roman de Dostoïevski, Crime et Chdtimenl, ne soit pas encore joué? 11 ya, si je ne me trompe, déjàdeux ans quecette œuvre -^ dont la valeur ne saurait être mise en doute, — est reçue officiellement à rOdéon.
Les réceptions de pièces à l'Odéon seraient-elles comme les billets que Ninon de Lcnclos signait h ce pauvre La Châtre ?
(Gil Bios, 13 février 1888).
Ajoutons, à titre de rejnaeignement, que cette mite en demeure fit le tour Ae la presse et que Crirac cl Châliment a été joué à VOdéon sept mois après [septembre 1888.)
S'il y a une notivcauté dans le théâtre de Tolstoï, elle réside dans ceci, qu'il ne nous donne jamais l'occasion de disserter, ou de chercher la pièce à faire, comme il arrive aisément, par exemple, lorsque M. Alexandre Dumas fils nous propose dans Francillon des situations qui ne sont que des artifices d'homme de métier. Chez Tolstoï, avec la Puissance des Ténèbres, la pièce à faire est faite. Elle est donc bien faite puisqu'elle est... Le théfttre en France cherche encore l'écrivain qui saura traduire la vérité avec celte puissance, sans le secours d'aucun o truc » et réussira à nous émouvoir sans la mécanique des « ficelles » chère» h M. Sardou.
(Jacques dk Biez, Saniedi-Revue, février 1888.)
Le Thé&tre Libre vient de se lancer dans la littiraturc russe, avec I.i traduction de Impuissance des Ténèbres, du comte Léon Tolstoï... Une étude psycliologique de cette importance et de cette force, qui excite tour à tour l'horreur et la pitié, réclamerait quelque développement. Noua ne pouvons ici que louer M. Antoine, lequel mel,'eu service de ses goûts de lettré et de ses courageuses tentatives, une activité rare, un talent d'interprète et des aptitudes d'imprésario exceptionnelles.
(Emile Abkauam, Le Bulletin officiel de l'Exposition, 13 février 1888.)
Ce qui est beau ici d'une beauté souveraine, c'est la vérité de la peinture des passions et des caractères. C'est simple et c'est terrible. La vie la plus intense éclate à chaque scène de ce drame grandiose, et 11 n'est pas une parole de ces personnages où l'on ne sente vivre l'&me humaine dans ce qu'elle a de plus caché et de plus profond.
(M. Léon Bernard-Derosne, Git Bhs, 12 février 1888.)
Peut-être n'ai-jepas encore l'habitude de louer comme il convient les interprètes du drame. Je les prie de m'cxcusersi je ne di» pas assez longuement combien J'ai admiré le talent avec lequel ils imitent les vilains Russes peints par M. le comte Léon Tolstoï. Dans leurs costumes exacts, ils sont parfaiti. Ils n'élèvent pas la voix, ils font naturellement les choses les plus abominables. Ce sont bien de vrais paysans, ne se pressant pus, allant au but, lentement, ne visant pas à l'effet et l'atteignant pourtant du premier coup.
(Hector Pessakd, Le Gaulois, 12 février 1888.)
La Puissance des Ténèbres est jouée avec un arl vraiment rare et surprenant par des comédiens, les un» obscurs, les autres tout neufs dan» le métier.
(Paul Pekret, La Liberté, 13 février 1888.)
Ce fut Austerlitz. Quand cette toile retomba sur le
tableau final, dans une tempête d'acclamations, le publie était transporté ; je n'ai pas surpris un instant d'arrêt ou d'hésitation durant ces quatre heures.
Chaque fois que j'ai mis en doute l'intelligence de
notre jeunesse française, sa rapidité à comprendre les œuvres les plus opposées à notre goût, je me suis lourdement trompé.
On voyait pour la première fois, sur une scène
française, un décor et des costumes empruntés aux habitudes quotidiennes de la vie russe, sans enjolivement d'opéra-comiqiic, sans ce goût du clinquant et du faux qui semble inhérent à l'atmosphère du théâtre.
(Eugène Melchior de 'Vogué, La Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1888.)
Quelques résultats.
Le Théâtre Libre ne donne que de l'inédit, c'eut la base lie son Institution. 11 rendra, je n'en doute point, de grands services à l'art dramatique. Trois des pièces représentées »iir ce théâtre onl été reprises déjà par d'autres Scènes et une quatrième, le Baiser, de M. Théodore de Banville, sera joué à la Com.dio-Française.
(.\. UuCHBMiN. Le Soir, 12 février 1888.)
Un monde ; le Baiser, un bijou de Banville, va être joné à la Comédio-Frani;ai8e. Savez-vous pourquoi? Parce qve cet acte a été représenté au Théâtre Libre et qu'il a remporté un succès fuu ! Sans cela, Banville garderait encore «on manuscrit.
Banville obligé de passer par le Théâtre Libre pour arriver chez M.\l. les Comédiens, trop ordinaires, de la République I Où allons-nous? 11 est vrai que le doux Claretie se fait bombarder académicien par les quarante immortels qui ont tous un ours & placer dans la maison de Molière et de Bodinier.
(Emile Mendel, 15 janvier 1888.)
Nous ne louerons jamais assez le Théâtre Libre de M. Antoine qui, ?i travers ses destinées errante?, nous a
ANNEXES Ifi3
émerveillés et ravis, qui, dans sa dernière séance, enseignait îi la Comédie-Française la délicieuse fantaisie poétique de Théodore de Banville, et qui nous promet h bref ilélal le sublime drame de ToUtoï, La Pttissance des Ténèbres.
(Henry Bauer, Gil BLas, 10 janvier 1888.)
Au Théâtre Libre où fut ofTert pour la première fois ce bijou d'or fin constellé de rubis (/e Baiser),lesintcrprt'tcscn avalent assumé la fantaisie ailée, la grâce et le chai me artistique. Ils disaient ces couplets radieux, comme nous les sentons, sans recherches ni grossissementsd'efTels. Celte impression artistique, elle ne nous a pas été rendue entière Ma Comédie- Française, dans le débit parfait des comédiens. M. Coqnelin Cadet a méconnu la fantaisie funambulesque dans un souci unique d'effets comiques de tréteau.^; il ne nous gagne point par le chai-me des vers; il veut nous faire rire, il grimace, il appuie sur les assonances, il nous enrage contre sa malencontreuse bouffonnerie; il ne sent point qu'il est un Pierrot rare, terrien errant dans les bois, à qui apparaît l'image d'une bien aimée idéale; il se perd, il s'enfonce dans une niaiserie savante et concertée, hors de propos. M'ic Reichemberg montre là, comme ailleurs, sa perfection de bien-dire. J'y voudrais quelque chose de subtil, d'èthéré, de fluide et d'impalpable, qui n'y est point.
A chacun son effet, telle semble être la coutume de la
maison
(Henry Bauer, L'Echo de Paris, 16 mai 1888.)
J'ai pour M. Antoine une estime toute particulière; il a le goût d u théâtre ; il me semble posséder toutes les qualités qui font l'excellent directeur, et c'est de directeurs que nous manquons bien plus que d'artistes. . . .
J'ai donc plaisir à mettre son plaidoyer sous les yeux du public. C'est une satisfaction que je suis bien aise d'accorder, sans même qu'il m'en ait témoigné le désir, à un homme qui a voué sa vie à une forme de l'art dont je fais depuis fi longtemps mon étude. Peu m'importe qu'il heurte quelques-unes de mes idées; l'essentiel est qu'il aime le théitrc. Nous l'aimons chacun à notre façon, mais noua l'aimons passionnément l'un et l'autre, et c'est là, eulre nous, malgré la divergence des opinions, un lien qui est bien fort.
(Francisque Sarcey, Le Temps, 25 juin 188?.)
A combien des auteurs, presque tous remarquables, produits par le vaillant M. Antoine au Théâtre Libre, les directeurs de nos scènes parisiennes ont-ils commandé des pièces ?
{La France, 8 janvier 1888.)
On m'assure que le beau drame d'Aubanel (le Pain du Péché), sur lequel Paul Arène a écrit de si beaux vers et que le Théâtre Libre vient de nous donner, est reçu & l'Odéon depuis trois ans.
Eh bien ! l'expérience est pour encourager le directeur du second Théâtre-Français, car elle a été triomphante. Ce beau poème dramatique a été écouté avec passion et a ému un public qui peut cependant passer pour sceptique.
(Armand Sylvestre, lEstafelle, 29 avril 1888.)
M. Antoine, le directeur de ce théâtre et ses collaborateurs ont bien mérité des Lettres. On peut maintenant
prévoir les services qu'ils sont appelés h rendre à la dramaturgie moderne.
(Emile Desbeaux, Le Petit Moniteur, 25 mars 1888.)
A qui attribuer ce réveil subit et général du monde dramatique? Est-ce surfaire la réputation de M. Antoine que de le juger pour beaucoup dans cette émulation des directeurs do nos premières scènes, émulation si propice aux auteurs vieux et jeunes? On a vu M. Antoine à l'œuvre et cela a suffi. Quelques-uns ont voulu mériter une part des éloges et des sympathies que lui suscitait la sorte de monopole artistique qu'il s'était créé. L'exemple est plus foit que les théories et les conseils.
{L'Evénement, 31 janvier 1889.)
Le Gymnase a joué la Chance de Françoise, cet aimable petit acte de M. de Porto-Riche qui, fin, spirituel el délicat, avait trouvé un si bon accueil au Théâtre Libre. 11 a été reçu de même au Gymnase, encore qu'il y ait été beaucoup moins bien interprété que chez M. Antoine.
Françoise n'a pas eu de chance avec les comédiens d'hier au soir. Je croyais revoir à Langres une pièce vue à Paris.
{Ln Justice, 7 lévrier 1889.)
Je viens de nommer le Théâtre Libre de M. Antoine et je l'ai bien fait exprès. Voilà un directeur vraiment jeune, vraiment cultivé, avec une perception très fine de toutes les choses du théâtre; des auteurs convaincus et dont le dé-
166 LE THÉÂTRE UBRE
sintéressement ne fait pas de doute; une troupe pleine d'ardeur qui possède deux qualités iocstimabies, la simplicité et le naturel ; dés que cette maison d'arl a été ouverte, tout le public lettré y est accouru et, il faut bien le dire, il n'y a eu de vie dramatique, l'hiver dernier, que chez elle.
(Henry Bkcque, préface des t Premières illustrées» 1888.)
Le rôle du Tliéâtre Libre.
Le Théâtre Libre a recueilli ce soir assez d'applaudissements, avec deux œuvres littéraires, pour se confirmer dans aa mission et la poursuivre au grand plaisir du public comme au grand profit des écrivains qui, pour des raisons fort diverses, n'ont pu forcer la porte des théâtres réguliers.
(Auguste ViTU, Le Fii/aro, 28 avril 1888.)
Oui, sans aucun doute, cela nous intéressera, et
beaucoup. Je souhaiterais passionnément qu'il se trouvât, sinon un duc, — il n'y en a plus guère chez nous qui s'intéressent au théâtre, — au moins un grand financier, qui chargeât Antoine d'appliquer en grand ses théories et qui lui en fournit Ifis moyens. Il y aurait là pour un millionnaire un bel emploi de son argent. Et, qui saitî peut-être ne serait-ce pas de l'argent perdu.
M. Antoine le sait bien : je serai ravi de sa tentative, alors même que le public paraîtrait donner un démenti à mes théories. Je ne les en croirais pas moins justes; mais j'aurais eu le plaisir de les voir aux prises avec les faits, de savoir pourquoi elles éprouvent un échec, que je croirais momentané. Je ne tiens pas du tout à avoir affaire à des gens q:ii pensent comme moi: je préfère ceux qui
pensent par eux-mêmes. J'ai passé ma vie à combattre M. Perrin ; il n'y a guère d'Iiomme que j'aie plus estimé. Il savait ce qu'il voulait, et 11 le voulait bien. Je préfère un homme d'esprit, plein d'initiative, alors même qu'il est hostile à me» idées, à un imbécile qui pense comme mol. Je n'ai cessé de harceler M. .\ntoinc ; au fond il sent bien qu'il n'y a pas, dans toute la presse, un homme qui soit plus sympathique à ses efforts, qui lui en soit plus reconnaissant. La sottise de beaucoup d'auteurs est de croire que l'approbation soit la seule forme et la meilleure de la bienveillance.
(Francisque Sarcey, Le Temps, 23 juillet 1888.)
Cet article répondait à une lettre de M. Antoine, relative aux Meininger, lettre qu^on a lue dans une autre partie de cette brochure.
Le Théâtre Libre est une institution. Mais, au contraire de tant d'autres institutions qui passent, celle-là reste. Et il s'impose de jour en jour avec plus d'autorité, virei acquiril eundo. En sorte qu'il a fini par devenir un des éléments essentiels de la vie parisienne. S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.
11 est devenu grand, le petit théâtre. Après avoir tâté le terrain aux deux pôles extrêmes de Paris, â Montmartre d'abord, puis & Montparnasse, le voil.^ qui, sûr de sa force, entre dans la fournaise, bravement, sans coup férir. Il n'a tenté l'assaut de la place, qu'après de patients travaux d'approche. M. Antoine est, en stratégie dramatique, de l'école de Fabius. Elle avait du bon, cette école.
(Parisis, Le Figaro, 5 octobre 1888.)
Quelle destinée curieuse que celle de ce Théâtre Libre I Combien intéressante et étrange est la physionomie de M. Antoine, le jeune homme ardemment épris de théiUre qui, par son inébranlable foi dans une idée bien arrêtée, est parvenu i grouper autour de lui, dans un habile pêlemêle, débutants et maîtres, archi-inconnus et célébrités...
Quelles inoubliables soirées que ces représentations où, quel que fut le temps, qu'il gelât ou qu'il plût à verse, le Tout-Paris des premières se portait en foule, délaissant même les théâtres ordinaires, assez malavisés pour donner le même jour une nouveauté I Et comme ce public avait bien compris son rcMe ! Avec quel calme il a toujours accueilli les œuvres qui lui étaient soumises! 11 savait que M. Antoine ne cherchait pas le scandale, que toute idée de spéculation était bannie de son esprit, pour lequel la question d'art primdt tout. D'ailleurs, quel que fût le tableau offert au spectateur, le cadre et l'arrangement en étaient toujours si amoureusement exécutés que l'honneur du metteur en scène était sauf. De plus, la succession des spectacles attestait de la part de M. Antoine et de ses collaborateurs une telle somme de travail, qu'il eût été injuste de ne pas tenir compte de leurs efforts.
(René de Cuers, Le Figaro, 3 septembre 1888.)
En trois années, ce petit théâtre, sans ressources,
sans troupe lixe, sans crédit et sans traditions, dirigé par une espèce de fataliste prédestiné, a fait, à lui tout seul, toute la besogne dramatique de la France.
C'est du pile ou face d'Antoine que sera revenu à cet art déprécié, calommié, avili, le renouveau d'une renaissance que tout producteur a en soi et dégage et qui ne supporte pas plus d'arrêt que la langue même. Ce modeste gazier
170 LE TIIÉATBE LIBBE
improvisé cliefde troupe, etautomédon du cliar de Ragotin, conduit aujourd'hui le quadrige des Muses. Il a repris à 80D profit le mouvement avorté entre les mains de la tragédienne et il rtveillc ses lévriers.
Comptez que, dès aujourd'hui, il serait impossible au critique le plus faux-collard d'écrire une histoire du théâtre français au siècle de Boulanger sans donner la plus large place aux représentations d'un jour dont Antoine régale l'élite de la ville comme Molière lui-même en régalait la cour du roi versaillals. Melpomène et Thalle habitent tour à tour, et souvent ensemble, le tombereau roulant du TTie»pis des Menus. Elles y odéonisent tout le temps et parfois, comme hier, elles remplissent encore un devoir plus sérieux. Les beaux vers que l'on cisèle sous le ciel étoile de la patrie sont d'abord et avant tout connus là, et s'ils vont ailleurs ensuite, ils gardent le parfum de liberté et la joledu premier essor. Tous les glorieux essais de ceux qu'on nie, que l'on persécute ou que l'on raille, ont cet asile et Us en font un temple, et dites-vous que les grands critiques émancipateurs, s'ils vivaient encore, ou s'il en restait, les Diderot, le» Théophile Gautier, les Sainte-Beuve, iraient au Théâtre Libre, et non ailleurs, passer leurs soirées et chercher le talent, 1 esprit et l'éloquence de la race.
(Emile Bergbrat, GH Bios, 1" janvier 1889.)
Acteurs, qui désirez jouer des rAles en dehors de la codyentlon et des banales formules du code dramatique, le Théâtre Libre vous est ouvert. Auteurs, il vous e.st grand ouvert, aussi, ce théâtre, où vos œuvres seront jouées dans leur intégrité parfaite, avec la mise en scène qu'il voua plaira d'établir. Et là, vous vous persuaderez qu'il n'est point si secret qu'on veut bien le dire, cet art mécanique
du théâtre qu'on peprésenlait arbitrairement comme régi par de mystérieuses et impénétrables lois.
(Henry Céard, La Vie Populaire, 28 octobre 1888.)
Que sortira-t-il de ce curieux mouvement? Des chefsd'œuvre tout de suite? Je n'en mettrais pas ma main au feu. Mais, à coup sûr, une surexcitation de notre goût national pour le théAtre. Et l'habitude de ne pas trembler devant les directeurs ou la censure, et un dédain croissant des spéculations du thé.ltre industriel. Enfin, piincipalement, toute une génération d'artistes des deux sexes n'.iyant point passé par l'enseignement unifornie du Conservatoire, par suite, plus naturels et plus simples, non parqués dans les dénominations étroites d'emploi : comique, amoureux, père noble, jeune première, duègne, grande coquette, et absolument aptes à représenter les personnages complexes de nos pièces naturalistes
(Paul Alexis, Le Cri du Peuple, 2 juin 1888.)
Le Théltre Libre a cette grande, cette Inestimable supériorité sur quelques autres, qu'il donne des pièces, comme si un théâtre était fait pour cela. Tel grand théâtre me montre deux pièces nouvelles par an, dont une en un acte et en vers. J'y vais, j'en parle, j'en parle consciencieusement et c'est fini. De six mois je n'en parle plus, parce que de six mois il ne donne autre chose, sinon des reprises d'Esope à la cour ou d'Esope en province, œuvres charmantes.joyaux exquis, perles pures, mais qui depuis longtemps sont, je crois, tout à fait jugées. Le Théâtre Libre me donne trois ou quatre essais dramatiques par mois, tout simplement.
(Emile Paguet, Le Soleil, i février 1889.)
172 LE THÉATKi: i.riiiir.
Sarcey, ces jours derniers, eut un joli argument. 11 parlait du Théâtre Libre: Que serall-il advenu, disait-il, du temps où il fallait un privilège pour ouvrir un tiiéàtre? Cet abominable tyran de Camille Doucet serait allé trouver un ministre, et lui aurait dit : Voili un liomme intelligent 1 Antoine avait son privilège. 11 trouvait facilement de l'argent, et pouvait mener son expérience en grand pendant une dizaine d'années. Aujourd'hui, c'est un banquier qui commandite un théâtre, pour y exhiber vingt petites femmes.
(Maurice Bahrès, Le Figaro, 26 mal 1888.)
Eh bien, l'expérience est concluante. En dépit de tout et de tous, ceci tuera cela. Le Théâtre Libre a porté le premier coup de pioche dans la vieille citadelle démantelée ; avant peu l'édifice vermoulu s'écroulera. 11 y aura bataille, et bataille rude encore, car, si la victoire définitive est certaine, elle n'est pas encore remporlée; mais c'est précisément parce qu'il reste des dangers â courir, des luttes à soutenir, et que le Théâtre Libre a encore besoin de bras solides et de plumes vaillantes, que je lui crie, en toute franchise : Voulez-vous de moi pour combattre avec vous ? J'en suis ! (Vlaurice Lefèvre, 3Juin 1889.)
Le résultat oblenu est, selon nous, assez satisfaisant pour que M. Antoine fonde un théâtre, soumis à la régie commune, ouvert & tous, à tous les auteurs comme à tous les publics. Qu'il l'appelle comme il voudra : libre s'il lui plati, puisque le mot le séduit : qu'il persévère dans la voie qu'il s'est tracée, qu'il se garde de tripatouiller dans les œuvres qu'onlui présente, et il fera une belle exception à la régie. (Adrien Bbrnheim, La Nation, 10 juin 1889.)