GLATIGNY
Il semblait bien qu'avec Scarron M. Catulle Mendès eût atteint à une espèce de perfection ; mais il s'est surpassé lui-même par son Glatigny. C'est une pièce dont il est à peu près impossible de sortir sans une forte migraine et Tappréhension d'être envahi par un commencement de folie. D'où viennent, comment s'arrangent et se chassent et se remplacent les images incohérentes qui se sont succédé devant nos yeux, pareilles à celles qu'on voit dans les rêves ? Pourquoi ces choses et non pas d'autres ? Voici d'abord, le matin, sur une place de village, des comédiens qui, par les fenêtres d'une auberge, déménagent à la cloche de bois, cependant que le fils du gendarme, la tête sur la boîte aux lettres, soupire avec la dame de la poste le dialogue de Roméo et de Juliette ; après quoi, le jouvenceau conte fleurette à une petite cabotine et se sauve avec elle. Nous retrouvons ce même villageois chez M. de GirardiiijOÙ il est en conversation avec une princesse 1 Puis c'est un décor de brasserie, où les paradoxes artistiques s'entre-choquent avec les bocks, et les théories nuageuses se mêlent aux nuages du tabac dos pipes. Puis un décor de café-concert, avec des chansons et des danses. Et encore le village, la
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dame de la poste; et, pour finir, un cadavre dans la neige 1
On essaie de trouver un sens à cette fantasmagorie. On tâche de démêler ce qui peut bien se passer à travers ces hallucinations. Quel est le personnage en Thonneur et autour de qui se célèbre ce carnaval ? Nous ne sommes pas forcés de savoir qui fut dans la réalité de son existence le véritable Glatigny ; nous n'avons à connaître que celui qu'on nous présente. Puisqu'on nous le donne pour un typedebohème, nous ne lui demanderons pas qu'il se comporte comme un parfait notaire ; mais même pour un héros de la sainte Bohème, quel triste sire 1 Combien ses espiègleries sont dénuées de fantaisie ! Et dans ses attendrissantes mésaventures, quelle platitude l
Donc le Glatigny de M.Mendès est le fils d'un gendarme, et réputé, dès sa prime jeunesse, pour les excès de sa polissonnerie. Il est l'amant de la dame de la poste, en qui il ne sait pas au juste s'il voit davantage une maîtresse ou une mère. Vient à passer une comédienne, Lizane, dont il s'éprend aussitôt ; il paie donc avec l'argent de sa vieille maîtresse les menues dettes de la troupe comique dont il va suivre l'indigente fortune. Le voici à Paris, où il entre, sans savoir comment, chez M. de Girardin. 11 tient la plume pour le fameux journaliste. Et comme il est irrémédiablement poète, il écrit en vers l'article que Girardin lui dicte en prose, et que celui-ci imprime tel quel dans son journal, sans s'en apercevoir. Comment Glatigny reçoit de la princesse d'EKe une rose qu'il pourra, dans une heure de détresse, échanger contre un riche carnet orné de bijoux ? ce n'est pas moi qui me chargerai de vous l'expli-