Le theologien dans les conversations avec les sages et les grands du monde
Les vérités que je suis obligé de défendre en cet ouvrage ont des ennemis qui ne me permettent pas de me fier à mes forces , et qui me font prendre la liberté de venir où l'on vient aujourd'hui de tous les endroits de l'Europe, se mettre sous la protection de Votre Majesté.
Quoique j'y vienne après les grands hommes qui vous ont consacré leur plume, et quoique je voie les exemples qu'ils me donnent à l'entrée de leurs livres, où ils ont écrit de si beaux éloges de vos actions glorieuses , et de si magnifiques descriptions de vos triomphes, mondessein n'est pas de les imiter.
Depuis que la Renommée vous a elle-même consacré sa voix , et qu'elle n'a plus d'autre affaire au monde que de parler des grandeurs de votre auguste personne et de les publier partout, il semble que c'est là désormais son privilège, et que le droit et l'honneur de les louer publiquement ne sont plus que pour elle seule. Tout ce que j'ose entreprendre pour satisfaire à mon^zèle , c'est d'écouter ce qu'elle dit et de vous redire ses paroles.
Il est vrai, Sire, qu'elle ne se plaît pas à parler beaucoup; elle s'y plaisait lorsqu'elle commença de vous connaître, mais elle a depuis changé de métbode. Plus elle a vu de grandes choses, moins elle a parlé; et maintenant que la gloire suprême où elle voit votre puissance et votre réputation élevées par la main de Dieu , l'engage à vous honorer souverainement, l'honneur souverain qu'elle croit vous devoir est de renfermer un panégyrique entier dans un seul mot ; et pour dire tout ce qui peut être dit d'un grand roi , de ne plus rien dire que votre nom.