‹ Le theologien dans les conversations avec les sages et les grands du mondeChapitre 2 sur 23 · IV ÉPITRE · texte numérisé non relu

IV ÉPITRE

Néanmoins, comme il est nécessaire que, dans les Indes et chez les autres peuples de l'Afrique et de l'Asie, elle explique plus clairement ses pensées , elle le fait sans doute , et à mon jugement, sans beaucoup de peine. Je me persuade que, pour faire entendre à ces peuples-là une partie de ce qu'elle sait et de ce que nous voyons dans l'Europe, elle se contente de leur tenir les mêmes discours qu'elle tint anciennement chez eux, lorsque, les entretenant sans flatterie des véritables vertus de l'un des monarques que le monde a le plus aimés , elle leur disait entre autres choses :

Qu'il mérita d'être roi, parce qu'il était le premier des hommes, et qu'il n'eût point laissé de l'être s'il n'eût pas régné.

Qu'en son bas âge , avant qu'il montât sur le trône , il n'avait rien appris qu'à obéir ; que dès qu'il y fut, il enseigna les rois et les philosophes par ses exemples, et qu'il se rendit leur maitre en la science de vivre, de parler et de régner sagement.

Qu'il eut pour naturel ce qui est l'étude et la vertu des autres rois; qu'être sage et maître de sa colère et de ses autres passions, être sincère, désintéressé, magnanime, incorruptible, fidèle en ses promesses et impénétrable en ses secrets; parler aussi bien qu'il voulait et aussi peu, ce n'étaient point dans lui des sciences acquises par le travail ou par l'industrie, mais des présents de la grâce et des inclinations de la nature.

Qu'il ne cessa de vaincre que lorsqu'il ne trouva plus d'hommes qui pussent ne pas l'aimer, ou qui ne pussent pas vaincre eux-mêmes la jalousie, qui rendait ses succès insupportables à leurs yeux.

Que ce qu'il y eut de merveilleux et de très-particulier en son courage et en sa conduite durant les guerres, fut que, par ses premières victoires, il apprit la science de prendre les villes et de soumettre les peuples sans les détruire , et de ne pas faire des millions de malheureux pour faire un vainqueur.

Que jam.ais les princes alliés n'eurent de meilleur et de plus constant ami, ni les officiers d'une cour de meilleur maître, ni les peuples obéissants de meilleur père, ni les ennemis domptés et soumis de plus aimable protecteur.

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