SECONDE PARTIE DE L'HISTOIRE D'ADÉLAÏS
Cette jeune impératrice, nommée Théophanie, était fille de Nicéphore, empereur de Conslantinople. Elle fut mariée au jeune Othon avec la magnificence et la célébrité que j'ui dites, mais elle vint aux noces par un chemin de sang. Son mariage coûta la vie à plus de soixante mille hommes , et la tête de son propre père fut comme la dot qu'elle apporta.
L'histoire est qu'Othon-le-Grand, quoique heureusement porté par le cours de ses victoires jusqu'aux extrémités de l'Italie, s'arrêta néanmoins à Rome , jugeant qu'il serait plus facile et plus humain de recevoir civilement des mains des Grecs, par un contrat de paix et d'amitié, les terres qu'ils occupaient en ces quartiers-là , que de les arracher par les armes , et de faire naître des querelles immortelles entre les deux empires.
Cette louable intention lui donna la pensée de marier les enfants des deux couronnes , et d'envoyer demander Théophanie pour son fils Othon , espérant que le royaume de la Fouille serait la dot de la fille, et que, de part et d'autre, on embrasserait avec plaisir une si heureuse occasion
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de prévenir les guerres dont l'empire était menacé.
Les ambassadeurs firent le voyage de Constanilnople , et ils furent magnifiquement reçus. Leur proposition y reçut le même accueil. Nicéphore y consentit de la plus obligeante manière qu'il lui fut possible , et fit toutes les mines et les cérémonies de la joie , promettant qu'il enverrait la princesse, et qu'il se tiendrait éternellement obligé de cet bonorable témoignage de l'amitié et de la fidélité d'Olhon.
Nicéphore était un très-méchant homme, et n'avait point d'autre maxime de gouverneiiient que la trahison et la cruauté. Ce politique cruel et timide, qui tremblait depuis qu'il avait entendu parler des succès d'Olhon dans l'Italie, et qu'il avait -appris que ce vainqueur redoulai)le était devenu .%on voisin, comme s'il attendait chaque jour qu'on lui apporterait les nouvelles de la perte de son royaume delaPouille, à l'occasion de l'ambassade [ue je viens de dire, conçut un étrange moyen de remédier à ses craintes. Sa pensée ne se déclara que par les effets , et il fut presque aussi difficile Je la croire lorsqu'on en vit la sanglante et l'horrible exécution, qu'il l'avait été de la prévoir ou de h'en douter auparavant.
Tandis que Home, appuyée sur ses promesses, se préparait aux noces, et qu'elle attendait la fille -avec les impatiences et les inquiétudes ordinaires, les ambassadeurs de Nicéphore vinrent trouver Oihon , et l'avertirent que cette princesse était sur nier, et qu'elle aborderait bientôt à une ville de Calabre, (ju'ils lui nommèrent, le suppliant de lui faire reinire dès le port les honneurs les plus pompeux ([uil pourrait, et de n'envoyer pas seulement des compagnies de seigneurs et de noblesse pour la reccvuii' . niais aussi, s'il était possible ,
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son armée entière, afin qu'en entrant dans l'Italie, dès le premier pas qu'elle y ferait, elle parut comme l'impératrice de l'univers, et qu'elle ne marchât en venant à Rome que parmi les légions impériales , et avec un appareil propre à une puissance souveraine et redoutable.
Othon,qui était résolu de ne lui épargner aucune civilité, accorda celle-ci très-volontiers. Tout ce qui se trouva de son armée en état de marcher et d'aller contribuer pour quelque chose à l'ornement de cette récepliQri,fut envoyé en Calabre, et conduit par les premiers généraux de l'empire. Ils y allè^ rent comme au-devant d'une épouse, n'ayant pris que des épées et des boucliers de cérémonie , et croyant qu'en cette occasion, l'honneur de leurs armes était d'emporter le prix de la beauté, et d'être plus luisantes et mieux ornées que les armes des Grecs. Mais les Grecs avaient une autre ambition : sous prétexte de faire de leur part de grandes dépenses pour la venue de leur princesse, ils assemblèrent ce qu'ils avaient de gens de guerre ; et lorsque les Romains , durant l'attente de cette lieureuse arrivée, parmi les désordres des préparatifs et de la joie, ne pensaient qu'à leurs braveries , et qu'ils essayaient leurs habits de noces, ils s'allèrent jeter soudainement sur eux, et firent un carnage horrible de toute l'armée de l'empereur. Fort peu se sauvèrent ; la plupart furent massacrés , les autres faits prisonniers et envoyés à Constantinople. On poursuivit les fugitifs, et toute la Calabre fut couverte de meurtre et de sang , et désolée parles cruautés de cette trahison.
Ce fut plutôt ppr hasard que par prudence qu'Othon avait retenu quelque reste de ses troupes. Le peu qui lui en resta, animé par l'horreur d'une si exécrable barbarie, valut plus qu'une armée victorieuse. Il les laissa partir incontinent