Lettre de M^e Blavatsky à sa sœur, 1 5 octobre
2, Lettre du a octobre 1877.
*'hS LE THÉOSOPHISME
nique, et d'ailleurs, à vrai dire, il n'y a jamais eu de Maçonnerie dans l'Inde que celle qui y a été introduite par les Anglais. La société dont il s'agit se donnait pour but « de ramener la religion et le culte à la simplicité védique primitive » ; comme plusieurs autres organisations qui se formèrent dans le même pays au cours du xix^ siècle, notamment le Brahma Samâj et ses diverses ramifications, et qui toutes échouèrent malgré l'appui que les Anglais leur fournirent en raison de leurs tendances antitraditionnelles, elle procédait d'un esprit « réformateur » tout à fait comparable à celui du Protestantisme dans le monde occidental ; Dayânanda Saraswatî n'a-t-il pas été appelé « le Luther de l'Inde » ^ ? On ne peut, certes, regarder un tel homme comme une autorité en fait de tradition hindoue ; certains ont été jusqu'à dire que « ses pensées philosophiques n'allaient pas même aussi loin que celles d'Herbert Spencer » -, ce que nous croyons un peu exagéré.
Mais quelles raisons pouvait avoir Dayânanda Saraswatî de s'attacher M™^ Blavatsky et sa Société P Dans la déclaration de principes du 17 novembre 1876, après avoir dit que « le Brahma Samâj a commencé sérieusement le travail colossal de purifier les religions hindoues des écumes que des siècles d'intrigues de prêtres leur ont infusées », on ajoutait ceci : « Les fondateurs, voyant que toute tentative d'acquérir la science désirée est déjouée dans les autres contrées, se tournent vers l'Orient, d'où sont dérivés tous les systèmes de religion et de philosophie. » Si le Brahma Samâj, déjà bien divisé alors, ne répondit pas à ces avances, c'est VArya Samâj qui le fit, et ces deux organisations, comme nous venons de le dire, procédaient des mêmes tendances et se proposaient un but à peu près identique. En outre. M""' Blavatsky elle-même a donné une autre raison de cette entente : c'est que « tous les Brahmanes, ortho-
I. Article de M. Lalchand Gupta dans l'/ne/ian iîeuiew, de Madras, igiS. 3. The Vedic Philosophy, par Har Nâxâjana, Introduction, p. xli.
LES ORIGIiSES DE LA SOCIETE TIIÉOSOPHIQUE 29
doxes OU autres, sont terriblement contre les esprits, les médiums, les évocations nécromanciennes, ou les relations avec les morts de n'importe quelle manière ou sous n'importe quelle forme » ^. Cette affirmation est d'ailleurs parfaitement exacte, et nous croyons sans peine qu'aucune alliance de ce genre n'eût été possible sans l'attitude antispirite que M™* Blavatsky affichait depuis quelque temps, plus précisément depuis son affiliation à la H. B. of L. ; mais, tandis que les Brahmanes orthodoxes n'auraient vu dans cet accord sur un point purement négatif qu'une garantie extrêmement insuffisante, il n'en fut pas de même pour les « autres », ou tout au moinspour l'un d'entre eux, ce Dayânanda Saraswatî qu'Olcott appelait alors « un des plus nobles Frères vivants » -, et dont les correspondances, transmises en réalité par une voie toute naturelle, allaient bientôt se transformer en « messages astraux » émanés des « Mahâtmâs » thibétains. Pourtant, ce même Dayânanda SarasAvatî devait, en 1882, rompre son alliance avec la Société Théosophique, en dénonçant M'"'^ Blavatsky, qu'il avait eu l'occasion de voir de près dans l'intervalle, comme une « farceuse » (Irickster), et en déclarant « qu'elle ne connaissait rien de la science occulte des anciens Yogîs et que ses soi-disant phénomènes n'étaient dus qu'au mesmérisme, à des préparations habiles et à une adroite prestidigitation », ce qui était en effet la stricte vérité ^.
Au point où nous en sommes arrivé, une constatation s'impose : c'est que les noms des soi-disant « guides spirituels» de M'"^ Blavatsky, John Kingd'abord, Sérapis ensuite, et enfin le « Kashmiri brother », ne faisaient en somme que traduire les différentes influences qui se sont successivement exercées sur elle ; c'est là ce qu'il y a de très réel sous toute la fantasmagorie dont elle s'eatourait, et l'on a trop peu