‹ Le théosophismeChapitre 9 sur 163 · La CleJ de la Théosophie, p · texte numérisé non relu

La CleJ de la Théosophie, p

ment, les théosophistes devraient bien s'entendre entre eux pour faire concorder leurs affirmations ! Mais que faut-il penser, d'après son propre aveu, de la « pureté » et de la « spiritualité » de M°°^ Blavatsky à l'époque où elle était « contrôlée » par John King ?

Nous devons dire maintenant, pour n'avoir pas à y revenir, que M'"* Blavatsky et Olcott ne restèrent pas bien longtemps attachés à la H. B. of L., et qu'ils furent expulsés de cette organisation quelque temps avant leur départ d'Amérique *. Cette remarque est importante, car les faits précédents ont parfois donné lieu à de singulières méprises ; c'est ainsi que le D"" J . Ferrand, dans une étude publiée il y a quelques années -, a écrit ceci, à propos de la hiérarchie qui existe parmi les membres de la Société Théosophique : « Au-dessus des dirigeants qui constituent l'Ecole théosophique orientale (autre dénomination de la « section ésotérique »), il y a encore une société secrète, recrutée dans ces dirigeants, dont les membres sont inconnus, mais signent leurs manifestes des initiales H. B. of L. » Connaissant fort bien tout ce qui se rapporte à la H. B. of L. (dont les membres, d'ailleurs, ne signent point leurs écrits de ces initiales, mais seulement d'un « swastika »), nous pouvons affirmer que, depuis ce que nous venons de rapporter, elle n'a jamais eu aucune relation officielle ou officieuse avec la Société Théosophique ; bien plus, elle s'est constamment trouvée en opposition avec celle-ci, aussi bien qu'avec les sociétés rosicruciennes anglaises dont il sera question un peu plus loin, quoique certaines individualités aient pu faire partie simul-

I. Un ouvrage intitulé The Transcendenlal World, par C, G. Harrison, qui parut en Angleterre en 1894, semble contenir des allusions à ce fait et à l'antagonisme qui exista depuis lors entre la H. B. of L. et la Société Théosophique ; mais les informations qu'il contient relativement aux origines occultes de cette dernière ont un caractère trop fantastique et sont trop dépourvues de preuves pour qu'il nous soit possible d'en faire état.

a. La doctrine de la Théosopltie, son passé, son présent, son avenir : Revue de Philosophie,àoùl igiS, pp. ili-^2. — Le passage que nous citons ici se trouve à la p. 28.

tanément de ces différentes organisations, ce qui peut sembler bizarre dans de pareilles conditions, mais n'est pourtant pas un fait exceptionnel dans l'histoire des sociétés secrètes *. Nous possédons d'ailleurs des documents qui fournissent la preuve absolue de ce que nous avançons, notamment une lettre d'un des dignitaires de la H. B. of L., datée de juillet 1887, dans laquelle le « Bouddhisme ésotérique », c'est-à-dire la doctrine théosophiste, est qualifié de « tentatiA'e faite pour pervertir l'esprit occidental », et où il est dit encore, entre autres choses, que « les véritables et réels Adeptes n'enseignent pas ces doctrines de « karma » et de (( réincarnation » mises en avant par les auteurs du Bouddhisme Esotérique et autres ouvrages théosophiques », et que, u ni dans les susdits ouvrages ni dans les pages du Theosophist, on ne trouve une vue juste et de sens esotérique sur ces importantes questions ». Peut-être la division de la H. B. of L. en « cercle extérieur » et « cercle intérieur)> a-t-elle suggéré à M™^ Blavatsky l'idée de constituer dans sa Société une « section exotérique » et une « section esotérique » ; mais les enseignements des deux organisations sont en contradiction sur bien des points essentiels ; en particulier, la doctrine de la H. B. of L. est nettement « antiréincarnationniste », et nous aurons à y revenir à propos d'un passage à'Isis Dévoilée qui semble bien en être inspiré, cet ouvrage ayant été précisément écrit par M"^ Blavatsky pendant la période dont nous nous occupons actuellement. Reprenons maintenant la suite des événements: le 20 octo-

1. Le plus extraordinaire est peut-être que le Theosophist publia, en i885, une annonce de VOccull Magazine, de Glasgow, dans laquelle il était fait appel aux personnes qui désireraient « être admises comme membres d'une Fraternité Occulte, qui ne se vante pas de son savoir, mais qui instruit librement et sans réserve tous ceux qu'elle trouve dignes de recevoir ses enseignements ». Cette Fraternité, qui n'était pas nommée, n'était autre que la H. B. of L,, et les termes employés étaient une allusion indirecte, mais fort claire, aux procédés tout contraires dont usait la Société Théosophique, et qui furent précisément critiqués à plusieurs reprises dans l'Occalt Magazine (juillet et août i885, janvier 1886).

bre 1876, soit un peu moins de deux mois après l'entrée en scène de Sérapis, fut fondée à New-York une société dite « d'investigations spiritualistes » ; Olcotten était président, Felt et le D'' Seth Pancoast vice-présidents, et M™'' Blavatsky s'était contentée modestement des fonctions de secrétaire. Parmi les autres membres, nous citerons William Q. Judge.qui devait jouer par la suite un rôle considérable dans la Société Théosophique, et Charles Sotheran, un des hauts dignitaires de la Maçonnerie américaine. Disons à ce propos que le général Albert Pike, Grand-Maître du Rite Ecossais pour la juridiction méridionale des Etats-Unis (dont le siège était alors à Charleston), fréquenta aussi M™^ Blavatsky vers cette époque ; mais ces relations semblent bien n'avoir eu aucune suite ; il faut croire que Pike fut, en cette circonstance, plus clairvoyant que beaucoup dautres, et qu'il reconnut vite à qui il avait affaire. INous ajouterons, puisque l'occasion s'en présente, que la réputation d'Albert Pike comme écrivain maçonnique a été très surfaite : dans une bonne partie de son principal ouvrage, Morals and Dognia of Freemasonry, il n'a fait que démarquer, pour ne pas dire plagier, le Dogme et Rituel de la Haute Magie de l'occultiste français Eliphas Lévi.

Dès le 17 novembre 1876, la société dont nous venons de parler, qui n'avait guère encore que deux semaines d'existence, fut changée en « Société Théosophique », sur la proposition de son trésorier, Henry J. Newton, un riche spirite qui ignorait certainement tout de la théosophie, mais à qui ce titre plaisait sans qu'il sût trop pourquoi. Ainsi, l'origine de cette dénomination est purement accidentelle, puisqu'elle ne fut adoptée que pour faire plaisir à un adhérent qu'on avait tout intérêt à ménager à cause de sa grande fortune; du reste, les exemples abondent de gens riches qui, à un moment ou à un autre, furent séduits par les chefs de la Société Théosophique, et dont ceux-ci, en leur promettant toutes sortes de merveilles, tirèrent des subsides pour euxmêmes et pour leur organisation. C'est donc pour cette

unique raison que l'on passa outre à l'opposition de Felt, qui aurait préféré le titre de « Société Egyptologique » ; après avoir fait cependant une conférence sur la « kabbale égyptienne », Felt, qui en avait promis trois autres, disparut brusquement, laissant divers papiers entre les mains de M™® Blavatsky ; sans doute sa mission était-elle accomplie. Pour ce qui est de Newton, il ne tarda pas à se retirer de la Société, après s'être aperçu, de même que le juge R. B. Westbrook, des fraudes que M™^ Blavatsky commettait avec l'aide d'une certaine dame Phillips et de sa servante i.

La déclaration de principes de la première Société Théosophique débutait ainsi : « Le titre de la Société Théosophique explique les objets et les désirs des fondateurs : ils cherchent à obtenir la connaissancede la nature et des attributs de la Puissance suprême et des esprits les plus élevés, au moyen des procédés physiques (s«c). En d'autres termes, ils espèrent qu'en allant plus profondément que ne l'a fait la science moderne dans les philosophies des anciens temps, ils pourront être rendus capables d'acquérir, pour eux-mêmes et pour les autres investigateurs, la preuve de l'existence d'un univers invisible, de la nature de ses habitants s'il y en a, des lois qui les gouvernent et de leurs relations avec le genre humain. » Gela prouve que les fondateurs ne connaissaient guère, en fait de théosophie, que la définition fantaisiste qu'en donne le Dictionnaire américain de Webster, et qui est ainsi conçue : « Rapport supposé avec Dieu et les esprits supérieurs, et acquisition conséquente d'une science supra-humaine par des procédés physiques, les opérations théurgiques des anciens platoniciens, ou les procédés chimiques des philosophes du feu allemands. » De la déclaration de principes, nous extrairons encore les passages suivants : « Quelles que soient les opinions privées de ses membres, la Société n'a aucun dogme à faire prévaloir, aucun culte à propager...

I. Communication déjà mentionnée de M. William Emmett Coleman au Congrès de Chicago, i8g3.

Ses fondateurs, débutant avec l'espoir plutôt qu'avec la conviction d'atteindre l'objet de leurs désirs, sont animés seulement de l'intention sincère d'apprendre la vérité, d'où qu'elle puisse venir, et ils estiment qu'aucun obstacle, si sérieux soit-il, aucune peine, si grande soit-elle, ne saurait les excuser d'abandonner leur dessein. » C'est là, assurément, le langage de gens qui cherchent, et non celui de gens qui savent ; comment donc tout cela pourrait-il se concilier avec les prétentions extraordinaires émises ultérieurement par M"® Blavatsky ? On voit de mieux en mieux que l'initiation que celle-ci aurait reçue au Thibet est une pure fable, et que, malgré ce qu'affirme la comtesse Wachtmeister, elle n'avait point étudié en Egypte les mystères du Livre des Morts, dont Felt fut probablement le premier à lui faire connaître l'existence.

Cependant, au bout de peu de temps, un nouveau changement se produisit : Sérapis, qui avait remplacé John King, fut remplacé à son tour par un « Kashmiri brother » ; que s'était-il donc encore passé ? Olcott et M'^^ Blavatsky avaient conclu, par l'entremise d'un certain Hurrychund Chintamon (à l'égard duquel cette dernière, pour des motifs que nous ignorons, manifestait plus tard une véritable terreur),. « une alliance offensive et défensive» ^ avec l'ylrya -Sa/no/, association fondée dans l'Inde, en 1870, par le Swàmî Dayânanda Saraswatî, et leur Société Théosophique devait désormais être regardée comme constituant une section de cette association. C'est à ce propos que M"'^ Blavatsky, déguisant la vérité comme cela lui arrivait si souvent, écrivait au moment de l'apparition de son Isis Dévoilée : « J'ai reçu le grade A'Arch Audilor de la principale Loge maçonnique de l'Inde ; c'est la plus ancienne des Loges maçonniques, et l'on dit qu'elle existait avant Jésus-Christ » -. Or i'Arya Samâj était d'origine toute récente et n'avait rien de maçon-

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