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I. The Link, organe théosopbiste

2o8 LE THÉOSOPHISME

trop ardente, furent contraints, ainsi que le principal luimême, de donner leur démission. Un journal hindou, le Behari, résumai fort bien l'impression générale en ces termes : « Si un mouvement doit être jugé par ses coryphées et si Leadbeaterest un coryphée du théosophisme, alors le théosophisme, pour les profanes, n'est qu'une énigme tenant le milieu entre des indécences scabreuses et des prétentions audacieuses, entre un enseignement repoussant et une incroyable présomption. »

Tout cela finit par émouvoir le père de Krishnamurti et Nityânanda, M. G. Narayaniah (ou Narayan lyer), qui était cependant un théosophiste convaincu, appartenant à la Société depuis 1882, et qui remplissait depuis 1908, sans rémunération, les fonctions de secrétaire-correspondant adjoint de la « section ésotérique » à Adyar (son nom théosophique était Antarès) ; il voulut révoquer la délégation de ses droits de tutelle qu'il avait consentie le 6 mars 1910, et demanda à la Haute-Cour de Madras que ses fils lui fussent rendus. Après un procès dont le Times reproduisit tous les détails, le juge Bakewell ordonna, le 18 avril 1918, que les jeune gens fussent restitués à leurs parents avant le 26 mai, en déclarant que le père était toujours le tuteur naturel de ses enfants ; dans les considérants de ce jugement, nous lisons textuellement ceci : a M. Leadbeater convint dans sa déposition qu'il a eu et qu'il continue d'avoir des opinions que je n'ai pas à spécifier autrement que comme étant sans contredit immorales et de nature à le disqualifier en tant qu'éducateur de jeunes garçons, et qui, ajoutées à son prétendu pouvoir de percevoir l'approche de pensées impures, font de lui un compagnon très dangereux pour des enfants. Il est vrai qu'aussi bien lui que la défenderesse ont déclaré qu'il a promis de ne pas exprimer et de ne pas mettre en pratique ces opinions, mais un père ne devrait pas être tenu de se fier à une promesse de ce genre » *.

1. Les théosophistes na pourront pas contester l'exactitude de ce texte, car

M-S TRirujI.ATIONS D ALCTONE '20()

M'''^'Besai>l iil aussitôt appel de ce jugement, et, cet appel ayant été rejeté à Madras le 29 octobre 1918, elle prit le parti de s'adresser aux tribunaux d'Angleterre : ses deux pupilles étaient alors à Oxford pour y achever leur éducation (singulière préparation pour une mission messianique !) ^, et, dûment stylés par leur entourage (M. Arundale s'était fait leur précepteur particulier), ils déclarèrent qu'ils refusaient de retourner dans l'Inde-. Cette fois, l'appel de M™6 Besant fut admis à Londres, le 5 mai 191/i, par le comité judiciaire du Conseil privé •', et les choses restèrent en l'état ; naturellement, les théosophistes célébrèrent comme un triomphe cette décision, à laquelle on peut croire que certaines influences politiques n'avaient pas été étrangères (nous verrons ailleurs qu'on avait déjà essayé de les faire jouer à Madras), et un de leurs organes français écrivit à ce sujet : « M™^ Annie Besant vient de gagner le procès qui avait été intenté contre elle. C'est là une bonne nouvelle qui ne nous surprend pas, car nous l'attendions. Notre mouvement ne s'en imposera dès à présent qu'avec une force plus irrésistible encore » *. Pourtant, depuis cette époque, il fut beaucoup moins question d'Alcyone, et il semble même qu'on n'en parle plus du tout aujourd'hui ; tous CCS incidents étaient sans doute par trop défavorables à l'accomplissement de la mission qu'on lui destinait, et d'ailleurs on avait eu la prudence de ne le présenter tout d'abord que comme un « annonciateur », tout en faisant entrevoir assez

nous le prenons dans une brochure intitulée Le Procès de Madras {p. 64), « publication réservée aux membres de la Société Théosophique », à qui, dans sa préface datée du r5 septembre igiS (p. 3), M. Charles Blech recommande formellement « de ne pas répandre ces documents au dehors, de ne pas mentionner même cette brochure en dehors du cercle restreint de nos membres ».

I. Ce qui est le plus amusant, c'est que M™* Besant avait déclaré expressément, devant la Haute-Cour de Madras, qu'elle avait envoyé Krishnamurti « suivre une Université anglaise de manière à le préparer à devenir un instructeur spirituel » (Le Procès de Madras, p. a8).

ï. Times, a8 janvier 1914.

?^. Dnily Mail, C mai if)i4.

l\. Le Théosophe, iGmai igWi.

LC THl!oe>nrBIHMK, S 4

clairement le rôle plus important qui devait lui être dévolu par la suite : de cette façon, on se réservait assez adroitement une autre issue pour le cas où les événements viendraient à mal tourner.

Cependant, on avait été moins prudent au cours du procès de Madras, et « certaines déclarations faites sous la foi du serment, pendant les débats de ce procès, sont sans nul doute les plus extraordinaires qui aient jamais été faites en plein prétoire : ainsi, par exemple, M^^ Besant déclara sous la foi du serment qu'elle s'était trouvée dans la présence du Chef Suprême de l'Evolution de la terre (le Logos planétaire) ; qu'elle a été consciemment présente à 1' « Initiation » de Krishnamurti à un certain endroit dans le Thibet ; qu'elle a toutes les raisons de croire que le Christ, ou le Seigneur Maitreya, ainsi qu'on Le nomme en Orient, se servira, d'ici quelques années, pour Son travail parmi les hommes, du corps du dise pie Krishnamurti, de même qu'il y a deux mille ans II se servit du corps du disciple Jésus ; et qu'à une certaine réunion à Bénarès le Christ avait paru et, pendant quelques minutes, avait « adombré » Son « Elu ». M. Leadbeater fit, sous la foi du serment, des déclarations analogues et d'autres encore, disant qu'il avait fait des recherches sur Mars et sur Mercure, qu'il pouvait voir les pensées des hommes, et qu'il avait été chargé, il y a bien des années, par certains Etres Surhumains, de chercher des jeunes gens adaptés au travail spirituel dans l'avenir. Plusieurs déclarations dans ces deux dépositions laissaient aussi entendre que M°ie Besant et M. Leadbeater se trouvaient en communication constante avec les« Chefs intérieurs ))de la Société Théosophique, généralement appelés les Maîtres » ^. On croit rêver en lisant toutes ces choses, et l'on comprend qu'unjournal hindou, le Poona Mail, ait écrit que M^^ Besant, qui aurait été jusqu'à dire à M. Narayaniah que Leadbeater était

I. The Madras Standard, 3/1 avril 191 3 (article signé C. L. Peacock, écrit pour la défeHse de M. Leadbeater).

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