I. Jérémie, xxv
LE MORALISME THÉOSOPHISTE 269
nous signalerons 1' « Ordre indépendant des Bons Templiers », autre association d'origine américaine, qui exige aussi le serment formel du secret, sous prétexte d'habituer ses membres à être maîtres d'eux, et qui a de nombreuses attaches avec la Maçonnerie ; à côté des Loges d'adultes, où les membres des deux sexes sont admis à partir de seize ans, cet Ordre possède des Loges enfantines ou « Temples de la Jeunesse ». 11 existe plusieurs branches de cette organisation dans divers pays d'Europe : Angleterre, pays Scandinaves, Allemagne, Hongrie, Suisse, Belgique et France ; en 1906, le « Grand Chef Templier international » était M. Wawrinski, député au Parlement suédois ; le chef de la branche française est le D"" Legrain, médecin-chef de l'asile de Ville-Evrard 1.
L'antialcoolismefait aussi partie des enseignements théosophistes : « L'alcool, a écrit M'"* Blavatsky, est un pire ennemi que la viande pour l'avancement spirituel et moral, car, sous quelque forme que l'on s'en serve, la condition psychique de l'homme en éprouve une influence directe marquée et très nuisible » '-. Quant au végétarisme, les raisons pour lesquelles les théosophistes le préconisent sont de différentes sortes ; tout d'abord, on met en avant, là aussi, la question de 1' «évolution spirituelle» : « L'homme qui se nourrit de la chair des animaux absorbe aussi quelquesunes des propriétés de l'animal dont cette chair provient. La Science Occulte enseigne et prouve à ses disciples, par une démonstration oculaire (sic), que l'effet « abrutissant » et « animal » produit sur l'homme par cette nourriture a le plus de force lorsqu'il s'agit delà chairdes grands animaux, moins par celle des oiseaux, moins encore par celle des poissons et des autres animaux à sang froid, mafs que la nourriture qui a le moins d'influence de ce genre est celle qui
I. Le D'' Legraia appartient en même temps à la Maçonnerie : il fut, en 1901, vénérable de la Loge La Jérusalem Ecossaise. a. La Clef de la Thêosophie, p. 869.
provient des végétaux... Nous conseillons réellement, à ceux qui veulent se vouer à une étude sérieuse, de ne prendre que la nourriture qui sera la moins lourde pour leurs cerveaux et pour leur corps et qui contribuera le moins à retarder et à entraver le développement de leur intuition, ainsi que de leurs pouvoirs et de leurs facultés intérieures » ^. Gomme le montrent ces derniers mots, c'est surtout en vue de certains « entraînements psychiques » que le végétarisme est tout spécialement recommandé, sinon même imposé, aux membres de la « section ésotérique » ; mais, si M""® Blavatsky l'avait réellement cru aussi nécessaire à cet égard qu'elle le prétendait, il est probable qu'elle eût commencé par l'adopter pour son usage personnel, ce qu'elle ne fit jamais ; on ne peut, il est vrai, adresser le même reproche à M"^ Besant. Les raisons précédentes sont assurément très discutables, mais, en toutcas, elles sont beaucoup moins ridicules que les considérations sentimentales qu'on y ajoute pour justifier le végétarisme d'une façon plus générale, et qui sont même celles sur lesquelles les théosophistes actuels paraissent insister le plus : nous sommes les frères des animaux, disent-ils, et on ne doit pas dévorer ses frères, même s'ils sont moins « évolués » que nous ; on pourrait leur répondre que, de la façon dont ils comprennent l'évolution, nous sommes aussi les frères des végétaux, voire même des minéraux, de sorte que leur raisonnement, rigoureusement poursuivi et appliqué, nous condamnerait à mourir de faim purement et simplement. Ce n'en est pas moins pour ce motif surtout que la plupart des théosophistes tiennent beaucoup au régime végétarien, auquel ils ajoutent toutefois d'ordinaire le lait et les œufs, qui sont pourtant bien des substances animales ; il est vrai qu'il y a dans le végétarisme plusieurs variétés et plusieurs degrés. Il ne s'agit pas, dans notre pensée, de condamner absolument le végétarisme en lui-même, mais ce qu'on peut dire raison-