Ibid., pp. i3o-i3i
ce qui ne peut que leur faire perdre tout caractère sérieux aux yeux de beaucoup de gens sensés.
Pour le végétarisme, nous pouvons trouver l'occasion de rapprochements tout à fait analogues à ceux que nous avons faits pour l'antialcoolisme ; et, pour commencer, nous dirons que la doctrine antoiniste, dont il a été question au chapitre précédent, recommande également le régime végétarien. D'un autre côté, nous connaissons une société secrète anglaise appelée « Ordre de la Réconciliation » [Order oj the Atonemeni), dont le siège est à Brighton, et qui possèdedes « Grands Temples » àParis,à Jérusalem età Madras ; cette organisation se défmit comme « un Ordre strictement templier et végétarien », deux choses entre lesquelles il est assurément difficile d'apercevoir la moindre relation logique ; du reste, on ne s'explique pas beaucoup mieux la dénomination de « Bons Templiers » appliquée à une association antialcoolique. Cet « Ordre de la Réconciliation » prétend tirer son origine « du Temple de loua (^sic), dans la Cité Sainte », c'est-à-dire du Temple édifié par Salomon à Jérusalem, exactement comme la Maçonnerie ; ses membres prennent l'engagement de consacrer tous leurs efforts à hâter l'avènement de 1' a Age d'Or ». Cette dernière expression, qui désigne évidemment ici l'époque où les hommes s'abstiendront de toute nourriture animale, fait penser à une autre association, fondée en Angleterre en 1896, et qui porte précisément le nom d' « Ordre de l'Age d'Or » ; les membres de cette organisation, qui se qualifient modestement de « Chevaliers de la Rédemption », vont beaucoup plus loin que les théosophistes dans le sens d'un strict végétarisme : non seulement ils proscrivent toute substance d'origine animale, mais encore ils sont « fruitariens » et s'abstiennent de tout aliment cuit ; il serait difficile de se montrer plus rigoureux. Cet Ordre, qui exprime son « idéal d en des formules particulièrement pompeuses et déclamatoires, a des adhérents dans l'Amérique du Nord, ce qui n'a rien d'étonnant, et même dans l'Inde ; dans cette dernière con-
LE MORALISME THÉOSOPHISTE 2']3
Irée, ils se recrutent à peu près exclusivement parmi les Jaïnistes. Le même Ordre compte parmi ses membres les plus éminents le D"^ Wu-ting-fang, qui, en Chine, fut ministre dans le gouvernement provisoire révolutionnaire de Sun-yat-sen (qui, après s'être réfugié quelque temps au Japon, s'est fait récemment élire président d'une République chinoise du Sud, et qui, disons-le en passant, est protestant et appartient à la Maçonnerie américaine). Enfin, il revendiquait aussi comme « fruitarien » le président de la République mexicaine Francisco Madero (assassiné en 191 3), qui était en même temps un occultiste et un Maçon de haut grade : il y a entre tout cela des relations bien inattendues. Mais en voilà assez sur ce sujet, que d'aucuns estimeront peut-être peu sérieux et peu digne de retenir l'attention ; si pourtant nous nous y sommes arrêté, c'est que ces choses, si extravagantes qu'elles soient, sont loin d'être aussi inoffensives et aussi négligeables que pourrait le croire un observateur trop superficiel ; c'est aussi qu'elles montrent assez clairement quels sont les courants de la mentalité moderne auxquels s'apparente le théosophisme, et nous pensons qu'il ne sera pas inutile d'insister encore sur ce dernier point.
LI THBOSOPHISMB.