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Lotus Bleu, 7 décembre 1890 et 27 mars iSgS

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sinon parmi ses membres, du moins parmi ses protecteurs et bienfaiteurs, le Maharaja de Kapurtbala, autre haut dignitaire de la Maçonnerie britannique, qui, en 1892, lit don d'une somme de deux mille roupies au « Budget commémoratoire de H. P. B. ^, destiné à la publication de traductions orientales » 2. Et, puisque nous venons de faire allusion à la Maçonnerie dans l'Inde, voici un simple fait qui permettra de se rendre compte de ce que peut y être son rôle : le chef de la police secrète indigène était, en 1910, Député Grand-Maître de la Grande Loge de District du Bengale, fonction qu'avait remplie précédemment le Maharaja de Cooch-Behar.

jNaturellement, l'appui gouvernemental prend pour prétexte les œuvres d'éducation qu'a fondées la Société Théosophique ; mais il se justifie surtout, en réalité, par la lutte qu'elle mène, précisément au moyen de ces œuvres, et aussi de diverses autres organisations, contre les institutions traditionnelles hindoues, en particulier contre l'institution des castes, à l'égard de laquelle les Européens ne montrent généralement tant d'hostilité que parce qu'ils sont incapables de comprendre les principes profonds sur lesquels elle repose ; du reste, la civilisation hindoue est tout entière basée sur une tradition qui se rattache à des principes d'ordre purement métaphysique. Bien entendu, les vrais Hindous, qui sont essentiellement traditionalistes, et qui, pour la raison que nous venons dédire, ne peuvent pas ne pas l'être, se gardent bien d entrer en contact avec un tel milieu, d'autant plus qu'ils ne sauraient pardonner au théosophisme la déQatnration des doctrines orientales ; aussi témoignentils un profond mépris à ceux de leurs compatriotes, bien rares d'ailleurs, qui se sont affiliés à cette Société, et qui.

1. Les théosophistes désigaent très fréquemment M™b Blavatsky par ces seules initiales.

2. Lotus Bleu, 37 septembre 1892. — Nous mentionnerons encore le Maharaja de Durbungha, membre de la Société Théosophique, qu'il dota d'une somme de vingt-cinq mille roupies (Z,e Lolas, mars et juillet it;88)

ROLE POLITIQUE DE LA SOCIÉTÉ TIlÉOSOPHIQUE 285

par contre, comme ceux qui consentent à entrer dans la Maçonnerie, sont fort bien vus du gouvernement britannique, dont ils obtiennent parfois d'avantageuses situations. C'est ainsi, par exemple, qu'on plaça à la tète du service archéologique du Kashmir, il y a quelques années, le théosophiste J.C. Chatterji, auteur de plusieurs ouvrages ^ qui, malgré leurs titres et leurs prétentions, sont plus souvent inspirés de la philosophie évolutionniste (et très u exotérique ))) d'Herbert Spencer que de l'antique doctrine orientale. Quant à M^^ Besant, ses protestations d'amitié à l'égard des Hindous n'ont jamais été prises au sérieux par ceux-ci : dès 1894, à l'époque où elle déclarait encore qu' « être converti au Christianisme est plus mauvais que d'être un sceptique ou un matérialiste », tout en se proclamant ellemême convertie à l'Hindouisme -, M. S. C. Mukhopâdyâya écrivait, dans la revue Liglilofthe East, que cet Hindouisme était du « pur battage », et qu'il n'y avait, autour de cette « Bouddhiste de fantaisie », que quelques centaines de théosophistes à peine sur deux cent cinquante millions d'Hindous ; et, considérant M™^ Besant comme un simple agent politique anglais, il concluait en mettant ses compatriotes en garde contre elle, et en leur conseillant de résister plus que jamais à toute intrusion étrangère. Beaucoup plus tard, voici en quels termes, de la plus énergique sévérité, l'œuvre de M™6 Besant était jugée par des patriotes hindous : <( M™6 Besant s'est fait remarquer par beaucoup de choses dans sa vie aventureuse, mais son dernier rôle est celui d'une ennemie subtile et dangereuse du peuple hindou, chez lequel elle voltige comme une chauve-souris dans les ténèbres de la nuit... Demêmequeles sirènes entraînent par leurs chants les hommes à la ruine, cette femme éloquente et douée attire la jeunesse hindoue à sa destruction, par ses

I . Philosophie Esolériqae de l'Inde ; [ Vision des Sages de l'Inde ; Le Réalisme Hindou.

a. The Two Worlds, 20 avril 1894.

paroles mielleuses et mensongères. Le poison de sa parole argentée, bu par ses auditeurs charmés, est plus mortel que le venin du serpent... Depuis l'établissement du «Central Hindu Collège » à Bénarès, M™^ Besant s'est enfoncée de plus en plus dans la fange de l'hypocrisie et du mensonge. Peut-être la passion orgueilleuse de la supériorité imaginaire de sa race a-t-elle vaincu sa ferveur religieuse. Elle a toujours été instable et inconstante dans son attachement aux idées et aux causes. Cette qualité de sa mentalité a amené M. W. T. Stead à la nommer « la femme sans conviction stable ». Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à présent elle est complètement d'accord avec les plans de la caste étrangère qui gouverne les Indes et doit être comptée parmi les ennemis de l'Inde... Quelle est donc la fonction de M^e Besant dans les rangs des agents officiels ? Quelle méthode suit-elle ? On lui a confié la délicate mission de contrôler le système religieux hindou de l'intérieur. Le gouvernement ne peut toucher à notre religion directement et ouvertement. Mais la bureaucratie étrangère ne peut laisser tranquille une organisation aussi vasteet aussi influente, parce qu'elle craint toute institution qui peut unifier la race conquise. Par conséquent, les espions et les imposteurs sont envoyés déguisés pour entrer dans cette citadelle et tromper les gardiens. M^^ Annie Besant et ses collègues de Bénarès, comme le D*" Richardson et M. Arundale.sont des impérialistes anglais, qui travaillent avec l'idée de contrôler la vie religieuse hindoue. Ils sont comme des loups dans des peaux de moutons et sont plus à redouter et à condamner que les ennemis brutaux et grossiers de l'Inde... C'est pourquoi elle a traduit la B/m^ayac/ Gîta et fondé le « Central Hindu Collège » 1. Maintenant, elle a consacré toute son énergie à la

I. Ajoutons que cet établissement se trouve en concurrence avec le « Dayânanda Anglo-Vedic Collège » de Lahore, fondation de VArya Samâj ; c'est ainsi que M™- Besant, tout en accomplissant son propre travail, venge à l'occasion les injures faites jadis à M™* Blavatsky,

propagande impérialiste de la Grande-Bretagne » i. Et, par contre, ceux que ces mêmes patriotes hindous regardent comme des traîtres à leur cause n'ont que des éloges pour M™^ Besant et son œuvre : nous n'en voulons pour preuve que le chaleureux plaidoyer publié en leur faveur, en juin igiS, et à l'occasion des procès de Madras, par le Rajput Herald, revue paraissant à Londres, qui se proclame « dévouée à l'Impérialisme » et sur la couverture de laquelle s'étale une carte de « l'Empire sur lequel le soleil luit toujours » {ihe Empire on which the siin ever shines) ; voilà, certes, une amitié bien compromettante. Du reste, M^^ Besant elle-même ne devait-elle pas, en janvier 191/i, créer àAdyar un nouveau périodique intitulé The Commonwealth, destiné plus particulièrement à l'Inde, et portant cette devise : « Pour Dieu, la Couronne et le Pays » (For God, Croivn and Coiintry) ? Longtemps auparavant, elle se faisait déjà gloire d'avoir obtenu, pour son « Central Hiudu Collège », un portrait signé du roi Edouard VII, moyennant la gracieuse intervention de la princesse de Galles - ; et n'est-ce pas elle aussi qui a fait inscrire, dans les statuts de la Co- Maçonnerie britannique, que celle-ci (y compris les Loges de l'Inde) « exige de ses membres la loyauté envers le Souverain » 3 p On sait en quel sens les Anglais entendent, en matière politique, les termes de « loyauté » et de « loyalisme » ; tout cela est donc parfaitement concluant et ne nous laisserait aucun doute, même si nous n'avions pas eu d'autres informations directes, et toutes concordantes, qui sont encore venues renforcer notre conviction.

D'ailleurs, nous pouvons citer quelques textes qui, dans le même ordre d'idées, sont assez édifiants aussi : il y a une dizaine d'années, M^^ Besant déclarait, dans une conférence faite à Lahore, « que l'invasion étrangère a souvent servi au

1. La Sirène indienne, extrait du journal hindou Bandé Mdiaram, mars 191 1.

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