‹ Le théosophismeChapitre 29 sur 163 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'incident du professeur Kiddle avait été un premier coup porté publiquement à la Société Théosophique; Sinnett, qui avait tout d'abord gardé le silence sur cette affaire, se décida à présenter, dans la quatrième édition du Monde Occulte, une explication assez maladroite fournie par Koot Hoomi lui-même : l'apparence du plagiat était due, disait celui-ci, à la maladresse et à la négligence d'un « chéla » (disciple régulier) qu'il avait chargé de « précipiter » et de transmettre son message, et qui en avait omis précisément la partie qui montrait que le passage incriminé n'était qu'une citation. Le « Maître « se trouvait obligé d'avouer qu'il avait eu l'a imprudence » de laisser partir sa lettre sans l'avoir relue pour la corriger ; il paraît qu'il était trèsfatigué, et il faut le croire, car il avait singulièrement manqué de « clairvoyance » en cette occasion '. Après avoir rétabli ce qui devait être le texte intégral du message et avoir présenté à M. Kiddle de bien tardives excuses, Sinnett, faisant contre fortune bon cœur, terminait en ces termes : a Nous ne devons pas regretter trop l'incident, car il a donné lieu à des ex-

I. Le Monde Occulte, pp. 279-28/1. — Voir à ce sujet une chronique d'Anatole France dans le Temps du 24 avril 1887, et une autre de Georges Montorgueil dans le Paris du 2g avril 1887,

6o LE THÉOSOPHISME

plications utiles et nous a permis de connaître plus intimement quelques détails pleins d'intérêt, ayant rapport aux méthodes dont les adeptes se servent parfois pour leur correspondance » ^ .

Sinnett voulait parler des explications du soi-disant Koot Hoomi sur les procédés de « précipitation » ; mais les vraies méthodes qui étaient employées réellement pour cette correspondance, ce sont les déclarations de M. Allen 0. Hume qui, vers la même époque, avaient commencé à les faire connaître. Si les phénomènes se produisaient plus facilement et plus abondamment au quartier général de la Société que partout ailleurs, les causes n'en étaient peut-être pas « le magnétisme supérieur et sympathique possédé par M""^ Blavatsky et une ou deux autres personnes, la pureté de vie de tous ceux qui y résident habituellement, et les influences que les Frères eux-mêmes y répandent constamment » ^. La vérité est que M""^ Blavatsky, à Adyar, était entourée de compères qu'elle n'aurait pu emmener partout avec elle sans éveiller des soupçons : sans parler d'Olcott, il y avait là tout d'abord les époux Coulomb, ses anciens associés du « club à miracles » du Caire, qu'elle avait retrouvés dans l'Inde peu après son arrivée ; il y avait aussi un certain Babula, qui avait été au service d'un prestidigitateur français, et qui se vanta lui-même d'avoir « fabriqué et montré des Mahâtmâs en mousseline », tout comme les faux médiums à « matérialisations » ; il y avait encore plusieurs des prétendus « chélas », comme DamodarK. Mavalankar, Subba Rao et Mohini Mohun Chatterjee, qui aidaient M'^^Blavatsky à écrire les « lettres précipitées », ainsi qu'ellemême l'avoua plus tard à Solovioff^. Enfin, quand tous ces aides conscients ne suffisaient pas, il y avait encore les complices inconscients et involontaires, comme Dhabagiri

Page 1