LE BOUDDHISME ÉSOTÉRIQUE
Nous avons dit dès le début qu'il n'y a pas à proprement parler de doctrine théosophiste, et l'on peut déjà s'en rendre compte maintenant par les quelques exemples de variations et de contradictions que nous avons donnés, soit chez M™^ Blavatsky elle-même, soit entre elle et ses successeurs ; lemotdedoctrinenepeuts'appliquer proprement en pareil cas. Cependant, la Société Théosophique prétend bien avoir une doctrine, ou plutôt elle prétend à la fois qu'elle n'en a pas et que pourtant elle en a une. Voici, en effet, ce que dit :^j[me Blavatsky elle-même : « Lorsque nous disons que la Société n'a aucune doctrine particulière, cela signifie qu'aucune croyance particulière n'est obligatoire ; mais cela ne s'applique, naturellement, qu'à la généralité des membres. Vous savez que la Société est divisée en cercles intérieur et extérieur. Les membres du cercle intérieur (c'est-à-dire de la « section ésotérique ») ont, en effet, une philosophie, ou, si vous le préférez, un système religieux particulier » *. Ainsi, la croyance à cette doctrine est « obligatoire » tout au moins pour les membres qui veulent aller plus loin que le « cercle extérieur» ; sans doute, dans celui-ci, on fait preuve, en principe, de la plus large tolérance, en y admettant des personnes qui professent toutes les opinions ; mais, même là,
I, La Clef de la Théosophie, p. 86.
LE BOUDDHISME ESOTERIQUE lOI
celte tolérance disparaît bien vite si ces personnes se permettent de discuter certains « enseignements », et on sait bien, lorsqu'une telle chose arrive, leur faire comprendre que leur place n'est pas au sein de la Société. Quant à la « section ésotérique », ceux qui ont fait preuve du moindre esprit critique peuvent être sûrs qu'ils n'y pénétreront jamais ; d'ailleurs, la demande d'admission que l'on fait signer aux candidats comporte une formule par laquelle ils doivent affirmer expressément l'authenticité d'enseignements dont ils sont censés ne rien connaître encore !
Ce soi-disant « système religieux particulier », qui constitue la doctrine officielle du théosophisme, et qu'on présente tout simplement comme « l'essence même de toutes les religions et de la vérité absolue » ' , porte la marque fort visible des sources multiples et discordantes d'où il a été tiré : loin d'être !'« origine commune » de toutes les doctrines, comme on voudrait le faire croire, il n'est que le résultat des emprunts qui y ont été faits sans grand discernement, et auxquels on s'est efforcé de donner artificiellement une apparence d'unité qui ne résiste pas à l'examen. Ce n'est en somme qu'un mélange confus de néo-platonisme, de gnosticisme, de kabbale judaïque, d'hermétisme et d'occultisme, le tout groupé tant bien que mal autour de deux ou trois idées qui, qu'on le veuille ou non, sont d'origine toute moderne et purement occidentale. C'est ce mélange hétéroclite quia été présenté tout d'abord comme le « Bouddhisme ésotérique » ; mais, comme il était tout de même trop facile de s'apercevoir qu'il ne présentait avec le vrai Bouddhisme que des rapports bien vagues, il fallut essayer d'expliquer comment il pouvait être du Bouddhisme tout en n'en étant pas : « L'erreur (qui consiste à croire que nous sommes tous disciples de Gautama Bouddha) est venue d'un manque de compréhension du sens réel du titre de l'excellent ouvrage de M. A. P. Sinnett : Esoteric Buddhism ; ce dernier mot