‹ Le théosophismeChapitre 59 sur 163 · I . Lu Clef de la Tliéosophie, pp. 83-8/i · texte numérisé non relu

I . Lu Clef de la Tliéosophie, pp. 83-8/i

aurait dû être écrit avec un seul d, et alors Budhism aurait eu le sens réel qu'il devait avoir, celui de Religion de la Sagesse (de bodha, hodhi, intelligence, sagesse), au lieu de Bouddhisme, la philosophie religieuse de Gautama » ^. Pour montrer le peu de valeur de cette distinction subtile, il suffit de dire qu'il y a aussi en sanscrit, pour désigner l'intelligence, \emoi biiddhi, qui s'écrit (ou plutôt se transcrit) avec deux d ; signalons en passant, à propos de ce dernier terme, que M"^ Besant a décidé de le traduire par « raison pure » , alors que ce qu'il signifie exactement est l'w intuition intellectuelle »; le changement de terminologie ne suffît pas pour faire disparaître les confusions ! En toute rigueur, le « Boudhisme » (avec un seul d) ne pourrait signifier que la« doctrine de Mercure », c'est-à-dire un équivalent « sanscritisé », si l'on peut s'exprimer ainsi, de l'a hermétisme » gréco-égyptien ; mais l'idée de cette interprétation semble n'être jamais venue aux théosophistes, car nous ne pensons pas qu'il y ait eu là une allusion volontaire et directe aux enseignements d'un autre « Mercure », qui n'était encore connu alors que sous le uom de Koot Hoomi, et c'est vraiment dommage, car une telle allusion n'eût pas été dépourvue d'une certaine ingéniosité.

La déclaration que nous venons de reproduire n'empêche pas M™^ Blavatsky de contribuer elle-même à maintenir l'équivoque, en exposant aussitôt après que le Bouddhisme (avec deux d) comporte à la fois des enseignements exotériques et des enseignements ésotériques, de sorte qu'on est tout naturellement amené à se demander jusqu'à quel point le « Bouddhisme ésotérique » et le « Boudhisme ésotérique » peuvent être vraiment distincts l'un de l'autre. Du reste, Sinnett avait bien présenté la prétendue « doctrine ésotérique » qu'il était chargé d'exposer comme provenant du Bouddhisme proprement dit, ou d'une de ses branches, et en même temps comme constituant un lien entre celui-ci

I. La Clef de la Théosophie, p. 20. — Cf. Le Lotus, septembre 1887, p. SîS.

LE BOUDDHISME ÉSOTÉRIQUE Io3

elle Brahmanisme ; il établissait même ce lien de la façon la plus extraordinaire, en faisant de ShankarAchArya, qui fut un des plus irréductibles adversaires du Bouddhisme dans l'ïnde, une « seconde incarnation » de Bouddha ^ et cela d'après les assertions d'un Brahmane « initié » du Sud de l'Inde, (( sanscritiste des plus distingués et occultiste des plus sérieux >; -, qui n'était autre que Subba Rao. Malgré tout, Sinnett ne pouvait s'empêcher de reconnaître que « cette manière de voir n'est nullement acceptée parles autorités hindoues non initiées », c'est-à-dire, en réalité, non théosophistes ; or tout Hindou ayant quelque autorité n'a jamais eu que le plus profond mépris pour le théosophisme, et, de plus, ce n'est certes pas à Madras qu'il faut aller si l'on veut trouver des « sanscri listes distingués ». Il est vraiment bien facile, pour prévenir les objections de ses adversaires, de proclamer qu'ils ne sont pas « initiés », mais il le serait peut-être un peu moins de montrer des « initiés » de la sorte dont il s'agit qui n'aient aucune attache avec les milieux théosophistes.

En effet, la vérité est qu'il n'y eut jamais de « Bouddhisme ésotérique » authentique ; si l'on veut trouver de l'ésotérisme, ce n'est point là qu'il faut s'adresser, car le Bouddhisme fut essentiellement, à ses origines, une doctrine populaire servant d'appui théorique à un mouvement social à tendance égalitaire. Dans l'Inde, ce ne fut qu'une simple hérésie, qu'aucun lien réel n"a jamais pu rattacher à la tradition brahmanique, avec laquelle elle avait au contraire rompu ouvertement, non seulement au point de vue social, en rejetant l'institution des castes, mais encore au point de vue purement doctrinal, en niantl'autorité du « Véda ». Du reste, le Bouddhisme représentait quelque chose de tellement contraire à l'esprit hindou que. depuis longtemps, il a complètement disparu de la contrée où il avait pris nais-

Page 1