‹ Le théosophismeChapitre 60 sur 163 · Ibid., p. 22 ï · texte numérisé non relu

Ibid., p. 22 ï

lOZf LE THEOSOPHISME

sance ; il n'y a plus guère qu'à Ceylan et en Birmanie qu'il existe encore à l'état à peu près pur, et, dans tous les autres pays où il s'est répandu, il s'est modifié au point de devenir tout à fait méconnaissable. On a généralement, en Europe, une tendance à s'exagérer l'importance du Bouddhisme, qui est certainement de beaucoup la moins intéressante de toutes les doctrines orientales, mais qui. précisément parce qu'il constitue pour l'Orient une déviation et une anomalie, peut sembler plus accessible à la mentalité occidentale et moins éloigné des formes de pensée auxquelles elle est accoutumée. C'est probablement là la principale raison de la prédilection dont l'étude du Bouddhisme a toujours été l'objet de la part de la grande majorité des orientalistes, encore que, chez quelques-uns d'entre eux. il s'y soit joint des intentions d'un tout autre ordre, qui consistaient à essayer d'en faire l'instrument d'un antichristianisme auquel il est évidemment, en soi, tout à fait étranger. Emile Burnouf, en particulier, ne fut pas exempt de ces dernières préoccupations, et c'est ce qui le poussa à s'allier aux théo^ sophistes, animés du même esprit de concurrence religieuse ; il y eut aussi en France, il y a quelques années, une tentative faite, sans grand succès d'ailleurs, pour propager un certain « Bouddhisme éclectique » assez fantaisiste, inventé par Léon de Rosny, à qui, bien qu'il ne fût pas théosophiste S Olcott décerna des éloges dans l'introduction qu'il écrivit spécialement pour la traduction française de son Catéchisme Bouddhique.

D'un autre côté, on ne peut pas nier que la Société Théosophique ait tenté de s'annexer le Bouddhisme, même simplement « exotérique » ; cette tentative fut marquée en premier lieu par la publication, en 1881, de ce Catéchisme Bouddhique d'Olcott que nous venons de mentionner. Cet opuscule était revêtu de l'approbation du Rév. H. Sumangala, principal du VidyodayaParivena {collège) de Colombo,

I. En re\-anche, il appartenait à la Maçonnerie [Lanterne, 18 avril 1894^.

LE BOUDDHISME ÉSOTÉRIQUE ïo5

qui s'intitulait pour Ja circonstance « Grand-Prêtre de l'Eglise Bouddhique du Sud », dignité dont personne n^avait jusqu'alors soupçonné l'existence. Quelques années plus tard, le même Olcott, après un voyage au Japon et une tournée en Birmanie, se vanta d'avoir opéré la réconciliation des Eglises Bouddhiques du Nord et du Sud ^. Sumangala écrivait alors : « Nous devons au colonel Olcott le catéchisme dans lequel nos enfants apprennent les premiers principes de notre religion, et nos relations fraternelles d'à présent avec nos coreligionnaires du Japon et d'autres pays bouddhistes » 2. Il convient d'ajouter que les écoles où était enseigné le catéchisme dOlcott n'étaient que des créations théosophistes ; nous avons sur ce point le témoignage de M™^ Blavatsky, qui écrivait en 1890 : « A Geylan, nous avons rappelé à la vie et commencé à purifier le Bouddhisme; nous avons établi des écoles supérieures, pris à peu près une cinquantaine d'écoles de moindre importance sous notre surveillance » '^. D'autre part, vers la même époque. Sir Edwin Arnold, auteur de la Lumière de l'Asie, s'était rendu dans l'Inde pour travailler, lui aussi, au rapprochement des Eglises Bouddhiques ; n'est-il pas permis de trouver bien suspectes ces initiatives occidentales en pareille matière ? C'est peut-être pour légitimer le rôle d'Olcott que M. Leadbeater a raconté qu'il avait été, dans une de ses incarnations antérieures, le roi Ashoka, grand protecteur du Bouddhisme, après avoir été aussi, dans une autre, Gushtasp, roi de Perse et protecteur du Zoroastrisme * ; les spirites ne sont donc pas seuls à avoir la manie de se croire des réincarnations de personnages illustres 1 Quand Olcott mourut, on plaça sur son corps, avec le drapeau américain, « l'étendard bouddhiste qu'il avait imaginé lui-même et sur lequel étaient disposées, dans

1. Voir les diverses informations publiées à ce sujet dans le Lotus Bleu, 27 décembre i8(ji, 27 avril, 27 septembre et 27 décembre 1892,

2. Message adressé au « Parlement des Religions » de Chicago, en iSgS.

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