I. Light, 9 et sS juillet 189a
avait missionné M™*' Blavatsky et qui avait préparé l'association de celle-ci avec Olcott? C'est au moins fort vraisemblable, et, dans ce cas. il faudrait admettre que cette individualité mystérieuse agissait pour le compte de quelque groupement non moins mystérieux ; c'est ce que la suite confirmera encore en nous montrant d'autres cas similaires. Nous ne prétendons pas, cependant, résoudre la question de savoir qui était John King ; nous constaterons simplement que, dans un passage de ses Old Diary Leaves où il raconte un « phénomène » produit par M™^ Blavatsky en avril 1875 (il s'agit d'un dessin soi-disant tracé par voie occulte sur une page d'un carnet, et dans lequel figurait un bijou de Rose- Croix maçonnique), Olcott accole le nom de John King à celui d'un certain Henry de Morgan (ces deux noms auraient été inscrits entête du dessin en question). Peut-être y a-t-il là une indication, mais nous ne voudrions pas être trop afïirmatif là-dessus ; il y eut bien un professeur de Morgan, qui fut président de la Société Mathématique de Londres et s'occupa de psychisme, mais nous ne pensons pas que ce soit de lui qu'il s'agit ici. D'un autre côté, dans une lettre adressée à Solovioff en février 1886, M™^ Blavatsky parle d'un certain M... qui l'aurait « trahie et ruinée en disant des mensonges au médium Home qui l'a discréditée pendant dix ans déjà » ; on peut supposer que cette initiale désigne le même personnage, et il faudrait alors en conclure que, pour une raison quelconque, cet Henry de Morgan, si toutefois c'est là son véritable nom, aurait abandonné son ancien agent vers 1875 ou 1876, c'est-à-dire vers le moment où le nouveau 0 club à miracles » qui avait été établi à Philadelphie subit un échec comparable à celui qui s'était déjà produit au Caire, et dû exactement à la même cause, c'està-dire à la découverte des multiples fraudes de M""' Blavatsky ^.
I. Certains ont prétendu que, pendant son séjour à Philadelphie, M™* Blavatsky s'était remariée avec ^in de se» compatriotes, médium aussi, et beaucoup
A cette époque, en effet, il cessa d'être question de John King, en même temps que l'on pouvait remarquer un notable changement d'orientation chez M""" Blavatsky, et cette coïncidence fournit la confirmation de ce que nous venons de dire. La cause déterminante de ce changement fut la rencontre d'un certain George H. Felt, qui fut présenté à M™^ Blavatsky par un journaliste nommé Stevens; ce Felt, qui "se disait professeur de mathématiques et égyptologue ^ était membre d'une société secrète désignée habituellement par les initiales « H. B. of L. » (Hermetic Brotherhood oj Luxor) -. Or cette société, bien qu'ayant joué un rôle important dans la production des premiers phénomènes du « spirituahsme » en Amérique, est formellement opposée aux théories spirites, car elle enseigne que ces phénomènes sont dus, non pas aux esprits des morts, mais à certaines forces dirigées par des hommes vivants. C'est exactement le 7 septembre 1876 que John King fut remplacé, comme « contrôle » de M""^ Blavatsky, par un autre « esprit » qui se faisait appeler du nom égyptien de Sérapis, et qui devait
plus jeune qu'elle ; mais elle n'aurait pas tardé à se séparer de lui, et, revenue à New- York, elle aurait engagé une action en divorce qui n'aurait eu sa solution qu'au bout de trois ans. Nous n'avons pu avoir aucune confirmation de ces faits, et même d'autres informations nous les font paraître peu vraisemblables ; du reste, la vie de M™* Blavatsky a été assez aventureuse pour qu'il soit superflu d'y intercaler des épisodes plus ou moins romanesques basés sur de simples racontars. — Les mêmes observations s'appliquent à ce qu'on trouve sur M™« Blavatsky dans les Mémoires récemment publiés du comte Witte (pp. 3-7 de l'édition française) ; celui-ci, bien que cousin de M'"« Blavatsky par les Dolgorouki, semble n'avoir guère connu do sa jeunesse que les bruits plus ou moins vagues qui coururent en Russie, et cela n'a rien d'étonnant, puisque M"'« Blavatsky n'eut pendant cette période aucun rapport avec sa famille. Certains détails de ce récit sont manifestement inexacts ; d'autres, comme ceux qui conoernent les relations de M™* Blavatsky avec un chanteur nommé Mitrovitch, peuvent être vrais, mais ils se rapportent uniquement à sa vie privée, qui ne nous intéresse pas spécialement. Un résumé en a été donné par M. Lacour-Gayet,dans le Figaro du 16 septembre 1931, sous ce titre : La vie errante de M"»» Blavatsky,
1. Old Diary Leaves, par Olcott ; Theosophist, novembre et décembre 1893.
2. Cette société ne doit pas être confondue avec une autre qui porte le nom similaire de Hermetic Brotherhood of Light, et qui ne fut fondée qu'en iSgS. Il y a même une troisième Hermetic Brotherhood, sans autre désignation, qui fat organisée à Chicago vers i885.
bientôt être réduit à n'être plus qu'un « élémental » ; au moment même où ce changement se produisait, le médium Dunglas Home, dans un livre intitulé Incidents in my Life, attaquait publiquement M""^ Blavatsky, et bientôt celle-ci, qui jusqu'alors semblait ne s'être occupée que de spiritisme, allait déclarer, avec une évidente mauvaise foi, qu'elle « n'avait jamais été et ne serait jamais un médium professionnel », et qu'elle avait « consacré sa vie entière à l'étude de l'ancienne kabbale, de l'occultisme, des sciences occultes » *. C'est que Felt venait de la faire affilier, ainsi qu'Olcott, à la H. B. of L. : « J'appartiens à une Société mystique », disait-elle en effet un peu plus tôt, « mais il ne s'ensuit pas que je sois devenue un Apollonius de Tyane en jupons »- ; et, après cette déclaration qui contredit expressément l'histoire de son «initiation » antérieure, elle ajoutait cependant encore : « John King et moi sommes liés depuis des temps anciens, longtemps avant qu'il ait commencé à se matérialiser à Londres. » Sans doute est-ce cet « esprit » qui, alors, était censé l'avoir protégée dès son enfance, rôle qui devait être dévolu ensuite au « Mahatma » Morya, tandis qu'elle en vint à parler de John King avec le plus profond mépris : « Ce qui se ressemble s'assemble ; je connais personnellement des hommes et des femmes d'une grande pureté, d'une grande spiritualité, qui ont passé plusieurs années de leur vie sous la direction et même sous la protection d' « esprits » élevés, désincarnés ou planétaires ; mais de telles « intelligences » ne sont pas du type des John King et des Ernest qui apparaissent durant les séances » ^. Nous retrouverons Ernest plus tard, quand nous parlerons de M. Leadbeater, à qui il est arrivé, disons-le en passant, d'attribuer à des « fées » ou à des « esprits de la nature » la protection occulte dont aurait été entourée la jeunesse de M^^^ Blavatsky ; vrai-