Le Français, i4 septembre
l56 LE THÉOSOPHISME
opinions qui étaient alors lessiennes*. En novembre i884, elle applaudit à l'affiliation de Bradlaugh au Grand-Orient de France- ; mais les choses allaient bientôt changer de face : Bradlaugh, entré au Parlement, ne songea plus qu'à se débarrasser de M""^ Besant; la discorde surgit entre eux, et il lui retira la direction de son journal. Tant d'ingratitude envers celle qui avait été « l'amie des mauvais jours », comme elle le dit elle-même, la surprit et la révolta ; ses convictions en furent ébranlées, ce qui prouve qu'elles avaient toujours été plus sentimentales au fond que vraiment réfléchies. Plus tard, elle devait donner une singulière explication de ses errements passés : elle a prétendu avoir reçu des ordres des « Mahàtmâs » dès le temps (antérieur à la fondation de la Société Théosophique) où elle était la femme du Rév. Besant, et avoir été contrainte par eux d'abandonner celui-ci pour « vivre sa vie» : excuse trop facile, et avec laquelle on pourrait justifier les pires égarements. C'est alors qu'elle se trouvait comme désemparée, ne sachant trop de quel côté se tourner, que M'"^ Besant lut, en 1886, le Monde Occulte de Sinnett ; là-dessus, elle se mit à étudier l'hypnotisme et le spiritisme et à cultiver, avec Herbert BurroAvs, les phénomènes psychiques. Ensuite, sur le conseil de W. T. Stead, alors directeur de la Pall Mail Gazelle à laquelle elle collaborait, elle entreprit la lecture de la Doctrine Secrète, en même temps qu'elle abandonnait définitivement les associations de libre pensée ; ses tendances premières à un mysticisme exagéré reprenant le dessus, elle commençait à s'autosuggestionneret à avoir des visions. C'est ainsi préparée qu'elle alla trouver M""^ Blavatsky, dont le pouvoir magnétique fit le reste, comme nous l'avons déjà rapporté ; elle ne tarda pas, nous l'avons
1. Un Monde sans Dieu 'L'Evangile de V Athéisme ; Pourquoi je suis socialiste; L'Athéisme et sa portée morale, etc.
2. Bradlaugh avait déjà demandé, le i5 mai 1862, son affiliation à la Loge Persévérante Amitié, mais alla lui avait été refusée ; il fut affilié à la Loge Union et Persévérance le 1 4 novembre i884.
LES AiNTÉGÉDE:Nl'S DE M^'^ UESANT ib']
dit aussi, à devenir un des membres dirigeants de la section britannique (c'était à la fin de cette même année 1889 où elle avait adhéré effectivement au théosophisme), puis de la section européenne autonome qui fut constituée en 1890 sous l'autorité directe de M™"' Blavatsky, avec G. R. S. Mead comme secrétaire général.