‹ Le théosophismeChapitre 89 sur 163 · DÉBUTS DE LA PRÉSIDENCE DE M'"^ BESANT · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE LA PRÉSIDENCE DE M'"^ BESANT

Aussitôt après la mort de M™^ Blavatsky, un violent débat s'éleva entre Olcott, Judge et M™^ Besant, qui prétendaient tous les trois à sa succession, et dont chacun se déclarait en communication directe avec les « Mahâtmâs », tout en accusant les autres d'imposture ; ces trois personnages entendaient d'ailleurs exploiter à leur profit la rivalité des trois sections asiatique, américaine et européenne, à la tête desquelles ils se trouvaient respectivement. Au début, on s'efforça naturellement de cacher ces dissensions ; M™* Blavatsky était morte le 8 mai 1891, et dès le 19 mai fut publiée à Londres une déclara'.ion dans laquelle, après une protestation contre les « calomnies » dont la mémoire de la fondatrice était l'objet, on lisait ceci : « Quant à ce qui regarde l'idée bizarre que la mort de M"'^ Blavatsky aurait donné lieu à des contestations « pour sa place devenue vacante », permettez -nous de vous dire que l'organisation de la Société Théosophique n'a subi et ne subira aucun changement par suite de cette mort. Conjointement avec le colonel Olcott, président de la Société, et M. William Q. Judge, avocat éminent de ?se\v-\ork, vice-président et chef du mouvement théosophique en Amérique, M™^ H. P. Blavatsky était fondatrice de la Société Théosophique ; c'est là une situation qui ne peut être donnée par un « coup d'Etat » ou autrement. M"^ Blavatsky était, de plus,

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secrétaire-correspondante de la Société, poste absolument honorifique, et qui, selon nos statuts, n'est pas obligatoire. Depuis six mois, grâce à l'accroissement de notre Société, elle exerçait temporairement l'autorité de présidente pour l'Europe, déléguée par le colonel Olcott, dans le but de faciliter la bonne administration des affaires, et par sa mort cette délégation devient vacante. La grande situation de M™* Blavatsky était due à son savoir, à son pouvoir, à sa ferme loyauté, et non à l'influence de la charge officielle qu'elle remplissait. Donc notre organisation extérieure restera sans aucun changement d'aucune sorte. La fonction principale de H. P. Blavatsky était d'enseigner ; celui ou celle qui voudra prendre sa succession devra posséder son savoir. » Cette déclaration portait les signatures des dirigeants de la section européenne : M""^ Annie Besant, C. Carter Blake, Herbert Burrows, Miss Laura M. Cooper, Archibald Keightley, G. R. S. Mead, et celles de Walter R. Old, secrétaire de la section anglaise, de la comtesse Wachtmeister et du D'' W. Wynn Westcott, qui devait, l'année suivante, succéder au D"" Robert Woodman comme « Suprême Magus » de la Socielas Rosicriiciana in Anglia. Ce démenti aux bruits qui commençaient à courir ne correspondait pas à la vérité ; on s'en aperçut lorsque, le i*^"" janvier 1892, Olcott abandonna la présidence ; il donna sa démission par une lettre adressée à Judge, dans laquelle il mettait en avant des raisons de santé, et priait humblement ses collègues « de le considérer, non comme une personne digne d'honneur, mais seulement comme un pécheur qui s'est trompé souvent, mais qui a toujours essayé de s'élever et d'aider ses semblables ». En rendant cette lettre publique, le i^"" février suivant, Olcott l'accompagna d'un commentaire où se montrait le souci de ménager également l'un et l'autre des deux concurrents qui allaient rester en présence : « Mes visites en Europe et en Amérique, y disaitil, m'ont prouvé que l'élat actuel du mouvement est très satisfaisant. J'ai pu constater également, à mon retour aux

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Indes, que la section indienne nouvellement formée est en bonnes mains et sur une base solide. En Europe, M™*^ Annie Besant, presque d'un seul élan, s'est placée au premier rang. Par l'intégrité bien connue de son caractère et de sa conduite, par son abnégation, son enthousiasme et ses capacités exceptionnelles, elle a dépassé tous ses collègues et profondément remué l'esprit des races de langue anglaise. Je la connais personnellement, et je sais qu'aux Indes elle sera aussi aimable, aussi fraternelle envers les Asiatiques que H. P. Blavatsky ou moi l'avons été... En Amérique, sous la ferme et capable direction de M. Judge, la Société s'est répandue de long en large dans le pays, et l'organisation y grandit chaque jour en puissance et en stabilité. Ainsi, les trois sections de la Société sont en très bonnes mains, et ma direction personnelle n'est plus indispensable. » Puis il annonçait ses intentions : « Je me retirerai dans ma petite maison d'Ootacamund, où je vivrai de ma plume et d'une partie de mes revenus du Theosophist. J'ai l'intention d'y compléter une partie inachevée, mais essentielle, de ma tâche, à savoir une compilation de l'histoire de la Société, et certains livres sur la religion et les sciences occultes et psychologiques... Je serai toujours prêt à donner à mon successeur l'aide dont il aura besoin, et à mettre à la disposition de son comité mes meilleurs conseils, basés sur l'expérience de quarante années de vie publique et de dix-sept ans de présidence de notre Société. » Olcott n'ayant pas désigné de successeur, il devait être procédé par vote à l'élection d'un nouveau président ; entre temps, le démissionnaire, encore en fonctions, décida que le 8 mai, anniversaire de la mort de M™' Blavatsky, serait appelé « jour du Lotus Blanc », et qu'il devrait être célébré dans toutes les branches du monde « d'une manière simple et digne, en évitant tout sectarisme, toute plate adulation, tout compliment vide, et en exprimant le sentiment général de reconnaissance aimante pour celle qui nous a apporté la carte du sentier ardu qui mène aux sommets de la science » ; nous avons

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rapporté précédemment un fait qui montre comment les théosophistes observent la recommandation d'(( éviter toute plate adulation » 1

Les 24 et 25 avril 1892 eutlieu, à Chicago, la Convention annuelle de la section américaine; elle se montra disposée à refuser la démission du colonel Olcott et à le prier de conserver ses fonctions (sans doute craignait-on que M'^^Besant fût élue), et elle émit le vœu que Judge fût choisi d'avance comme président à vie pour le jour où la présidence deviendrait vacante. Bientôt après, on apprenait que, « cédant aux vœux de ses amis et de la Convention américaine, ainsi qu'à la nécessité de terminer plusieurs affaires légales, le colonel Olcott avait ajourné sa démission à une date indéfinie (sic) » ^ ; le 21 août suivant, il retirait définitivement cette démission, en désignant Judge comme son successeur éventuel.

Cependant, un peu plus tard, à la suite de divers incidents fâcheux, et notamment du suicide de l'administrateur d'Adyar, S. E. Gopalacharlu, qui avait volé depuis plusieurs années des sommes importantes à la Société sans que personne s'en aperçût, il y eut un rapprochement entre Olcott et M"'^ Besant. En janvier 189/i, cette dernière alla, avec la comtesse Wachtmeister, faire une tournée dans l'Inde, et Olcott les accompagna partout ; en mars, quand elle repartit pour l'Europe, Olcott lui avait attribué la direction de la « section ésotérique », sauf la fraction américaine qui était conservée à Judge. En novembre de la même année, Judge voulut destituer M™^ Besant, mais il ne fut suivi que par une partie des membres de la section américaine; en revanche, il fut plus que jamais accusé d'imposture par les partisans de M"'^ Besant. A ce moment, l'organe de la section française publiait, sous les initiales du commandant D. A. Courmes, un article où l'on pouvait lire ce qui suit : « A tort ou à raison, l'une des principales person-

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