CHAPITRE XVII AU PARLEMENT DES RELIGIONS
En septembre 1898, à l'occasion de l'Exposition de Chicago, eut lieu dans cette ville, entre autres congrès de toutes sortes, le fameux « Parlement des Religions » : toutes les organisations religieuses ou simili-religieuses du monde avaient été priées d'y envoyer leurs représentants les plus autorisés pour y exposer leurs croyances et leurs opinions. Cette idée bien américaine avait été lancée plusieurs années à l'avance ; en France, le plus ardent propagandiste de ce projet avait été l'abbé Victor Charbonnel, qui fréquentait alors le salon de la duchesse de Pomar, et qui devait, parla suite, quitter l'Eglise pour la Maçonnerie, où il eut d'ailleurs quelques mésaventures. Si les Catholiques d'Europe s'abstinrent prudemment de figurer à ce congrès, il n'en fut pas de même de ceux d'Amérique ; mais la grande majorité fut formée, comme il était naturel, parles représentants des innombrables sectes protestantes, auxquels vinrent se joindre d'autres éléments passablement hétérogènes. C'est ainsi qu'on vit paraître à ce « Parlement » le Swâmi Vivekânanda, qui dénatura complètement la doctrine hindoue du « Vêdânta » sous prétexte de l'adapter à la mentalité occidentale ; si nous le mentionnons ici, c'est que les théosophistes le regardèrent toujours comme un de leurs alliés, l'appelant même « un de leurs Frères de la race aînée » (désignation qu'ils appliquent aussi à leurs « Mahâtmâs »)
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et « un prince parmi les hommes » ^. La pseudo-religion inventée par Vivekânanda eut un certain succès en Amérique, où elle possède encore actuellement, ainsi qu'en Australie, un certain nombre de « missions » et de « temples »; bien entendu, elle n'a du « Vêdânta » que le nom, car il ne saurait y avoir le moindre rapport entre une doctrine puremeut métaphysique et un « moralisme » sentimental et « consolant » qui ne se différencie des prêches protestants que par l'emploi d'une terminologie un peu spéciale.
M"^ Besant parut aussi au « Parlement des Religions » pour y représenter la Société Théosophique, qui avait obtenu que, sur les dix-sept jours que devait durer le congrès, deux jours entiers fussent consacrés à l'exposé de ses théories : il faut croire que les organisateurs, pour lui faire une si large part, lui étaient singulièrement favorables. Les théosophistes en profitèrent naturellement pour y faire entendre un grand nombre d'orateurs ; Judge et M""* Besant y figurèrent côte à côte, car, tant que la scission entre eux ne fut pas un fait accompli, on s'efforça de cacher le plus possible au public les dissensions intérieures de la Société ; nous avons vu plus haut qu'on n'y réussissait pas toujours. M"^ Besant était accompagnée de deux personnages assez singuliers, Chakravarti et Dharmapâla, avec qui elle avait fait la traversée d'Angleterre en Amérique, et sur lesquels il est bon de dire ici quelques mots.
Gyanendra Nath Chakravarti (le « Babu Chuckerbuthy » de Rudyard Kipling) -, fondateur et secrétaire du i oga Samâj et professeur de mathématiques au collège d'Allahabad, prononça un discours à la séance officielle d'ouverture du « Parlement » ; malgré son nom et ses qualités, et bien qu'il se prétendît Brahmane, ce n'était pas un Hindou d'origine, mais un ^Mongol plus ou moins « hindouïsé ». Il avait cherché, en décembre 1892, à entrer en relations avec les