‹ Le Thiosulfate double d’Or et de Sodium dans le traitement de la Tuberculose PulmonaireChapitre 12 sur 89 · LA QUESTION DU SÉRUM ANTITUBERCULINIQUE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU SÉRUM ANTITUBERCULINIQUE

Dans la conception de MoLLGaARD, l'injection de sanocrysine, par son action spécifique sur le bacille tuberculeux, par la destruction en masse du bacille dans l'organisme, mettait en liberté une dose considérable de tuberculine. Celle-ci était, d’après lui, responsable des accidents brutaux (shock) qui suivaient l'injection du médicament. D'où la préparation du Sérum anti-tuberculinique destiné à combattre ces accidents.

Disons tout de suite que l'usage de ce sérum est actuellement presque universellement abandonné.

Exposons en peu de mots, les raisons de cet abandon :

1) Des expériences ont montré que ce sérum n'était pas spécifique contre le shock tuberculinique ; injecté à des animaux, il ne les protège pas contre une injection ultérieure de vraie tuberculine (Opirz et KOTZULLA, BANG, CALMETTE BOQUET et NÈGRE). Les accidents présentés par les animaux traités et par les témoins sont absolument superposables.

2) Même en admettant l’action spécifique de ce sérum contre le

shock tuberculinique, son usage serait superflu. On n'admet plus

aujourd’hui l’action élective du médicament sur le bacille de Koch, et la mise en liberté dans l'organisme de doses considérables de

tuberculine.

Et l’intoxication consécutive aux injections de sels d’or n’est plus attribuée à une intoxication tuberculinique, mais à une intoxi-

cation métallique.

Ce fait est bien démontré par les réactions, identiques à celles des tuberculeux, obtenues chez des syphilitiques par MM. FOURNIER et MoLLARET dans leurs essais de traitement par les sels d’or.

3) Notons, enfin, un dernier argument. Même en tenant pour véritable l’action spécifique de la sanocrysine sur les bacilles tuberculeux et l’action spécifique du sérum sur le shock tuberculinique, nous hésiterions encore à nous servir du sérum, dans la crainte d’ajouter une intoxication à l'infection bacillaire : on connaît bien le coup de fouet donné à l’évolution d’une tuberculose pulmonaire par la maladie sérique.

Telles sont les considérations qui nous font rejeter définitivement l'usage du sérum dans le traitement de la tuberculose pulmonaire par la Sanocrysine.

Nous constatons d’ailleurs, en parcourant les travaux sur cette question, que la majorité des auteurs partage déjà cette opinion.

LE THIOSULFATE D'OR ET DE SODIUM A-T-IL UNE ACTION SPÉCIFIQUE SUR LE BACILLE TUBERCULEUX ?

Nous ne croyons pas à une action spécifique.

Malgré les très intéressants travaux de MADSEN et MorcH dontnous avons déjà parlé, l’expérience que nous avons de ce médicament nous montre qu’il ne s’agit pas ici d’une spécificité comparable à celle de la quinine pour le paludisme ou du mercure pour la syphilis.

Un médicament spécifique du bacille de Koch devrait agir sur

les lésions jeunes comme celles de la granulie et de la méningite tuberculeuse.

De plus, on ne devrait pas constater, comme il est courant de le faire, une extension des lésions, soit au cours, soit immédiatement après le traitement par la sanocrysine.

Il est difficile d'apporter des preuves de la non-spécificité de l’action de la sanocrysine, de même que, plus loin, il nous sera difficile de faire la preuve de l'existence de cette action nonspécifique ; mais il nous semble qu'après trois ans d'expérience, nous n’en serions pas, avec un médicament spécifique, à essayer de prouver la réalité de son action.

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LE THIOSULFATE D'OR ET DE SODIUM A-T-IL UNE ACTION CLINIQUE SUR LA TUBERCULOSE PULMONAIRE ?

Qu'il nous soit permis, avant d'exposer le résultat de nos observations personnelles sur l’action de la sanocrysine, d'émettre quelques considérations générales sur la difficulté de porter un jugement sur un médicament non spécifique de la tuberculose pulmonaire.

Trois points sont à noter particulièrement :

19— La tuberculose pulmonaire évolue essentiellement par poussées successives, et ces poussées s'améliorent spontanément pour laisser le malade dans un état de mieux relatif, dans l'intervalle des poussées.

Tout médicament qui arrivera au décours d’une de ces poussées améliorera momentanément le malade, mais ce mieux sera passager et les poussées successives pourront ne pas être influencées de la même manière.

20 — La plupart des observations publiées concernent des malades admis dans les hôpitaux alors qu'ils travaillaient encore la veille.

Si le début du traitement n’est pas séparé de l'admission par une période d'observation préalable, on aura une influence favorable, quel que soit le médicament utilisé. Que de fois ne voit-on pas, dans les trois premières semaines de séjour d’un malade dans les hôpitaux, sa fièvre tomber, son auscultation devenir meilleure par la disparition dela congestion autour des foyers tuberculeux, son poids et son état général s'améliorer.

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3° — Enfin le facteur psychique ne doit pas être négligé. Tout malade, mais en particulier tout tuberculeux, veut être traité. Tout médicament donné à un tuberculeux l’améliore pendant quelque temps, mais ceci est d'autant plus marqué lorsque le médicament lui est présenté comme spécifique et administré, comme la sanocrysine, par la voie intra-veineuse.

Difficulté de choisir un Critérium

Devant cette difficulté à juger un médicament, nous avons cherché à quel symptôme il fallait s'attacher pour prouver son efficacité.

Celui qui lira les observations contenues dans le livre de JAQUE- ROD sur les processus naturels de guérison de la tuberculose pulmonaire, pourra voir que certains cas, même graves, de tuberculose pulmonaire, peuvent guérir complètement, guérison vérifiée par un recul de 5, 10, 15 même 20 années et que cette guérison s'accompagne d’une transformation de l’image radiologique, de la disparition des signes physiques, de la disparition des bacilles dans les crachats et des crachats eux-mêmes.

Mais, même dans les cas favorables dont nous parlons, cette guérison a demandé un délai variant entre 2 et 4 ans.

10 — D'où le premier critérium : le temps. Malheureusement, les auteurs danois, qui sont les seuls à publier des cas de guérison complète de la tuberculose par la sanocrysine, ont traité leurs malades pendant un temps également très prolongé.

Et, dans nos expériences personnelles portant sur un temps plus court, nous n'avons obtenu aucun cas de guérison aussi compiète, sinon dans un cas unique où il s'agissait d’une première poussée traitée tout à fait à son début.

20 — La radiographie aurait dû être. un argument capital ; mais il y a lieu d’être très réservé sur l'interprétation des clichés, parce que :

a) 11 y a des différences considérables entre deux radiographies prises le même jour à quelques minutes d'intervalle chez le même malade ; ces différences sont en rapport :

avec l’immobilité plus ou moins parfaite du malade,d’où résultent des ombres plus ou moins nettes,

avec les variations infimes du temps de pose,

avec les variations d’attitude du malade qui font varier l’angle d’incidence de l’ampoule,

avec les variations de tirage du film,

d’où la règle que nous nous sommes imposés de toujours avoir deux clichés avant le traitement et 2 clichés après.

b) L'image radiographique peut également se modifier favorablement, en dehors de toute médication, par le simple traitement hygiéno-diététique. (FRANDSEN et JACOBI, E. SERGENT, F. BORDET, H. DURAND et KOURILSKY). Cependant, si les différences radiographiques obtenues avaient été aussi frappantes que celles publiées par certains auteurs danois, nous n’aurions pas hésité à apporter une preuve radiographique de l’action de la sanocrysine.

Malheureusement les modifications observées — et nous les signalerons plus loin — étaient en petit nombre et reposaient sur des nuances; aussi avons-nous cherché ailleurs un argument décisif.

30 — L’auscultation des malades aurait dû nous rapporter fidèlement les modifications des lésions pulmonaires et témoigner de leur évolution.

Mais souvent nous avons observé le contraire. Il se produisait, par exemple, chez un malade, une amélioration de la courbe de

température, de l’état général, des signes fonctionnels, alors que l’auscultation se modifiait à peine.

49 — Nous ne nous attarderons pas sur la valeur des modifications de l’état général : poids, appétit, vigueur physique.

Tout tuberculeux soumis à la cure de repos s'améliore à tous ces points de vue.

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