‹ Le th©©Øtre en ItalieChapitre 5 sur 46 · NUOVO PER GENOVA · texte numérisé non relu

NUOVO PER GENOVA

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quelle joie, quel bonheur de vivre! La maison est envahie par les camarades d'antan . et Ugo,

dans un mouvement instinctif de révolte, jette au visage de sa femme tout le mépris que lui inspirent ces gens de théâtre, ne s'apercevant seulement pas qu'il la frappe au cœur du même coup.

Tous les préjugés de caste, toutes les étroitesses de la vie provinciale dans laquelle il a été élevé se réveillent en lui au seul cri de sa tante :

— Tu as laissé profaner la maison de ta mère !

Ugo fait une terrible scène à Ada qui, à bout de patience, lui crie à son tour :

— Je t'ai donné un an de ma vie, c'est un an de trop !

— Je ne suis plus rien ; fais ce que tu veux, répond le mari.

Ada, ignorant encore la ruine totale de son mari, s'apprête à reprendre sa vie d'artiste.

La pièce aurait pu finir là; mais l'auteur, pour nous prouver tous les inconvénients de ces unions mal assorties, a voulu pousser les choses jusqu'au bout, et n'a pas craint les couleurs sombres.

Au début du quatrième acte, Ada prépare ses malles pour gagner Milan. Ugo a reçu la nouvelle que sa dernière spéculation avait misérablement échoué.

— Le toit de la maison paternelle s'écroule

sur ma tête, s'est-il écrié; j'ai renié la vie des miens, et voici le châtiment.

C'est la vieille comtesse Inès Maderni qui, inconsciemment, apprend tous ces malheurs à Ada. Celle-ci, à cette révélation inattendue, et peut-être aussi avec cette idée fixe de reprendre sa carrière, a un mouvement assez beau. Devrat-elle donc abandonner Ugo à présent qu'il est ruiné, et surtout ruiné à cause d'elle ?

— Ah ! qu'aura-t-il pensé de moi ! s'écriet-elle.

Puis elle l'appelle, l'entoure de ses soins, de ses caresses.

— Nous devons nous sauver ensemble, vois-tu bien. Cette douleur que j'éprouve rendra mon ait plus grand encore. Je triompherai, je ferai vite fortune ! En attendant, j'empêcherai par la vente de mes bijoux celle de cette vieille maison, tu verras ! J'aurai toi et mon art, et nous serons heureux.

Mais Ugo refuse.

— Que deviendrai-je alors, demande-t-il ? Ton parasite. Ah ! non, jamais !

Cependant elle est si caressante, et si sincèrement aimante cette Ada. L'homme vaincu, épuisé, vacille.

— Fais de moi tout ce que tu veux, répète-t-il machinalement.

Ada pousse un cri de victoire, commence à agir, à débrouiller les affaires, à donner des ordres. Ugo, hébété, la regardant faire, a déjà compris le sort qui l'attend ; elle sera tout, et lui rien. Et tandis qu'elle s'occupe à vendre ses propres bijoux, dons de ses adorateurs d'autrefois, Ugo entrevoyant son ignominie future court s'enfermer dans sa chambre et se fait sauter la cervelle.

Tel est le drame de M. Giuseppe Baffîco, écouté d'abord avec défiance, avec courtoisie ensuite, avec plaisir dans quelques passages, ce qui valut à son auteur présent deux rappels au second acte, quatre au troisième, et autant au quatrième, rappels où l'on sentait cependant beaucoup plus de politesse que d'enthousiasme.

La seule raison en est, à notre avis, que si l'auteur ne manque pas d'idées, certains côtés du mécanisme dramatique lui échappent encore ; l'exposition est longue, pénible ; la pièce serésume à un duo ; les brutalités de ce mari toujours irascible finissent par nous exaspérer ; le rôle de la femme est peu développé ; nous attendons toujours quelque chose qui ne vient pas.

M. Giulano Dobrski, le critique sérieux et consciencieux de Ca/faro, nous dit en propres termes que cette pièce est « à peine le second travail dramatique » de l'auteur. En ce cas, c'est

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très Lien, et M. Giuseppe Baffico n'est pas de ceux que l'on doive décourager, au contraire. Mais qu'il réfléchisse bien qu'il a eu la chance peu commune d'avoir trouvé de semblables interprètes ; que certaines parties du rôle du mari seraient insupportables à entendre sans l'immense talent et la grande distinction de Flavio Andô dans lequel il a trouvé un véritable collaborateur : et qu'enfin il est vraiment dur de triompher sur un public qui la veille, le lendemain et les jours suivants est habitué à entendre au même théâtre, et joué par les mêmes artistes, toutes les meilleures pièces d'Augier, de Dumas fils, de Sardou.

Courage donc ! c'est le côté métier qui fait défaut à l'auteur, et ce sont là des choses qu'avec le temps on peut apprendre.

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