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LE THEATRE CON MASCHERA STENTERELLO

Les Compagnies « con maschera ». — Explication de ce mot.

— Stenterello. — Son origine. — Le Théâtre Apollo à Gènes.

— La troupe Sabatelli-Ciolli. — L'art de composer les affiches. — Une explication fantaisiste de Xolre-Dame de Paris, de Victor Hu-". — Ganymède on Une famille à la dernière mode. — Une représentation populaire. — Le travail du souffleur. — Stenterello-Ciolli — Le scherzo final.

L'amusant petit journal théâtral illustré // Piccolo Faust, qui s'imprime depuis vingt-cinq ans à Bologne, nous donne un renseignement bien précieux chaque semaine en nous mettant sous les yeux « le mouvement des compagnies italiennes ». C'est ainsi que nous voyons d'un même coup d'oeil qu'il existe :

89 compagnies dramatiques ; 7 — en dialecte ;

22 — d'opérette ;

20 — « con maschera » et de va-

riétés ;

\ I de marionnettes.

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réparties à la même heure clans toutes les villes d'Italie, ou encore à Trieste, à Vienne, au Caire, à Smyrne, à Beyrouth, à Cadix, à Para et à Copenhague... Je ne parle, bien entendu, que de la liste que je consulte, celle-ci changeant continuellement.

Eh bien, je donne gros à parier que sur cet ensemble, assez copieux comme on voit, l'étiquette : « con maschera », avec masque, est celle qui intriguera le plus le lecteur non encore initié.

Depuis la belle — mais hélas ! introuvable aujourd'hui — publication de Maurice Sand, chaque amateur de théâtre en France sait plus ou moins vaguement ce que l'on entend en Italie par le mot « maschera » qui ne signifie pas seulement « masque » mais aussi un type conventionnel de comédie. Ainsi, pour me faire mieux comprendre, en France nous pourrions appeler « maschera » Pierrot, Jocrisse, Paillasse, ou encore Polichinelle et Guignol, parce que ce sont là des personnages immuables, dont le caractère est connu, qui n'agissent que d'après une tradition fixe. Et de même que dans le théâtre de Guignol nous voyons revenir inévitablement le protagoniste Guignol, de même, en Italie, dans le théâtre « con maschera » nous verrons Stenterello (ou tout autre) se mêler à toutes les

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actions, nouer et dénouer toutes les intrigues, avec cette particularité toutefois que chaque ville ayant sa « maschera » qui lui est propre, ce personnage devra parler le dialecte du pays d'où il vient. C'est ainsi qu'Arlequin parlera bergamasque, Pulcinella napolitain, Gianduja piémontais, Pantalon vénitien, etc., etc. Le plus compréhensible pour nous, qui ne savons que l'italien, sera donc Stenterello qui, en sa qualité de Florentin, nous arrive en ligne droite de Toscane.

Je doute fort qu'un étranger voyageant en Italie ait souvent assisté à ce genre de spectacle : d'abord, parce que c'est le spectacle populaire par excellence et qu'il est assez rare de le rencontrer dans le centre des grandes villes, ensuite parce qu'il ne viendrait jamais à l'idée d'un Italien de conseiller à un étranger d'aller le voir, pas plus que nous ne conseillerions à notre hôte d'aller entendre Jeanne cl Arc à la foire de Neuilly.

Rien n'étant négligeable pourtant, j'ai voulu . faire connaissance avec le théâtre « con maschera ». L'occasion s'en offrait pour moi dans un faubourg de Gènes, au petit théâtre Apollo, où je me souviendrai toujours d'avoir entendu le grand Rossi dans Kean à la fin de sa carrière. Pauvre Rossi! au théâtre Apollo! Ainsi jadis Frederick Lemaître aux Gobelins!

Une chose m'intriguait très fort, je l'avoue. Je savais sur Stenterello à peu près tout ce qu'il fallait savoir; j'avais lu dans la consciencieuse étude de M. Luigi Rasi (/ Comici Italianï) la biographie si documentée de Luigi Del Buono (1751-1832), le véritable père du Stenterello, ainsi que Y Origine délia maschera di Stenterello, étude anecdotique de Jarro. J'aurais pu raconter sur le bout du doigt les faits et gestes de ce très curieux personnage, ancien horloger, comique, auteur, puis très fervent chrétien ; mais je me demandais où le Stenterello moderne allait puiser son répertoire courant? Y avait-il donc des fabricants dramatiques patentés à l'usage des Stenterellos? Détrompez-vous : les fournisseurs — et vous ne vous en douteriez guère — s'appellent Alexandre Dumas père, Victor Hugo, d'Ennery, Paul Féval, etc.

Ceci vaut une explication.

Je me trouvais à Gênes lorsqu'on y annonça l'apparition, au petit théâtre Apollo, situé dans un faubourg, de la compagnie Sabatelli-Ciolli, le second des deux associés prenant en outre le nom de Ciolli-Stenterello. Une belle gravure sur bois, collée sur les murs, reproduisait du reste les traits de celui-ci dans son pittoresque costume de Stenterello, rappelant avec beaucoup plus d'originalité celui de nos pitres de parades.

Stenterello.

Pbolograpliie Ruggini o Sla. Florence.

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J'allais Jonc enfin avoir le secret de ce fameux répertoire: or, jugez de monébahissement en lisant cette affiche que je reproduis textuellement :

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