I.E TIBET
peine sentir. De là, une différence très grande entre la prononciation et l'orthographe; par exemple, le nom qui se prononce Tchanrezi s'écrit Spyan-ras-gzigs, Pareille différence se remarque même pour des mots très simples; M. Desgodins nous dit que le Tihet s'appelle Peu; or, nous savons que ce nom s'écrit Bod.
Il y a, en tibétain, certaines consonnes initiales qui, en disparaissant ou permutant entre elles, peuvent changer le sens ou le rapport grammatical du mot. C'est ce qui arrive en particulier pour les verbes ; les quatre formes qu'ils peuvent avoir (présent, passé, futur, impératif) s'expriment généralement au moyen de ces suppressions ou de ces substitutions de lettres. Du reste, ces mêmes rapports et d'autres s'expriment aussi à l'aide d'auxiliaires et de périphrases.
Les relations grammaticales des noms, la pluralité et les autres accidents sont rendus par des postpositions ou monosyllabes placés à la suite du nom sans faire corps avec lui.
La syntaxe tibétaine suit la construction appelée indirecte, c'est-à-dire que le mot déterminant précède le déterminé, l'adjectif venant avant le substantif, le complément avant le verbe.
Le tibétain présente cette particularité, qu'il a du reste en commun avec d'autres langues asia^ tiques, que beaucoup d'idées s'expriment par des
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mots différents seJon la qualité des personnes ; il y a un langage respectueux et un langage vulgaire. Ainsi on dira pha^ ma en parlant du père, de la mère d'un homme du commun, mais yahy youm s'il s'agit d'un grand personnage. Le lecteur aura peut-être remarqué que pha^ ma rappellent le latin pa-ter, ma-ter et par suite les langues indo-euro- 4)éennes, tandis, que yab, youm font penser aux mots hébreux et arabes aby om, et aux langues sémitiques. Je fais cette observation sans prétendre en tirer aucune conclusion.
Il y a une différence notable entre la langue écrite et la langue parlée, de même qu'il y en a une entre la langue actuelle et celle des livres sacrés. Depuis dix siècles que ces livres ont été écrits, la langue a dû se modifier. Celle de ces livres n'en reste pas moins la langue classique. Quant à celle qui se parle, elle varie de province à province, comme cela arrive dans tous les pays du monde.
La grammaire comparée du groupe de langues auquel appartient le tibétain n'est pas encore faite. On retrouve dans le tibétain plusieurs racines chinoises ; mais c'est surtout avec le birman qu'il paraît avoir de l'affinité, tant par l'existence de plusieurs racines communes que par le génie et la physionomie générale des deux idiomes.
Malgré cela, ils sont notablement différents l'un de l'autre. Une étude approfondie fera très proba-
blement constater des relations qu'on n'aperçoit pas à première vue.
Écriture, — L'écriture usitée au Tibet est d'origine indienne. Ce sont des Indiens qui ont apporté leur alphabet au nord deTHimâlaya et, sans doute, ont travaillé la langue et créé l'orthographe, d'accord, cela va sans dire, avec les savants indigènes. Il y a, du reste, deux alphabets : l'alphabet" « avec tête » {bou-tchan) des livres imprimés et des manuscrits soignés, qui est le vrai type de l'alphabet tibétain ; l'alphabet « sans tête » (houmed) qui n'est qu'une forme cursive de l'autre, très difficile à déchiffrer.
Il existe un troisième alphabet, Talphabet landza, indien et uniquement appliqué au sanscrit qui, du reste, peut s'écrire, mais moins commodément avec lalphabet tibétain.
Il y a, parmi les Tibétains, d'habiles calligraphes qui copient les livres religieux quelquefois sur papier noir avec encre d'or. Les manuscrits sont généralement ornés de ûgures peintes.
Livres, — Les livres ne sont pas rares au Tibet; chaque monastère a sa bibliothèque, et dans beaucoup d'entre eux il y a une imprimerie où l'on imprime des éditions de luxe, des éditions vulgaires, et des feuilles volantes. Le papier qui sert à l'impression est fait avec la plante appelée JDaphneCannabina. On imprime avec des planches
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rectangulaires oblongues : les feuilles, non cousues, empilées les unes sur les autres, sont placées entre deux ais qu'on assujettit avec une courroie. Cette disposition n'est pas spéciale au Tibet, elle est indienne et indo-chinoise.
Le livre est respecté au Tibet; mais on attache plus d'importance à l'acte mécanique de la lecture qu'aux choses lues, et plus de prix à l'imprimé luimême qu'à l'acte mécanique de la lecture.
Littérature. — La littérature tibétaine est très vaste, mais surtout religieuse, et lettre close pour le vulgaire. Le Kandjour^ recueil des livres sacrés distribués en cent ou cent huit volumes, le Tandjour y composé d'ouvrages de tout genre, mais surtout de commentaires des ouvrages du Kandjour et formant un ensemble de deux cent cinquante volumes, en constituent, pour ainsi dire, la base. La plupart des ouvrages qui existent en dehors de ces deux compilations, les écrits de Tsong-ka-pa, par exemple, sont exclusivement religieux. Milaras-pa, ascète du xi® siècle, improvisa des chants religieux qui eurent un grand succès et qui ont été conservés. Le recueil de ses chants et le récit de sa vie pleine de merveilles se partagent avec les récits des exploits des Tibétains dans leurs guerres contre les Chinois, les Mosso (peuplade du sud-est) et les Mongols, la faveur publique. Ces derniers récits sont fabuleux ; mais ils se rapportent à des faits de
rhistoire nationale. LesT*ibétains ne supporteraient pas la simple narration des faits; il faut toujours les leur présenter entourés de circonstances merveilleuses.
Les chants populaires, s*il en existe, seraient le genre littéraire le plus propre à faire connaître Tesprit et le génie de cette race, en môme temps que le langage qui lui est familier ; mais Texistence n'a pas encore pu en être constatée.