‹ Le Tibet, le pays, le peuple la religionChapitre 18 sur 30 · MOINES · texte numérisé non relu

MOINES

Monachisme bouddhique. — Le bouddhisme n'a pas de prêtres à proprement parler. Il divise les hommes en deux classes : ceux qui renoncent à tout pour chercher la perfection (c'est-à-dire le terme de la transmigration) ; ceux qui, ne recherchant pas la perfection, jouissent des biens de ce monde. La première classe se compose d'ascètes isolés ou vivant en société, soumis à une règle sévère, n'ayant rien et n'aspirant à rien de plus que la satisfaction des besoins les plus impérieux de l'existence; la seconde est chargée de fournir à la première ce dont celle-ci ne peut se passer, la nourriture, le vêtement, le logement.

Moines et nonnes. , — La première classe est largement représentée au Tibet, chaque famille tenant à honneur de grossir par un de ses membres au moins cette multitude parasite. Les Tibétains se vantent d'avoir quatre-vingt-quatre mille prêtres, comme ils disent que leurs livres sacrés renferment quatre-vingt-quatre mille sentences : c'est un chiffre traditionnel. Le fait est que la proportion des moines tibétains est considérable. On en compte près de vingt mille à Lha-sa et dans les environs où les couvents sont, à la vérité, fort nombreux. On estime qu'il y en a un sur treize habitants dans le Ladak, un sur sept dans le Spiti. Â part quelques exceptions, la vie monastique au Tibet ne répond guère à l'idéal bouddhique : ce n'est pas une vie de privation et de renoncement, c'est une vie d'abondance et de prospérité.

Les femmes peuvent aussi adopter la vie monastique, et il existe des nonnes au Tibet; mais le nombre en est peu considérable.

Genre de vie, — Parmi ces moines, il en est qui vivent dans une retraite absolue, au sommet de quelque montagne, dans quelque caverne, n'en sortant que très rarement, et recevant leur nourriture au moyen d'un panier attaché à une corde. Qufelques-uns vivent chez eux et sont domiciliés ; ils ont même la faculté de se marier. D'autres, au contraire, ne se fixent nulle part et voyagent^

on pourrait dire, vagabondent de lieu en lieu. Toutefois, le plus grand nombre habite des édifices construits pour eux, véritables couvents appelés en tibétain gon-pa ou tchos-dé, et auxquels on donne ordinairement le nom de « lamaserie. » En général, tout moine appartient à un couvent^ quand bien même il n'est pas de ceux qui Thabitent constamment.

Monastères, — Les monastères se composent soit d'une grande maison, soit d'une réunion d'édifices. Au centre se trouve le temple, rempli d'images et de peintures, et pourvu d'une bibliothèque. Outre les chambres réservées aux moines, il y a une salle de réunion et un magasin d'approvisionnements, quelquefois une imprimerie. Les édifices lamaïques ne diffèrent pas essentiellement des maisons des riches habitants du pays, ils sont ordinairement entourés de jardins cultivés par les moines ou par des ouvriers aux gages de la confrérie. Ces lamaseries sont généralement très peuplées; celles qui ne renferment que cinq cents moines doivent être rangées parmi les petites ; il en est qui comptent plusieurs milliers d'habitants. Les « moulins à prière », les Tchorten, les Mani, les Lab-tse abondent aux alentours et sur les toits de ces édifices.

Les monastères les plus renommés sont, dans

le Ladak, celui de Himis; dans le Ngari, celui de Tholing ; dans le Tsang, ceux de Tachiloumpo, de Terpaling, de Sa-skya, auxquels nous joindrons celui du lac Ghalaring dans le plateau ; dans la province de Ou, le monastère de femmes du lac Palte, et dans la vallée du Ki, à Lha-sa et aux environs, les monastères de Potala, Sera, Galdan, Brebong, etc; auxquels nous ajouterons celui de Dorkia, sur le bord du lac Tengri. Dans le Tibet oriental, nous citerons ceux de Tsiamdo et de Djaya, et, dans la région du lac Bleu, celui de Kounboum.

Costume, — L'habillement des moines se compose d'une tunique ou chemise sans manches, d*un pantalon fixé au corps par un lacet, d'une robe descendant jusqu'au mollet, retenue par une ceinture et qu'on fait entrer dans le pantalon en hiver. Le manteau est une pièce de laine longue et étroite, couvrant Fépaule gauche et passant pardessous le bras droit laissé à découvert. Les chaussures sont des bottes en feutre et la coiffure un bonnet en feutre ou en toile, de forme conique et double. Un charme quelconque est placé dans Fintérieur du bonnet.

CouleurSy sectes. — La couleur du vêtement, surtout du bonnet, diflère selon la secte ; car il y en a plusieurs. Les deux principales sont celle du bonnet jaune et celle du bonnet rouge. Le Boud-

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dha a prescrit à ses disciples des habits jaunes ; mais du jaune au rouge, en passant par l'orangé, il y a une mullitude de nuances. Or, Thabillement 4es religieux avait pris une teinte rougeâtre dans la dernière moitié du xiv* siècle, et surtout, ce qui est plus grave, un grand relâchement s'était manifesté dans les mœuis. Les moines se mariaient sans vergogne ; la nécromancie et des supersl tions méprisables avaient envahi la confrérie du Bouddha. Un énergique réfi^rmateur, Tsongka-pa, protesta contre ces altéiations, fit refleurir le célibat, et les anciennes mœurs, restaura la discipline et donna, comme marque distinctivede ce retour aux enseignements du Bouddha le retour à la couleur jaune dans l'habillement des moines. L'inÛuence de Tsong-ka-pa lut immense, et la grande majorité des moines adopta sa réforme. Quelques obstinés résistèrent et gardèrent la couleur rouge. Aujourd'hui, la différence fondamentales des deux sectes n'est plus aussi tranchée qu'autrefois; la plupart des abus combattus par Tsong-ka-pa ont reparu ou sont remplacés par daulies équivalents. Les deux sectes n'en subsistent pas moins ; la rouge s'est surtout conservée au Népal et au Boutan. La jaune domine sanscontestis au Tibet; mais il y reste quelques adeptes du bonnet rouge ; et le célèbre couvent de Sa-Skya est le principal représentant de cette secte.

Nous citerons aussi la secte Ourguyen qui se réclame de Padma-sambhava ; elle paraît n'être qu'une branche de la secte dissidente ; car elle a la réputation d'exceller surtout dans la sorcellerie condamnée par Tsong-ka-pa.

Occupation des moines, — L'étude et la méditation devrait être Tunique occupation des moines, mais elle a peu d'attraits pour eux, et ils préfèrent passer leur temps à mendier, à jardiner, à faire du commerce, à banqueter aux frais de quelque riche dévot ou à leurs propres frais avec leurs amis, enfin à accomplir pour le compte des laïques des cérémonies religieuses bien payées ; car si un moine n'a le droit de rien posséder, il est admis que la confrérie peut être riche.

Pour la construction d'une maison,' pour l'entreprise d'un voyage, en cas de mariage, de maladie, de décès, dans mille circonstances de la vie, les particuliers requièrent le ministère d'un membre de la confrérie. Comme les moines sont nombreux, ils se partagent la tâche, les uns étant familiers avec telle cérémonie, les autres avec telle autre. Ceux qui sont astrologues et devins (et il s'en trouve au moins un dans chaque monastère) comptent parmi les plus achaljndés. Bref, le clergé tibétain exploite largement la sottise et la crédulité populaires.

Dans toutes leurs cérémonies, les moines tibétains

déploient une grande pompe, eî font un grand bruit de trompettes et d'instruments de musique.

Hiérarchie lamaïque, — Il y a des degrés entre les moines. Ceux qui sont officiellement reçus membres de la confrérie ont le titre de Gué-long; au-dessous d'eux sont les Gué-tsoul, novices du 2° degré, et les Gué-nyen, novices du premier degré. Parmi les grades supérieurs appliqués aux plus savants, nous citerons seulement les Khan-po,qui sont les directeurs de monastères, les 4C abbés » du Tibet.

Quand au titre si connu de Lama qui signifie « supérieur » {sk, gourou), les Européens et quelquefois les Tibétains eux-mêmes l'appliquent à tous les moines; mais il convient seulement à quelques hauts dignitaires dont il nous reste à parler.

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