CLIMAT. PRODUCTIONS NATURELLES
Aspect ; climat. — Le Tibet est un pays très accidenté. C'est le plus élevé du monde, disent les Chinois. — Le plus beau, répondent les Tibétains. De hautes montagnes y alternent avec des vallées profondes. La plupart des cours d'eau y sont des torrents impétueux. De presque tous les côtés, des cimes neigeuses attirent les regards. L'air y est froid et très sec, d'une pureté extraordinaire ; la brume et le brouillard y sont à peu près inconnus. A moins que l'atmosphère ne soit obscurcie par la neige qui tombe avec abondance, ou par la poussière que soulèvent des tourbillons de vent, aucune vapeur ne s'aperçoit à l'horizon, et, surtout d'octobre à mai, la vue est fatiguée par une éblouissante clarté. Les hivers sont longs et rigoureux ; et le pays est sous la neige une grande partie de l'année. « Pays de la neige » (Kha-va-tchan *) est un des noms que les Tibétains se plaisent à donner à leur patrie.
Minéral^. — Le sol du Tibet est riche en pro-
1. Il est à remai^uer que cette qualiûcation est presque une traduction du mot Himalaya qui signifie en sanscrit demeure de la neige.
ductions minérales de tout genre. L'or, caché dans la terre ou charrié par les eaux, y abonde ainsi que l'argent, le fer, le cuivre, le zinc (appelé titsa), le mercure, le cinabre, le cobalt, le cristal de roche, le sel gemme et le sel fourni par les eaux, le borax, le soufre, le salpêtre. Dans le seul bassin du Me-Kong, M. Desgodins signale quarante-neuf mines de diverse nature, sept sur la rive droite, quarante-deux sur la rive gauche. Les sources minérales chaudes ou froides sont très nombreuses.
Animaux. — Le règne animal est très richement représenté et offre des particularités remarquâmes. On a, au Tibet, des chevaux, des ânes, des mulets, des cochons et des chiens se distinguant les premiers par la petitesse, les seconds par la grandeur de leur taille. Le mouton y abonde, précieux animal qui habille le Tibétain avec sa peau et sa toison, le nourrit de sa chair et lui porte ses fardeaux ; le mouton tibétain est d'une espèce particulière, assez petite, ayant la tète généralement noire et la queue très large. La finesse de sa laine est renommée ; le Tibet est le pays de la laine par excellence.
Le bœuf ordinaire y est petit et moins commun qu'une espèce bovine particulière, le bœuf grognant à longs poils, appelé yak^ qui existe à l'état sauvage et à l'état domestique. Même privé, le yak est encore farouche ; mais, en le croisant
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avec la vache ordinaire, on obtient un métis appelé dzo, plus fort et plus doux que le yak, propre au labourage, tandis que le yak n'est guère empfoyé qu'au transport des marchandises. Le dzo ne se reproduit pas, et les croisements qu'on en peut effectuer avec le yak le font toujours revenir à l'espèce primitive. Les femelles de ces différents animaux, bœuf ordinaire, yak, dzo donnent beaucoup de lait.
Le Tibet possède plusieurs espèces d'antilopes : d'abord le tsod qui paît en nombreux troupeaux sous la garde des bergers tibétains : il a deux cornes juxtaposées presque droites, son poil est employé à divers usages, notamment à la fabrication des châles ; c'est la « chèvre du Tibet. » Le sérou^ est plus rare et sauvage; on prétend qu'il a une seule corne et répondrait ainsi, à certains égards, à la défmition de la licorne. Malgré les témoignages apportés en faveur de l'existence de cet animal, le nom tibétain qu'il porte, la désignation scientifique (antelope Hodgsonx) qui lui a été donnée, tous les doutes ne sont pas dissipés, et il n'est pas encore certain que le sérou (licorne tibétaine) soit bien distinct du tsod (chèvre du Tibet). Une troisième espèce d'antilope porte le
1. Ce nom se trouve aussi écrit tcMrou. L'orthographe tibétaine est bse-rou.
ùom de gO'Va, c'est le procàpra piciicaudata. Le daim porte musc, appelé gla-va par les Tibétains est aussi une des curiosités de leur pays et une source de produits pour leur commerce.
On trouve encore au Tibet des ânes sauvages, surtout près du lac Pang-kong, peu de lièvres, mais beaucoup de cerfs, des marmottes, des loutres, des lynx, des loups, des renards, des écureuils, des ours bruns et jaunes, des léopards. La volaill e n'y est pas fort abondante J à cela près, les volatiles de tout genre,r' surtout les oiseaux de proie y pullulent. Les rivières sont poissonneuses, mais la pêche est interdite dans les sept premiers mois de Tannée ; la chasse aux oiseaux est prohibée en tout temps.
Végétaux, — La rudesse du climat est cause que, dans la plus grande partie du Tibet, il y à fort peu d'arbres ; en revanche, on y trouve d'excellents et abondante pâturages qui nourrissent d'innombrables troupeaux. La culture, en raison même du climat, est très restreinte. Oh sème en mai et l'on récolte en septembre. La principale céréale est l'orge, dont il existe trois espèées, une précoce qui .mûrit en soixante jours, une moyenne, et la troisième tardive; celle-ci est la meilleure. Le froment est aussi cultivé, mais sur une moins grande échelle. Lé riz ne croît pas au Tibet ; il y est importé. Divers légumes tels.
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que lés pois que Ton concasse pour les donner à manger aux bestiaux, le navet, le radis, l'àil qui est très abondant, et Toignon qui est très petit, y sont l'objet d*une culture assez étendue.
Dans certaines vallées méridionales, on titouve quelques fruits, des noix, dés pèches, même du raisin. Enfin le Tibet est riche en plantes tinctoriales et médicinales, parmi lesquelles nous citerons la garance et la rhubarbe.
Races humaines, — Le Tibet, pris dans toute son étendue, est habité par trois races ou familles principales, la Tibétaine, la Mongole, la Turke. Les Turks, appelés Hor par les Tibétains, se trouvent dans le plateau ; les Mongols, appelés Sog, quelquefois Hor y se trouvent dans le même plateau et dans la partie nord-est de la région himâlayenne. On peut ajouter que l'élément chinois est représenté à. l'orient dans une assez forte proportion. Au sud et à l'ouest, dans des contrées qui n'appartiennent plus au Tibet, ou même ne lui ont jamais appartenu, ta race tibétaine ou des races qui lui tiennent de près sont en contact avec Télémait hindou. C'est par exception que, au cœur .du Tibet, dans les grandes villes, surtout dans la capitale, Pélément chinois, hindou, mongol, est représenté par des colonies étrangères, comme il s*en trouve dans tous les centres importants.
La race tibétaine n'est pas partout et toujours
égale à elle-même ; elle présente des variétés qui n'ont pu être étudiées, mais qui ont été signalées. Nous n'avons pas à entrer dans ces détails. Voici le portrait que Ton peut tracer en gros du Tibétain : Taille généralement moyenne, quelquefois un peu plus élevée 5 forte carrure ; tète rectangulaire, souvent terminée au menton par un angle ; cheveux noirs, sourcils et cils noirs et fins; yeux étroits, horizontaux, quelquefois un peu inclinés; nez peu proéminent et narines dilatées; ponmiettes des joues assez saillantes, front assez droit ; derrière de la tète très développé; bouche bien fenduç ; barbe nulle ou peu fournie, teint généralement basané, comme par les effets du hâle, rarement blanc ou cuivré. Le Tibétain est souple et agile comme le Chinois, fort et robuste comme le Mongol ; il marche fièrement, balançant vigoureusement son bras droit toujours à découvert.
Par ses traits physiques, la race tibétaine rappelle la race mongole dont elle paraît être un rameau. Cependant, le caractère moral des deux races n'est pas le même, et surtout la langue, qui est un sérieux élément de comparaison dans l'étude de la parenté des peuples, diffère totalement.
Nous venons de jeter un coup d'oeil sur le Tibet physique ; jetons-en un maintenant sur le Tibet politique.