‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 107 sur 198 · XLV1II · texte numérisé non relu

XLV1II

L’article a été collationné avec la plus obligeante compétence, sur l’original déposé aux archives des Bouches-du-Rhône :

“ Item statuimus quod, si guis miles, tel ejus filius, vel nepos, ut supra dictum est, nepotes militis (scilicet filii Jilii militis), opéra rustica fecerit, scilicet arando, fodiendo, ligna ducendo cum asino, vel Jimum, et alia opéra rustica jaciendo pro magna parte, non habeat militis libertatem ” (B. 326) (1).

Ch. Giraud (Hist. du droit français, II, 4 15), l’a exactement publié. Mais Firmin Guichard (Essai sur le comminalat dans... Digne), et Ed. de Laplane (Hist. de Sisteron), reculant devant le grossier réalisme de fimum, y ont substitué une invraisemblance assez ridicule, ferrum.

Nous permettrait-on d’évoquer ici un souvenir local qui, à notre avis, peint toute une époque? Après 1830 et jusque vers 1870, Draguignan posséda un café, appelé communément des bourgeois, lequel, par la situation prépondérante de sa clientèle

(1) Areh. déple8, E. 2 ; extrait non daté, mais d’une époque presque contemporaine.

exclusive, avait pris, dans la petite ville, l’importance presque d’une institution. Cet établissement public était absolument fermé aux intrus. Les barrières des classes l’isolaient du commun des mortels et le protégeaient contre tout contact vulgaire mieux que n’aurait fait un piquet permanent de gendarmerie — car les mœurs sont toujours, en tout et partout, plus fortes que le gendarme. Oncques, non un paysan, grand Dieu ! mais un artisan cossu n’eût osé s’y aventurer. Nous avons essayé ailleurs d’esquisser ce petit coin du tout-Draguignan du siècle dernier, curieux débris d’un état social qui certainement n’était pas plus ridiculement exagéré sous l’ancien régime.

Le mélange des classes dans les cafés fut un fait nouveau de la seconde moitié de l’Empire, et que nous pourrions dater très exactement chez nous. Encore un de ces insignifiants changements de la mode, généralement inaperçus, et qui sont l’indice de véritables révolutions dans les idées et les mœurs (cf. Les rues de Draguignan, Place du Marché, journal Le Var, 23 juin 1901).

Un exemple entre beaucoup d’autres :

En 1549 les seigneurs de la Valette (Var) sont sollicités de céder à bail emphythéotique à leurs vassaux un moulin à farine dont ceux-ci comptent sans doute tirer meilleur parti. Ils accueillent favorablement la requête et consentent la concession, sans dissimuler le moins du monde que c’est “ pour l’accroissement et augmentation de la juridiction [pour leur] proflfît et commodité evidante et [de] leurs successeurs ” (arch. cles de la Valette, transaction du 25 mai; S. DD. 9).

N’était-ce pas reconnaître qu’en travaillant à améliorer leur condition les vassaux amélioraient celle du fief et que les deux parties étaient liées par une étroite solidarité d’intérêts ?

Le dernier cadastre de Bargemon (Var), bourg seigneurial (1707), nous montre de simples travailleurs cotés autant qu’un médecin ; des cordonniers, chapeliers, aubergistes, etc... autant que certains bourgeois; un muletier, le double d’un notaire, seigneur de place, etc.

A Aups (même département), ville en paréage, c’est-à-dire mi-partie royale, mi-partie seigneuriale, tout le monde possédait. Sur une population de près de 3.000 âmes ''exactement 2.949 en 1805), le dernier cadastre (1780-1792), ne comptait pas moins de 755 propriétaires environ, représentant bien, à 4 membres par famille, le totalégal de la population.

Ce chiffre se décomposait ainsi : clergé, 12; nobles, 6; bourgeois, 39; négociants et industriels, 96 ; apothicaires et chirurgiens, 4; artisans, 139; paysans, muletiers et bergers, 403. Une cinquantaine environ de cotes n’ont pu être attribuées.

Cette petite statistique, bien que simplement approximative, n’est pas sans signification.

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