‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 42 sur 198 · Brun-Boades · texte numérisé non relu

Brun-Boades

Les Brun-Montferrat et les Brun-Boades, d’un côté, et les Brun-Castellane, de l’autre, étaient-ils réellement issus, comme le prétendent leurs généalogistes, d’une souche commune, souche de cardeurs à laine dans tous les cas? ceci importe peu. Ce qui est autrement curieux et instructif au point de vue sociologique, c’est de voir deux artisans contemporains fonder, à l’aide de ressources fournies par le même métier, deux familles qui devaient rivaliser entre elles de prospérité. Nous avons suivi les Brun-Castellane s’élevant progressivement jusqu’aux premières charges parmi leurs concitoyens. La descendance du marchand Sébastien Brun parcourut la même voie, les dépassant encore par le nombre et la qualité des emplois. Dans les trois branches qu’elle forma, on compte quantité d’officiers. Le rameau des Brun-Favas, détaché des Brun-Boades, en fournit cinq à lui seul, dont quatre chevaliers de Sl-Louis. Quant aux

(I) Artefeuil, I, 195.

Boades, titrés d’une baronnie un peu mystérieuse, ils montèrent jusqu’aux sièges du Parlement, et, après avoir donné à la marine un lieutenant et un capitaine de vaisseau, également décorés de S'-Louis, ils parvinrent à la dignité du généralat dans la personne d’un chef d’escadre.

Existe-il parmi la petite noblesse provençale de vieille roche beaucoup de familles pouvant se prévaloir, même avec la faveur toute-puissante du privilège, d’un aussi brillant épanouissement et de plus hautes récompenses, que ces fils de simples et bien authentiques roturiers ?

Il est presque inutile d’ajouter que les Brun, de Draguignan, devenus naturellement de Brun, mélangés on ne sait en quel écheveau généalogique, obtinrent un jugement de noblesse. Ils l’avaient bien mérité, non certes par leurs parchemins plus ou moins frelatés, mais par la longue persévérance de l’effort, la possession bien acquise de la considération publique et la distinction de leurs services. Dès lors ils figurèrent dans les rangs du deuxième ordre aux élections de 1789.

Ils étaient encore de ceux dont on peut dire que leur noblesse fut, non l’origine, mais bien le légitime couronnement d’une fortune conquise à la force du poignet et d’une belle et longue carrière toute de travail et d’honneur.

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