Mège, dit Médicis
La gradation dans la hiérarchie est ici exactement exprimée par la transformation successive du nom patronymique. Le cardeur Barthélemy, qui ne connaît que la langue du peuple, dont il est, s’appelle simplement Mège, de même que son fils aîné, Hermentaire, cardeur comme lui. Ses deux autres enfants, établis à Marseille, l’un docteur et avocat, s’aristocratisent en latinisant le vocable provençal parce que le latin est la langue des professions libérales, des classes éclairées, a-t-on dit depuis. La troisième génération, probablement enrichie, s’identifie bravement, à l’aide d’une nouvelle modification, avec une des
plus illustres familles grand-ducales d’Europe, prend la particule et se décore du titre d’écuyer.
Les Médicis marseillais s’arrêtèrent-ils en si beau chemin ? Nous l’ignorons, la suite de leurs destinées ne nous étant pas connue. Mais ne suffit-il pas vraiment de ce début pour nous montrer leur assez rapide acheminement, et cette simple page de leur histoire n’est-elle pas aussi une des mille facettes du miroir où se reflète, jusque dans les variétés prétentieuses de l’onomastique, la vanité éternellement puérile des nouveaux venus ?